Un jour, sur le plateau d’Europe 1, Marc-Olivi­er Fogiel a eu cette réplique gravée dans toutes les mémoires: «Mais vous n’aimez rien à Critikat.»[1] Pour notre défense, il faut dire que la Mostra débute piano piano, nos bil­lets en témoignent – cepen­dant, on évo­quera très bien­tôt Polan­s­ki et Cro­nen­berg qui ont pro­posé des films solides en com­péti­tion. Mais, pour l’heure, dans la sec­tion Oriz­zon­ti, on a décou­vert Snow Canon de Mati Diop – dont on avait vu Atlan­tiques à Ciné­ma du Réel en 2009, pas franche­ment inou­bli­able. Ce nou­veau film – un court-métrage fic­tion­nel – s’avère quant à lui tout à fait ent­hou­si­as­mant, un geste sin­guli­er, généreux et tru­cu­lent, dégageant une con­vic­tion com­mu­nica­tive.

Van­i­na, une ado­les­cente, s’ennuie ferme dans un chalet. Il n’y a guère que les dia­logues via Inter­net (très drôles) avec sa copine en vacances de l’autre côté de l’Atlantique pour se trans­porter au-delà d’un hori­zon bar­ré par de ver­tig­ineuses parois rocheuses. Ce jeu spa­tial con­stitue la pre­mière riche idée: le virtuel comme espace de pro­jec­tion vers un ailleurs, un lieu de frus­tra­tion dis­posant aus­si du grand intérêt de libér­er les fan­tasmes et de per­me­t­tre exagéra­tions et men­songes, petits et grands; à un âge où il s’ag­it de s’in­ven­ter une présence au monde. Dans le réel, une «babysit­ter» pour ado se pointe: une Améri­caine nom­mée Mary Jane, que Van­i­na con­sid­ère, via sa mes­sagerie, comme suit: «G LA CALCUL PA C JUST 1 FEM 2 MENAGE.» Sauf que les choses ne vont pas en rester là. Des jeux de séduc­tion, d’abord vachards, on va pass­er aux travaux d’approche, et même plus.

Le charme de Snow Canon tient égale­ment à la très belle tenue d’une mise en scène inven­tive, ne se can­ton­nant pas à un geste, mais qui, au con­traire, trou­ve une heureuse capac­ité de déploiement. Les séquences comme les plans, très solides dans leurs con­struc­tions sans qu’ils parais­sent «fab­riqués» ou «béton­nés», se char­gent d’une atmo­sphère et d’une dra­maturgie d’où émer­gent vibra­tions et trou­bles, tout en main­tenant la sin­gulière légèreté de ce réc­it que l’on pour­rait qual­i­fi­er de con­te ini­ti­a­tique. Quel joyeux sen­ti­ment de sor­tir d’une séance avec l’intime con­vic­tion d’avoir mis la main sur une cinéaste de valeur. On compte sur elle.

Notes

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↑1 Ceci n’est pas une blague.