La tech­nolo­gie Blu-Ray, comme d’ailleurs le Tech­ni­col­or, ne visent pas à repro­duire le réel, mais plutôt à le mag­ni­fi­er, en puri­fi­er l’im­age ou en accentuer les con­trastes et les nuances. L’édi­tion en Blu-Ray n’est jamais jus­ti­fiée d’emblée : il faut qu’elle ait un sens. L’édi­tion Blu-Ray du Nar­cisse noir, dès ses pre­mières images, jette au vis­age de son audi­toire une image d’une beauté telle que le doute n’est pas per­mis : le film était fait pour le Blu-Ray.

À con­tem­pler la palette de couleurs employée par Pow­ell et Press­burg­er, leur tran­scrip­tion à l’écran, on ne peut qu’ad­mir­er le tra­vail de l’équipe de remas­ter­i­sa­tion de Car­lot­ta, mais égale­ment et surtout le tra­vail extra­or­di­naire de Jack Cardiff, qui col­la­bore avec le duo depuis Une ques­tion de vie ou de mort, et dont on retrou­vera le tra­vail si recon­naiss­able dans Les Chaus­sons rouges. Gageons que Pow­ell et Press­burg­er avaient avant tout su bien s’en­tour­er : voir, pour cela, le tra­vail extra­or­di­naire d’Er­win Hilli­er dans Je sais où je vais[1]. Les films du duo se dis­tinguent par la qual­ité mer­veilleuse de leur pho­togra­phie : rai­son de plus pour atten­dre avec impa­tience l’ar­rivée du Nar­cisse noir en Blu-Ray.

Non con­tente de mag­ni­fi­er superbe­ment les scènes emblé­ma­tiques du film (les décors peints, les appari­tions du per­son­nage de Kath­leen Byron), cette édi­tion Blu-Ray per­met égale­ment de faire ressor­tir l’im­por­tance colos­sale de la couleur dans Le Nar­cisse noir : les réal­isa­teurs sem­blent avoir voulu utilis­er la couleur comme un miroir de l’in­trigue, de l’in­téri­or­ité des per­son­nages. À ces sœurs qui voient ain­si leur foi trop sécu­laire bous­culée par la pureté de la beauté des lieux, répon­dent des couleurs omniprésentes, qui sem­blent les isol­er plus encore, ren­dre leurs névros­es plus intens­es.

En toute logique, les quelques bonus de l’édi­tion sont égale­ment cen­trés sur la pho­togra­phie : une grande part du mak­ing-of revient sur le tra­vail de Jack Cardiff. Plus orig­i­nal, et plus intéres­sant encore, est le pro­gramme Spec­trum, qui donne la parole à Dar­ius Khond­ji, notam­ment directeur de la pho­togra­phie de Sev­en, Del­i­catessen ou de My Blue­ber­ry Nights. Celui-ci revient, évidem­ment, sur le legs du tra­vail de Jack Cardiff dans sa car­rière pro­pre, mais n’est jamais aus­si intéres­sant que lorsqu’il par­le de son expéri­ence pro­pre, un éclairage sur un méti­er du ciné­ma sou­vent oublié.

Non con­tent d’of­frir une édi­tion splen­dide du film, Car­lot­ta se per­met donc, non sans finesse, de met­tre sous les feux de la rampe le méti­er de directeur de la pho­togra­phie : une démarche intéres­sante, dont on leur sait gré.

Notes

Notes
↑1 Dont l’édi­tion DVD par l’in­sti­tut Lumière est égale­ment d’une beauté ren­ver­sante.