Plus de dix ans après ses débuts, la fran­chise Des­ti­na­tion finale con­tin­ue de se renou­vel­er gen­ti­ment. Elle se main­tient égale­ment à l’é­cart des plus gros suc­cès gore actuels, avec ses tor­tures sans bour­reau et ses exé­cu­tions ludiques.

Le principe de Des­ti­na­tion finale est invari­able : cela débute par la vision pré­moni­toire d’un per­son­nage, qui lui per­met d’échap­per à une cat­a­stro­phe de grande ampleur tout en sauvant au pas­sage ceux qui auront pris son aver­tisse­ment au sérieux. Mais ce coup de chance inespéré ne tarde pas à se muer en malé­dic­tion : un par un, les rescapés sont vic­times d’ac­ci­dents mor­tels. Aucune chance de s’en sor­tir car, comme l’indique le seul per­son­nage récur­rent de la fran­chise, c’est la mort elle-même qui vient ain­si réclamer son dû.

Cet argu­ment assez idiot se prête par­faite­ment à la pro­liféra­tion des épisodes : rien n’empêche la trame de base de se répéter, puisque c’est dans le détail scé­nar­is­tique et l’efficacité visuelle que réside le poten­tiel de réus­site de chaque film. Le cinquième opus échappe en la matière à toute ten­ta­tion de paresse. Plus que dans les précé­dents, les séquences d’ac­ci­dent s’y présen­tent comme des casse-tête : plusieurs anom­alies poten­tielle­ment dan­gereuses sont soulignées à l’im­age, reste à devin­er quelle com­bi­nai­son va pro­duire l’ef­fet mor­tel atten­du. En ten­ant la clé de l’énigme à dis­tance pen­dant des durées con­séquentes, le film pro­duit des moments de sus­pense d’au­tant plus éprou­vants qu’ils sont nour­ris par l’imag­i­na­tion du spec­ta­teur. Instinc­tive­ment, celle-ci s’é­chine à prédire le scé­nario cat­a­stro­phe, et donc à imag­in­er dif­férentes pos­si­bil­ités toutes plus répug­nantes les unes que les autres. Elle démul­ti­plie ain­si d’elle-même les brefs moments gore effec­tive­ment livrés par le film.

De fausse piste en fausse piste, c’est finale­ment par une réac­tion en chaîne grotesque que cha­cun des casse-tête se con­clut. Le film donne ain­si sa jus­ti­fi­ca­tion à la ten­sion presque douloureuse­ment accu­mulée aupar­a­vant ; l’é­clat de rire que sus­cite le moment de la mort est d’au­tant plus jubi­la­toire que les min­utes qui l’ont précédé ont été éprou­vantes. Ces con­clu­sions flam­boy­antes empêchent de con­sid­ér­er le sys­tème du film comme sadique ; il faut plutôt y voir la quête d’un effet cathar­tique max­i­mum. Le film nous con­fronte à l’aspect tou­jours par­tielle­ment imprévis­i­ble de l’emboîtement des caus­es et con­séquences qui régis­sent l’u­nivers, et au sen­ti­ment de vul­néra­bil­ité qui en découle, sous un mode aus­si riche en émo­tions fortes qu’un tour de mon­tagnes russ­es.

Les prin­ci­paux défis posés par le principe de Des­ti­na­tion finale sont donc ici joli­ment relevés. Le reste est mis en œuvre avec appli­ca­tion, à défaut d’in­ven­tiv­ité. Les broderies scé­nar­is­tiques sont habile­ment incor­porées au motif prin­ci­pal, au sein d’un élé­gant tra­vail de pho­togra­phie et de cadrage. On ne pré­ten­dra pas avoir été frap­pé par la qual­ité de la 3D, bien que Steven Quale ait une expéri­ence cer­taine en la matière (il a notam­ment tra­vail­lé sur les effets visuels d’Avatar). Tout au plus aura-t-on pu trou­ver plaisante la pro­fondeur qu’elle donne aux plans de vis­ages et pénibles les quelques moments d’in­va­sion de la dis­tance séparant le spec­ta­teur de l’écran. Forte­ment ancré dans une logique indus­trielle, Des­ti­na­tion finale 5 manque de per­son­nal­ité pour mar­quer durable­ment. Reste cepen­dant, dans le champ restreint de ses ambi­tions, la qual­ité et l’intensité de l’ex­péri­ence pro­posée.