Con­traire­ment aux films de ses col­lègues Beineix et Besson, les pre­mières œuvres estampil­lées «80’s» d’É­ti­enne Chatiliez n’ont guère pris de rides. L’hu­mour vachard et cinglant de La vie est un long fleuve tran­quille et de Tatie Danielle, nour­ris au Flu­ide Glacial et aux vignettes de Wolin­s­ki, attes­tent de la créa­tiv­ité un peu folle d’un réal­isa­teur par­faite­ment en prise avec son époque, qui assumait alors avec un cer­tain panache son grand écart, un pied dans la machine com­mer­ciale (la pub), l’autre dans la provo­ca­tion à out­rance. Si l’ensem­ble fonc­tion­nait, c’est parce que le regard et le ton de Chatiliez et de sa com­plice scé­nar­iste Flo­rence Quentin n’é­pargnaient rien ni per­son­ne, sans se dépar­tir d’une affec­tion cer­taine pour les affreux, sales et méchants qu’ils met­taient en scène.

La suite, net­te­ment moins glo­rieuse, n’est qu’un long déclin vers les tré­fonds de l’en­nui et de la médi­ocrité : de l’i­nof­fen­sif Bon­heur est dans le pré au car­ré­ment neuneu Tan­guy, du con­ster­nant La con­fi­ance règne (désas­tre cri­tique et com­mer­cial) au car­ré­ment nauséabond Agathe Cléry (dont on se demande encore com­ment Valérie Lemerci­er a pu sor­tir indemne). L’On­cle Charles sem­ble témoign­er d’une volon­té de Chatiliez de revenir aux valeurs sûres : on y retrou­ve peu ou prou une famille de Gro­seille de la France de 2012 (des pro­los vague­ment trash coincés dans un pavil­lon au bord de la Nationale) qui, appâtée par la for­tune d’un vieux schnock richissime par­ti à la recherche d’une sœur per­due de vue depuis l’en­fance, décide de mon­ter une grosse arnaque pour touch­er le jack­pot.

Rien, ou presque, ne fonc­tionne dans cette comédie fausse­ment sub­ver­sive (co-pro­duite pour sa case en prime time par TF1, c’est dire la prise de risque) qui oscille en per­ma­nence entre sa volon­té de rire grasse­ment de per­son­nages grotesques et mépris­ables et sa crainte de faire fuir un pub­lic qui, poten­tielle­ment, pour­rait bien leur ressem­bler. D’où une suc­ces­sion de scènes absur­des qui font flop, portées par des comé­di­ens qui ten­tent d’in­car­n­er la beau­fi­tude la plus rance tout en restant sym­pa­thiques et agréables à regarder (pau­vre Alexan­dra Lamy, vis­i­ble­ment à la peine). Seule Valérie Bon­neton tire son épin­gle du jeu, grâce à un per­son­nage vague­ment mon­strueux qu’elle parvient à faire exis­ter par une com­po­si­tion très physique : brush­ing improb­a­ble, tailleurs à vom­ir, vis­age gri­maçant qui l’en­traîne sur un ter­rain inquié­tant, au bord de la folie, dont le réal­isa­teur ne sait hélas trop que faire. Le reste est du niveau des télé­films que la pre­mière chaîne pro­duit à la pelle : blagues potach­es niveau CM2, sit­u­a­tions téléphonées, couleurs pétantes et dénoue­ment heureux. De quoi rêver des atroc­ités que Tatie Danielle aurait pu faire subir à l’On­cle Charles…