En dépit d’une fil­mo­gra­phie avare en films vrai­ment ent­hou­si­as­mants, Karin Viard reste une comé­di­enne assez fasci­nante. Il suf­fit de voir Polisse pour s’en con­va­in­cre : en femme-flic au bord de la crise de nerfs, notam­ment lors d’une mémorable scène d’engueu­lade avec une col­lègue incar­née par Mari­na Foïs, la comé­di­enne est réelle­ment sidérante. On imag­ine, alors, l’ex­ci­ta­tion du jeune réal­isa­teur Pierre Pin­aud lorsque Karin Viard a accep­té de tenir le rôle prin­ci­pal de son pre­mier long métrage, Par­lez-moi de vous. Hélas, ce n’est pas avec cette con­ster­nante comédie dra­ma­tique qu’on jur­erait pro­duite pour une case en prime time sur France 2 que la fil­mo de l’ac­trice va repren­dre des couleurs.

Le con­cept, il faut l’ad­met­tre, est promet­teur (on imag­ine sans mal une ver­sion améri­caine par­faite­ment huilée pour une star d’en­ver­gure à la Meryl Streep) : Méli­na est la voix archi-célèbre d’une émis­sion de radio suiv­ie par des mil­lions d’au­di­teurs, où elle prodigue ses con­seils, essen­tielle­ment sen­ti­men­taux. Per­son­ne ne sait à quoi ressem­ble Méli­na mais nous, oui : elle s’ap­pelle en réal­ité Claire Mar­tin et vit seule avec son chien dans un lux­ueux apparte­ment avec ter­rasse dans le 16e. Claire n’a pas d’amis, pas de famille, pas de pas­sion. Elle est aus­si glaciale dans le privé que chaleureuse lors de ses émis­sions. Mais Claire a un secret : elle n’a jamais con­nu ses par­ents. À la recherche de sa famille biologique, elle retrou­ve sa trace au fin fond de la ban­lieue parisi­enne. Un tout autre univers, des gens sim­ples, voyez-vous, mais qui ont aus­si du tal­ent et la main sur le cœur.

On n’a jamais lu du David Foenk­i­nos, mais on parie que ça pour­rait lui plaire : des gens que tout oppose, réu­nis par la magie de la vie et de l’amour, avec à la clé une leçon de vie édi­fi­ante qui nous apprend que : 1/ les gens rich­es et célèbres ne sont pas tou­jours heureux ; 2/ les vraies per­son­nes de la vraie vie sont par­fois un peu fan­tasques, mais restent d’une grande générosité ; 3/ les mecs tatoués à l’air un peu caillera peu­vent être de grands artistes ; 4/ chaque cœur sec cache des tor­rents de larmes. Un tel ramas­sis de clichés embaumés à l’eau de rose pour­rait presque être drôle mais, mal­gré quelques scènes de comédie pure qui lorgnent vers le bur­lesque sans jamais vrai­ment l’as­sumer, Par­lez-moi de vous se veut extrême­ment sérieux. Mal­gré toute sa bonne volon­té, Karin Viard peine à faire exis­ter un per­son­nage ter­ri­ble­ment stéréo­typé, coincé dans une mise en scène telle­ment appliquée qu’elle ne lui laisse aucun espace pour créer la sur­prise et bous­culer un peu le film et le spec­ta­teur, par la même occa­sion. L’u­nivers de la radio, beau sujet rarement traité, est ici réduit à sa por­tion con­grue : un stu­dio d’en­reg­istrement, des couloirs imper­son­nels et un patron obsédé par son audi­ence. Par­lez-moi de vous ? Drôle de titre, pour un film telle­ment replié sur lui-même qu’il sem­ble, à l’in­star de son per­son­nage, ne pas s’in­téress­er le moins du monde aux per­son­nes qu’il est cen­sé met­tre en scène.