Après deux laborieux pas­sages der­rière la caméra, Mau­rice Barthélémy récidive l’expérience dans cette comédie aux allures de vieille recette humoris­tique déjà prête à l’emploi. S’il tente donc de recy­cler quelques gags ayant aupar­a­vant fait (ou non) leurs preuves dans les arché­types français du genre, on ne peut mal­heureuse­ment s’empêcher de penser, dans l’intérêt même de l’ex-Robin des Bois, que toute cas­quette n’est pas bonne à pren­dre.

On pour­rait croire que l’évolution de Mau­rice Barthélémy dans la réal­i­sa­tion prend pro­gres­sive­ment le sens d’une cer­taine stan­dard­i­s­a­tion formelle et thé­ma­tique, sig­nalant davan­tage la fil­i­a­tion du réal­isa­teur à la recette facile des bons sen­ti­ments qu’à celle d’un auteurisme pronon­cé. Entre le très atyp­ique Casablan­ca Dri­ver et le mélo-mielleux Papa, l’écart sem­blait déjà de taille, même s’il avait pour noble inten­tion de révéler la facette sen­si­ble (et cachée) du réal­isa­teur. Autant dire que ce troisième film creuse un peu plus l’écart formel avec ses prédécesseurs, s’aventurant sur le genre pop­u­laire du film de « galère ». Alors qu’ils atten­dent dés­espéré­ment depuis huit heures le décol­lage de leur avion et le retour de la cli­ma­ti­sa­tion, les pas­sagers du (très) « low-cost » Djer­ba-Beau­vais appren­nent l’annulation de leur vol. Fer­me­ment décidés à ne pas rôtir sur place, ils vont met­tre tout en œuvre pour faire décoller l’avion.

Dans la série des films « restons groupés », Low Cost sem­ble donc faire une entrée remar­quée, pas tant pour la pre­mière appari­tion de Lord Kos­si­ty en tant que comé­di­en, mais bien plus pour l’extrême vis­i­bil­ité qu’il offre sur les ficelles scé­nar­is­tiques car­ac­térisant ce genre humoris­tique très français. Le fameux vol «low-cost» rassem­ble donc les élé­ments d’un super­marché de la car­i­ca­ture, ayant réservé l’ensemble de ses sièges à des per­son­nages pré­fab­riqués qui con­traig­nent leurs inter­prètes à recourir à un jeu comique exagéré. Par­mi les pas­sagers, on peut donc énumér­er le cadre supérieur arro­gant et hypocon­dri­aque, la baba­cool intox­iquée à la philoso­phie made in Bob Mar­ley, ou l’hôtesse écervelée mais grande lec­trice de Lacan. Un véri­ta­ble éten­dard de stéréo­types en quelque sorte, qui rend arti­fi­cielle toute véri­ta­ble entre­prise humoris­tique.

Car tout le fonc­tion­nement comique du film est cen­sé repos­er sur des sit­u­a­tions con­frontant les per­son­nages à leurs pro­pres angoiss­es ; se retrou­ver aux côtés du flic pour le petit trafi­quant, à deux sièges d’un nain pour l’agoraphobe névrosé… Ce genre de mis­es en sit­u­a­tion con­damne mal­heureuse­ment le film à une forme de prévis­i­bil­ité comique, qui exhibe telle­ment ses pro­pres ficelles qu’elle sem­ble à cer­tains moments cristallis­er les pires préjugés. De quoi faire de cer­tains per­son­nages les souf­fre-douleur d’un humour ren­du gras et inef­fi­cace par sa pro­pre facil­ité. Ces mal­adress­es scé­nar­is­tiques alour­dis­sent donc l’esprit « bon enfant » cen­sé régn­er au sein du film, et que tente d’appuyer le réal­isa­teur en s’entourant d’une troupe de comé­di­ens et d’amis déjà prêts à l’emploi, à com­mencer par Jean-Paul Rou­ve ou par sa pro­pre femme Judith Godrèche. Au con­traire, si le film parvient lors de très rares moments à con­stituer une propo­si­tion comique fonc­tion­nelle, c’est surtout grâce à l’apparition d’acteurs débu­tants et promet­teurs, comme le jeune Vin­cent Lacoste, for­mi­da­ble en autiste métalleux com­plé­tant hon­or­able­ment la famille des Beaux Goss­es de Riad Sat­touf. Mal­gré cette allure de cour de récréa­tion, le film n’engendre pas moins pour le spec­ta­teur l’effet d’une classe fati­gante, lais­sée sans sur­veil­lance. Entre des gamins surex­cités et ces pas­sagers sans pilote, la dif­férence est en effet bien mince, et l’expérience devient tout aus­si érein­tante pour le spec­ta­teur.