Entre ses pas­sages télévisés mul­ti red­if­fusés et les repris­es régulières de ses chan­sons, c’est peu de dire que la parole de Serge Gains­bourg est omniprésente au sein de la cul­ture pop­u­laire française. Quel intérêt pou­vait donc représen­ter de réalis­er un tel film, alors qu’une bonne par­tie des archives sur Gains­bourg sont déjà regroupées dans un cof­fret DVD (De Serge Gains­bourg à Gains­barre) ? Peu de choses, si ce n’est quelques petites décou­vertes et tou­jours le même plaisir de (re)goûter à la prose de l’homme à la tête de chou.

On l’aura com­pris, le film de Pierre-Hen­ry Sal­fati est com­posé en grandes par­ties d’images d’archive que cha­cun aura déjà pu voir ici et là. Pour redonner un gain d’intérêt esthé­tique au réc­it de la vie de Serge Gains­bourg, le réal­isa­teur y mêle égale­ment des plans extraits de La Dame au petit chien d’Iossif Kheifitz, comme un rap­pel des orig­ines russ­es du chanteur. On trou­ve égale­ment ici et là quelques images con­tem­po­raines de notre époque, dans un élan illus­tratif légère­ment hors de pro­pos, qui jure avec la beauté nos­tal­gique des vieilles bobines. Le par­ti pris de flân­er à tra­vers l’œuvre de Gains­bourg par le biais de sa parole, dans un col­lage guidé par la libre asso­ci­a­tion des élé­ments avait de quoi séduire sur le papi­er ; en pra­tique, il se résume surtout à repren­dre en bloc cer­taines étapes de sa vie. On pour­ra grap­piller, que l’on soit un ini­tié ou non, quelques infor­ma­tions ou témoignages inédits, notam­ment sur son enfance et son exil en province durant la Sec­onde Guerre mon­di­ale, ou revenir sur les images dures et atten­dris­santes de ses dernières tournées, mais le fait est que le principe d’une sor­tie en salles pour un film de ce genre pose ques­tion tout au long de la pro­jec­tion.

Pour­tant, Sal­fati révèle, dans sa belle insis­tance à vouloir recueil­lir la parole du chanteur, que Gains­bourg était aus­si un extra­or­di­naire con­teur de lui-même et de sa pro­pre exis­tence. Mais la fac­ture finale­ment assez sco­laire de ce doc­u­men­taire laisse à penser qu’il obtiendrait plus de légitim­ité au tra­vers d’un pas­sage en télévi­sion que d’une sor­tie en salles qui ne laisse que peu de place à sa récep­tion. Cette impres­sion est redou­blée par le déficit d’images para­dox­al que représente Gains­bourg : elles ont toutes déjà été telle­ment dif­fusées, décor­tiquées et sont ter­ri­ble­ment con­nues du grand pub­lic que Sal­fati peine à apporter une pierre à un édi­fice qui n’en man­quait véri­ta­ble­ment pas.