On ne l’ar­rête plus ! À peine avons-nous eu le temps d’ou­bli­er À l’aveu­gle, dont il avait écrit le pre­mier jet, que revoici Luc Besson scé­nar­iste, avec ce Lock Out qui compte par­mi les plus rou­blardes de ses pro­duc­tions. Rou­blarde, parce que si les pre­mières min­utes du film lais­sent entrevoir la pos­si­bil­ité d’une série B hon­nête, la suite est une accu­mu­la­tion d’er­reurs autant esthé­tiques que nar­ra­tives. Lock Out n’est même pas capa­ble de sus­citer la moin­dre indul­gence pour ses ratages con­sé­cu­tifs. Con­ster­nant.

Bru­tales, les pre­mières min­utes de Lock Out sem­blent vouloir don­ner le ton d’un film de prison effi­cace, dont la prin­ci­pale orig­i­nal­ité serait de se dérouler dans l’e­space[1]. L’esthé­tique car­rée, froide, de la séquence intro­duc­tive place le film en héri­ti­er direct des films d’ac­tion des années 1980, de ceux chez qui même le choix de la police du titre, le déroule­ment du titre fai­saient office de gim­mick. Mais bien vite la débâ­cle s’an­nonce.

Tout d’abord, on se rend vite compte que le duo de réal­isa­teurs, tous les deux novices à l’ex­cep­tion d’un court en 2004, sem­blent n’avoir aucun sens de la mise en scène dynamique : les scènes de pour­suite et d’ac­tion sont ain­si totale­ment illis­i­bles, noyées dans un trop-plein d’ef­fets numériques cen­sés appuy­er les impres­sions de mou­ve­ments. Physique­ment ver­tig­ineuses, ces séquences passent heureuse­ment très rapi­de­ment. Mais le cal­vaire du spec­ta­teur est loin d’être ter­miné.

Égale­ment chargés de don­ner une crédi­bil­ité à la prison orbitale, en fait l’ar­gu­ment prin­ci­pal du film pour se démar­quer des codes du film de prison, les effets numériques sont d’une pau­vreté sur­prenante. Lock Out va jusqu’à se pay­er le luxe d’une séquence de com­bat spa­ti­aux d’un ridicule gênant, autant par le manque de per­cep­tion dynamique de ses met­teurs en scène que par l’a­ma­teurisme des effets numériques. Voilà qui, dans une pro­duc­tion Besson estimée à trente mil­lions de dol­lars, laisse songeur.

Mais peut-être tout ceci était-il trop sub­til pour un film tel que Lock Out. Parce qu’il faut dire qu’on n’est pas du tout dans la sub­til­ité – le film sent bon et fort une testostérone vir­ile et sans nuance. Dans le rôle du super agent badass Snow, Guy Pearce en fait des tonnes, avec comme mod­èle avoué le Snake Plissken de New York 1997 et sa suite. Mais Pearce n’est pas Kurt Rus­sell, d’une part. D’autre part, les scé­nar­istes ont sem­ble-t-il une idée sim­ple de la façon dont on crée un tel per­son­nage : lui faire débiter un nom­bre impres­sion­nant de lignes de dia­logue à haute teneur en viril­ité. Dénués de la moin­dre finesse, d’une bêtise pri­maire hal­lu­ci­nante, les dia­logues tombent uni­verselle­ment à plat.

Une con­clu­sion s’im­pose : Besson pro­duit beau­coup, et tout n’est pas à jeter dans son cat­a­logue. Pour autant, il sem­ble avoir envie de se con­stituer un départe­ment « films d’ac­tion car­i­cat­u­raux et crétins » dénué de tout autre souci que celui de faire un prof­it max­i­mal. Dans ce cas-là, mon bon Luc, pas la peine de met­tre autant d’ar­gent dedans – surtout si c’est pour que ce soit si mal util­isé à l’écran.

Notes

Notes
↑1 Malin, Besson a d’ailleurs fait dif­fuser ces bonnes pre­mières min­utes en guise de teas­er sur les sites spé­cial­isés.