Dix-huit ans après son pre­mier film de ciné­ma, Le Roi de Paris, Dominique Mail­let pour­suit son tra­vail sur l’identité en suiv­ant l’itinéraire de Tomas, revenu dans son Espagne natale pour enter­rer son père mar­tyrisé dans les pris­ons fran­quistes. Totale­ment ver­rouil­lé de l’intérieur, La Mémoire dans la chair n’est jamais empreint de ce ver­tige atten­du, écrasé par un scé­nario trop écrit et une mise en scène aus­si lourde qu’une enclume.

Nul doute que Dominique Mail­let a mis beau­coup de sa per­son­ne dans ce sec­ond long-métrage. La Mémoire dans la chair est exacte­ment de ce genre de films qu’il serait bien dif­fi­cile de ne pas pren­dre au sérieux tant, du scé­nario à la mise en scène, chaque élé­ment sem­ble être là pour appuy­er la légitim­ité de la démarche. Mais le prob­lème est que le réal­isa­teur ne puisse jamais envis­ager le revers de ce par­ti-pris : enfer­mé dans de mul­ti­ples bons mots déclamés par des acteurs très appliqués, étouf­fé dans son dis­posi­tif qui asso­cie passé et présent, La Mémoire dans la chair ne laisse jamais ses ellipses devenir d’intrigants trous d’air où l’histoire pour­rait se recon­stru­ire par brides.

C’est pour­tant bien l’objectif visé par Dominique Mail­let lorsqu’il met en scène la quête de Tomas, fils de Répub­li­cain exilé en France, revenu dans sa région natale pour enter­rer un père décédé dans les pris­ons fran­quistes. En jouant de manière très appliquée (et para­doxale­ment un peu trop linéaire) sur la tem­po­ral­ité du réc­it qui mêle le présent aux réminis­cences de l’histoire poli­tique du pays, le réal­isa­teur espère saisir les béances de sa galerie de per­son­nages engoncée dans un passé qui ne dit jamais vrai­ment son nom. Le tabou, en matière de dia­logues, est sou­vent prop­ice à l’existence de sous-textes qui don­nent une ampleur au métrage. Ici, il ne s’agit mal­heureuse­ment que de mys­tères lour­de­ment surlignés par des acteurs qui pren­nent un peu trop sou­vent la pause pour sus­citer le moin­dre ver­tige.

Pour appuy­er la légitim­ité du pro­jet, Dominique Mail­let a priv­ilégié une mise en scène qui, à défaut d’être sobre, ne cesse jamais de dire le sérieux avec lequel le film devrait être reçu. La pho­togra­phie priv­ilégie les tonal­ités som­bres et chaque scène sem­ble vouloir soulign­er la soli­tude des per­son­nages, filmés régulière­ment en gros plans. Même la présence de l’acteur prin­ci­pal Ser­gio Peris-Mencheta (pas inin­téres­sant dans la manière d’utiliser son corps) ne per­met pas au film d’emprunter les chemins de tra­verse espérés. A pri­ori loin des clichés d’une Espagne col­orée, La Mémoire dans la chair n’est pas pour autant débar­rassé d’autres tics de mise en scène faisant de ce sec­ond long-métrage un pen­sum intro­spec­tif qui laisse le spec­ta­teur un peu sur le car­reau.