Inter­net et sa fan­fare de sites à la sauce Meet­ic peu­vent-ils pré­ten­dre au renou­velle­ment de la comédie roman­tique ? Le pari paraît risqué tant les codes de ce genre ciné­matographique, même s’ils sont facile­ment détourn­ables, ne sem­blent jamais avoir véri­ta­ble­ment osé la cri­tique des com­porte­ments amoureux éduqués à la baguette du Web. Hélas, l’engouement peut vite tourn­er court.

Pour son pre­mier long-métrage, le réal­isa­teur argentin Gus­ta­vo Taret­to sem­ble con­ver­tir le soi-dis­ant épuise­ment com­mu­ni­ca­tion­nel dont souf­frirait notre époque actuelle en trame scé­nar­is­tique, cousue sur du papi­er rose et par­fumé de roman­tisme rebat­tu. Mar­i­ana et Mar­tin habitent tous deux Buenos Aires, dans le même quarti­er, dans des immeubles situés l’un en face de l’autre mais séparés par des murs aveu­gles (les fameux « medi­an­eras »). Tous deux se croisent régulière­ment, mais ne se remar­quent jamais. Tous deux éprou­vent égale­ment de nom­breuses dif­fi­cultés à se remet­tre de leur dernière his­toire amoureuse, dont le sou­venir reste pour cha­cun préservé par une forme d’attache : le chien de son ex-cam­pagne pour Mar­tin, l’appartement d’une anci­enne vie à deux pour Mar­i­ana. C’est sans aucune sur­prise que l’intrigue prin­ci­pale du film repose donc sur la ren­con­tre entre les deux per­son­nages, dans cette cap­i­tale aux trois mil­lions d’habitants, présen­tée comme le foy­er d’un indi­vid­u­al­isme exac­er­bé.

Pris au piège de cette forme d’intrigue réser­vant son lot de bon­bons et autres guimauves sen­ti­men­tales, le réal­isa­teur déjoue bien trop rapi­de­ment toute forme de sur­prise nar­ra­tive, choi­sis­sant de con­stru­ire son réc­it sur une recette de comédie roman­tique toute faite, qui rassem­ble les ingré­di­ents néces­saires à une effi­cac­ité comique jouant sur les simil­i­tudes des deux per­son­nages. Si on pressent dès le générique d’ouverture et son étude soci­ologique sur les medi­an­eras une volon­té de rompre avec les codes tra­di­tion­nels du genre, cette dernière sem­ble surtout repos­er sur la mise en sit­u­a­tion des per­son­nages et la matéri­al­i­sa­tion de leurs univers per­son­nels. Tan­dis que depuis sa rup­ture amoureuse, Mar­tin tente de sur­mon­ter sa ten­dance ago­ra­pho­bique et assume son quo­ti­di­en grâce aux presta­tions dis­pen­sées par le Web, Mar­ti­na essaye quant à elle d’évoluer dans un apparte­ment encom­bré de man­nequins, avec lesquels elle prend un plaisir coupable à danser ou à simuler une con­ver­sa­tion. C’est sur cette appar­ente dis­tinc­tion car­ac­térielle que repose le mince intérêt du film : le réal­isa­teur réserve aux deux tra­jec­toires par­al­lèles des traite­ments nar­rat­ifs et visuels autonomes. L’un se démêle avec une vision « intranet » sur le monde, tan­dis que l’autre se con­fond pro­gres­sive­ment avec les man­nequins qu’elle est chargée de décor­er pour des vit­rines, comme pour mieux extéri­oris­er son sen­ti­ment de soli­tude.

Deux voix-off bien dis­tinctes pour camper deux regards sur l’évolution des rela­tions amoureuses dans l’ère de l’ultra-technologique. Mal­heureuse­ment, cet appui formel ne parvient pas à mas­quer la vacuité d’un pro­pos, comme si le réal­isa­teur ne par­ve­nait pas à pren­dre lui-même posi­tion dans ce con­flit (réel ?) entre roman­tisme con­tem­po­rain et emballe­ment tech­nologique. Ce manque de posi­tion est d’autant plus gênant que Gus­ta­vo Taret­to mul­ti­plie grossière­ment les intrigues sec­ondaires comme autant de fauss­es pistes désamorçant tout engage­ment véri­ta­ble vis-à-vis de son sujet. En découle le sen­ti­ment que l’univers extrême­ment graphique du réal­isa­teur, souligné par les nom­breuses séquences ani­mées du film, ne recou­vre pas tant un syn­crétisme fan­tai­siste que la trans­for­ma­tion de tout pro­pos véri­ta­ble en mas­ca­rade formelle. De quoi estimer que le film con­stitue une comédie bien trop légère pour être suff­isam­ment agréable.