Toute appré­ci­a­tion d’un film exprime un éven­tail implicite d’at­tentes, éphémères ou pérennes, de la part du spec­ta­teur. De celles-ci est trib­u­taire le degré de sat­is­fac­tion immé­di­ate procuré par l’œuvre (des sat­is­fac­tions non immé­di­ates, nous nous garderons de par­ler pour l’heure). Dans le cas de R.I.F., on peut ain­si devin­er deux pos­si­bil­ités. Si le déplace­ment jusqu’à la salle de ciné­ma répondait à la seule inten­tion de tromper son ennui, alors le film aura été à la hau­teur. Dans tout autre cas de fig­ure, le manque d’en­jeu qui gan­grène cette pro­duc­tion ris­quera fort de pro­duire un effet désolant.

Écrit et réal­isé par un habitué du genre (Con­tre-Enquête, 36 quai des Orfèvres), inter­prété sans grande sub­til­ité mais avec con­vic­tion, R.I.F. est capa­ble de tenir en haleine un spec­ta­teur indul­gent pen­dant une heure trente. Son argu­ment de départ est le suiv­ant : Stéphane Mon­nereau, un polici­er sur­mené et nerveux, part en week-end avec sa femme et son fils afin de ten­ter de réchauf­fer des rap­ports con­ju­gaux devenus tièdes. Suite à une panne de voiture en pleine cam­pagne, il est con­traint de se sépar­er de sa femme pen­dant un moment. À son retour, elle a dis­paru. Le mari-flic met alors tout en œuvre pour la retrou­ver.

Comme de cou­tume dans ce genre ciné­matographique par­ti­c­uli­er qu’est le polar à la française, R.I.F. se con­tente de met­tre en œuvre à par­tir de ce point de départ une mécanique nar­ra­tive usée par quelques décen­nies de pro­duc­tion télévi­suelle. Les dif­férentes pistes qui deman­dent à être explorées pour éclair­cir le mys­tère – par­fois à la lim­ite du plau­si­ble – s’en­chaî­nent sans que l’on nous laisse le temps de nous y intéress­er, comme pour nous empêch­er de zap­per. Rien dans le scé­nario n’a d’autre but que celui de faire pro­gress­er l’ac­tion : l’auber­giste a de la sym­pa­thie pour Mon­nereau, étant elle-même veuve, afin de pou­voir servir d’ad­ju­vant un peu plus loin dans l’his­toire ; si la maman se blesse acci­den­telle­ment au début du film, c’est unique­ment pour que l’on puisse par la suite retrou­ver son sang dans le véhicule famil­ial, et ain­si de suite. L’in­con­sis­tance de cette dra­maturgie a quelque chose de ter­ri­ble­ment rétro­grade – mal­gré ses moyens lim­ités, la télévi­sion elle-même offre aujour­d’hui régulière­ment des réc­its d’une épais­seur bien supérieure.

À l’époque où il était encore rare de faire d’un per­son­nage plutôt antipathique le héros d’un film, R.I.F. aurait pu pass­er pour légère­ment sub­ver­sif. Il est aujour­d’hui bien trop tard ; le film con­serve l’ap­parence de l’anticonformisme pour mieux fuir les pistes qui auraient pu y men­er plus pro­fondé­ment. Le seul dis­cours qui s’en dégage se résume à : “Ce n’est pas bien d’être agres­sif, surtout quand on est polici­er. Mais heureuse­ment il y a aus­si des policiers gen­tils.” La rugosité super­fi­cielle que la per­son­nal­ité du per­son­nage prin­ci­pal donne au film ne nous fera pas croire bien longtemps que ce choix est le moyen d’ex­pres­sion d’un véri­ta­ble point de vue sur le monde. Il réus­sit en tout et pour tout à restrein­dre l’empathie du spec­ta­teur, et donc son impli­ca­tion dans le réc­it.

Dans ses images, Man­cu­so fait preuve d’une con­cep­tion du ciné­ma tout aus­si grossière. Les par­tis pris de mise en scène se lim­i­tent à l’ap­pli­ca­tion de l’une des for­mules de base du ciné­ma polici­er con­tem­po­rain : une pho­togra­phie sat­urée et gran­uleuse, une caméra à l’é­paule allè­gre­ment sec­ouée. On ne peut pas dire que R.I.F. soit un film raté, il est plutôt dénué de toute ambi­tion esthé­tique, et donc de toute portée. Même en restreignant nos exi­gences, on ne peut man­quer d’en atten­dre un peu plus d’un film polici­er : des émo­tions un tan­ti­net plus pro­fondes, une ren­con­tre avec le monde fic­tion­nel légère­ment plus poussée que celle que nous pro­pose ce triste petit objet.