Comé­di­en à la télévi­sion anglaise et réal­isa­teur de clips (notam­ment pour les Arc­tic Mon­keys), Richard Ayoade signe avec Sub­ma­rine sa pre­mière aven­ture de ciné­ma. Adap­té d’un roman homonyme de Joe Dun­thorne, ce film prend place dans une petite ville côtière de Grande-Bre­tagne. Il décrit le quo­ti­di­en morne d’un ado­les­cent sur­doué et neurasthénique, qui va se retrou­ver cham­boulé par ses pre­miers émois pour une fille et l’apparition d’un gourou new age ten­tant de séduire sa mère. Un film sym­pa­thique et sans pré­ten­tions.

C’est d’ailleurs bien là le prob­lème de ce genre de “petits films”, chronique douce-amère de l’adolescence, avec son gen­til lot de fan­taisie : on n’y trou­ve pas grand-chose à reprocher, mais pas non plus de quoi s’extasier. Un bon moment, vite vu, vite oublié. La faute à qui ?

On aurait ten­dance à point­er du doigt une forme recon­naiss­able et for­matée : images léchées dans le plus pur style indé chic (on pense à Gar­den State, Away We Go et bien d’autres…), avec l’idée qu’il faut tran­scen­der la beauté d’une cam­pagne peu­plée par des ploucs pour réus­sir à lui don­ner du charme. Les per­son­nages sont un brin far­felus (juste ce qu’il faut, ten­dance Lit­tle Miss Sun­shine), et de petits détours nar­rat­ifs inso­lites vien­nent par­fois tit­iller le spec­ta­teur pour le sor­tir de sa tor­peur (ten­dance Begin­ners). La voix off est large­ment présente et balise de manière très pré­cise le par­cours dra­ma­tique du film, afin de con­stru­ire un petit univers clos, auto­suff­isant, duquel rien ne dépasse.

Au pas­sage, on remar­que tout de même quelques dia­logues bien envoyés, quelques sail­lies d’humour un poil per­cu­tantes. Mais que manque-t-il alors pour réus­sir à sus­citer un peu plus d’enthousiasme ? Pourquoi le spec­ta­teur est-il voué à se tenir dans la même pos­ture atone qu’Oliver, le per­son­nage prin­ci­pal ? La réponse est à la fois sim­ple et trop évi­dente pour sat­is­faire. Il est clair que ce type de film n’est pas créé pour déchaîn­er les pas­sions, mais à force de jouer le jeu de la demi-teinte, il se perd dans une pos­ture à la lim­ite de l’anecdote, sans réus­sir à emporter l’adhésion de qui que ce soit. Der­rière la descrip­tion icon­o­claste d’un micro­cosme se cache une vision somme toute bien gen­til­lette. Car tout élé­ment des­tiné à amen­er un peu de vie et d’imprévu est rapi­de­ment con­tre­car­ré par un rap­pel à l’ordre : une rup­ture amoureuse n’est finale­ment qu’un moyen de repren­dre la rela­tion et de grandir, les trou­bles pas­sagers d’un cou­ple mar­ié ne sont finale­ment que des tur­bu­lences au milieu d’un ciel bien clair.

Alors, il est vrai qu’il reste quelques jolis moments à se met­tre sous la dent, car un tra­vail de bon faiseur arrive ponctuelle­ment à touch­er juste. En adop­tant un sto­ry­telling non réal­iste dans un cadre nar­ratif pour­tant bien fam­i­li­er, Ayoade arrive plutôt bien à faire accepter son style ampoulé et ses affé­ter­ies de mise en scène. Mais ce ne sont que les arbris­seaux qui cachent la forêt. La vraie réus­site du film restera finale­ment la décou­verte du jeune Craig Roberts dans le rôle d’Oliver. Son vis­age d’un autre temps bardé par des cernes, ses expres­sions inquiètes et étrange­ment adultes dévoilent un poten­tiel à la fois bur­lesque et dra­ma­tique qui tra­verse tout le film, et hante encore après la pro­jec­tion. Ça, pour le coup, on demande à revoir.