Grat­ter sa gui­tare au fond du garage, mon­ter son groupe de rock et devenir une star, telle est la trinité ado­les­cente val­able presque partout et tout le temps. Surtout à Dublin en 1976, quand deux fran­gins déci­dent de réalis­er leur rêve alors qu’un de leurs amis lycéens suit le même pro­jet et, mal­heureuse­ment pour eux, se nomme Bono. Por­trait en creux de la gloire face au des­tin tra­gi-comique de ces deux frères irlandais, tou­jours dans l’ombre du célèbre chanteur, Killing Bono met en scène des gamins qui refusent de per­dre au jeu de la gloire, quitte à com­met­tre l’irréparable.

Tiré du roman auto­bi­ographique de Neil McCormick, Killing Bono annonce la couleur avec son titre provo­ca­teur. Et pour cause. Neil (Ben Barnes) ne désire qu’une chose dans son exis­tence, être célèbre et adulé. Pour cela, il embar­que son jeune frère gui­tariste (l’excellent Robert Shee­han, remar­qué dans la série Mis­fits) et crée Shook Up. Quant à Paul, un de leurs copains, il recrute lui aus­si de son côté pour for­mer un groupe au nom bizarre, U2. Un seul con­naitra le suc­cès.

Éminem­ment comique, Killing Bono nous balade de Dublin aux nuits Cold Wave lon­doni­ennes et s’amuse à bross­er le por­trait d’un los­er con­va­in­cu de son tal­ent, prêt à toutes les rus­es pour attein­dre le pan­théon du rock. Men­songes, petites magouilles avec les mal­frats du coin, Neil ne s’embarrasse d’aucune crasse. Entre con­certs minables, squats louch­es et garde-robe dont même Boy George aurait eu honte, Killing Bono fait un con­stant va-et-vient des McCormick à la dérive et de la tra­jec­toire ascen­dante de la bande à Bono. Le film, forte­ment inspiré de la vie de Neil, souligne la poisse dont furent vic­times les deux frères. Alter­nant les bonnes nou­velles (sig­na­ture d’un con­trat avec un label, une propo­si­tion de con­cert alléchante) et leur irrémé­di­a­ble plan­tage (ren­voi du directeur du label, organ­i­sa­tion du Live Aid de Bob Geld­of le même jour que leur fameux con­cert), le métrage béné­fi­cie d’une dra­maturgie bien huilée, est parsemé de hasards sys­té­ma­tiques qui anni­hi­lent toutes les ten­ta­tives des Shook Up, et crée une ryth­mique de l’échec assez jouis­sive.

Autre plus-val­ue et non des moin­dres de Killing Bono, la repro­duc­tion des années 1980 dans la cap­i­tale bri­tan­nique. Strass, pail­lettes, cha­peaux ridicules et pom­pes improb­a­bles, le film remé­more à ceux qui ne l’aurait pas con­nue (ou qui l’aurait oubliée) que la décen­nie Thatch­er fut des plus fan­tasques niveau ves­ti­men­taire. Morceau de bravoure des acteurs par­faite­ment à l’aise dans des accou­trements d’un mau­vais goût démen­tiel, la séquence de night-club vaut à elle seule le déplace­ment, tor­dant le cou à l’adage « c’était mieux avant ».

Pathé­tique­ment drôle, le film s’interdit tout glisse­ment trag­ique alors que le titre pou­vait le laiss­er enten­dre. Aucune uchronie dans Killing Bono, juste un regard en coin vers les couliss­es du suc­cès où trainent sou­vent des stars mortes-nées.