Rel­a­tive­ment mécon­nu chez nous, le Dr Seuss est une icône absolue aux États-Unis, où ses livres pour enfants ont bercé des généra­tions entières de bam­bins dès les années 1950. Célébrés pour leurs dessins pleins de fan­taisie, leurs per­son­nages facétieux et leurs valeurs inoxyd­ables (tolérance, partage, générosité, respect), ses ouvrages ont mar­qué pour tou­jours la cul­ture pop­u­laire nord-améri­caine. Dans les années 1970, des adap­ta­tions ani­mées pro­duites pour la télévi­sion ont ren­con­tré un suc­cès tel que leurs red­if­fu­sions qua­si sys­té­ma­tiques à la péri­ode des fêtes de fin d’an­née ont per­mis à l’au­teur (décédé en 1991) de devenir l’une des poules aux œufs d’or de l’in­dus­trie de l’enter­tain­ment : parc d’at­trac­tion, comédie musi­cale pour Broad­way, pro­duits dérivés…

Hol­ly­wood aura mis du temps avant de s’at­ta­quer à l’œu­vre pléthorique du Dr Seuss, et ce n’est qu’après sa mort que son épouse acceptera finale­ment de céder les droits du Grinch, pour un résul­tat désas­treux. Les autres ten­ta­tives, guère plus con­va­in­cantes, ne ren­dent guère jus­tice à la douceur des œuvres orig­i­nales, dont l’équili­bre qua­si mirac­uleux entre poésie et naïveté est sys­té­ma­tique­ment réduit à néant une fois broyé par la machine hol­ly­woo­d­i­enne. Cette adap­ta­tion du Lorax, pro­duite par Uni­ver­sal mais qua­si­ment inté­grale­ment réal­isée par l’équipe française en grande par­tie respon­s­able du suc­cès de Moi, moche et méchant il y a deux ans, n’échappe mal­heureuse­ment pas à la règle. L’in­trigue (dans une ville entière­ment en plas­tique où les arbres n’ex­is­tent plus et où l’air pur s’achète à prix d’or, un ado décide de retrou­ver une graine) est ici pré­texte à un déluge de gags «hénau­rmes», de dia­logues remis au goût du jour pour sat­is­faire le pub­lic de 2012 et d’un mes­sage éco­lo certes effi­cace, mais aus­si sub­til qu’un résumé de L’En­vi­ron­nement pour les nuls adap­té aux tout-petits.

Moi, moche et gnangnan

Les plus jeunes apprécieront, mais les plus grands risquent fort de frôler l’indi­ges­tion, tant le film ressem­ble à une vis­ite dans une usine de bon­bons où frais­es Taga­da et sucres d’orge feraient office de déco du sol au pla­fond. Curieuse­ment, c’est lorsque le film se laisse aller à exploiter les plus gross­es ficelles du film d’an­i­ma­tion à la Dis­ney (créa­tures de la forêt top choupinettes, humour grotesque et larmes faciles) qu’il se révèle le plus effi­cace. On se laisse alors guider sans trop d’ef­forts dans un monde ultra-asep­tisé et telle­ment bal­isé qu’on en devine les moin­dres recoins avec un plaisir presque coupable. Las, la prom­e­nade dans le monde mer­veilleux du Lorax (créa­ture grincheuse et éco­lo venue sur terre pour pro­téger les arbres d’un jeune et naïf arriv­iste cor­rompu par l’ap­pât du gain facile) tourne vite court, et les ressorts hys­tériques du diver­tisse­ment à gros bud­get repren­nent vite leurs droits. À quand une adap­ta­tion gon­flée de l’œu­vre de Dr Seuss façon Max et les Max­i­mon­stres, le beau film de Spike Jonze adap­té d’un autre géant de la lit­téra­ture pour enfants, Mau­rice Sendak ?