S’il lui manque un Cav­a­liere (ciao Sil­vio, à bien­tôt!) défig­uré par la chirurgie esthé­tique et une atmo­sphère davan­tage «bun­ga bun­ga», L’Em­pire des Rastel­li n’est pas sans ren­voy­er à une grande botte minia­ture saisie entre abus et dérives.

Au début des années 1990, c’est l’e­uphorie ; l’Eu­rope étant libérée du com­mu­nisme, on va enfin pou­voir pass­er aux choses sérieuses : fin de l’his­toire et voie royale des marchés. Une époque où Leda, prospère entre­prise (le titre orig­i­nal est Il Gioielli­no, «le petit bijou») basée dans une tran­quille cité provin­ciale, entame son ascen­sion vers les hautes sphères pour devenir une multi­na­tionale de pre­mier plan de l’in­dus­trie agro-ali­men­taire. Avec pour cheville ouvrière et chef d’orchestre, Ernesto Bot­ta, un compt­able dévoué, tac­i­turne, retors et cynique. L’Em­pire des Rastel­li suit le rail du thriller éco­nom­i­co-entre­pre­neur­ial avec son lot de cor­rup­tion, com­pro­mis­sions et col­lu­sions – poli­tiques et spir­ituelles (oh my god!). Ceci en marchant sur les traces d’un world cin­e­ma qui lorgne du côté d’une effi­cac­ité et d’un savoir-faire hol­ly­woo­d­i­ens. Andrea Molaioli four­nit un pro­duit qui tient debout ; mal­gré la tech­nic­ité, le réc­it est flu­ide, appuyé par une réal­i­sa­tion ryth­mée, sachant ménag­er des rup­tures pour piquer le film d’une ner­vosité, le col­or­er d’une intrigue sen­ti­men­tale ou d’une atmo­sphère d’es­pi­onnage lorsqu’on atter­rit à Moscou.

Directe­ment inspiré des vicis­si­tudes de la firme Par­malat, L’Em­pire des Rastel­li pointe les dérives de la finan­cia­ri­sa­tion, avec quelques répliques qui visent le cen­tre de la cible : «Si on n’a pas d’ar­gent, inven­tons-le» ; sorte de slo­gan bien réel et actuel de mon­tages financiers ubuesques. De même que le film ne manque pas de met­tre en valeur un adage trop bien con­nu : pri­vati­sa­tion des prof­its, social­i­sa­tion des pertes. Mais si le pro­duit «Empire Rastel­li» fonc­tionne, on n’a pas envie de suc­comber – un peu comme face à un ban­quier qui sem­ble vous vouloir un peu de trop de bien. Parce qu’il faut se far­cir le numéro de Toni Servil­lo (sorte de Depar­dieu transalpin ne pou­vant jouer autre chose que lui-même), qui nous ressert du Il Divo à peine réchauf­fé – même très frais, plat tout à fait indi­geste. Puis surtout, une idée fait assez rapi­de­ment son chemin ; l’ironie cru­elle et cynique qui pré­side au ton du film emprunte large­ment à ce qu’il pré­tend dénon­cer. C’est ce que l’on appelle le syn­drome du ser­pent qui se mord la queue.