La comédie sen­ti­men­ta­lo-améri­caine de base a‑t-elle encore de l’humour à (re)vendre ? Une ques­tion ressem­blant à un véri­ta­ble défi pour tout cinéaste gen­ti­ment main­stream, et que tente ici de relever Den­nis Dugan, réal­isa­teur du calami­teux Quand Chuck ren­con­tre Lar­ry et d’autres navets davan­tage pré­parés pour la course aux Razz­ie Awards qu’à celle de la recon­nais­sance publique et cri­tique. Seule­ment, est-ce réelle­ment renou­vel­er un genre pop­u­laire que de pro­pos­er une par­o­die qui en sacralise bien trop vite les ficelles les plus usées ? Autant dire que la ques­tion tourne à l’absurde et le film à l’échec total.

Pour­tant, Le Mytho présen­tait bien les atouts d’une par­o­die de la comédie améri­caine pré­fab­riquée pour trente­naires en manque de guimauves sen­ti­men­tales. Prenez en effet un comé­di­en tel qu’Adam San­dler, dont le tal­ent comique sem­ble s’épuiser au fil des pro­duc­tions, et faites-lui partager l’affiche avec une actrice comme Jen­nifer Anis­ton, dont le si bref pas­sage dans le ciné­ma indépen­dant sem­ble con­firmer l’échec de toute rup­ture avec son passé télévi­suel légendaire. Quoi de plus bank­able que de réu­nir dans un même film deux comé­di­ens ayant de très bonnes raisons d’être remon­tés con­tre le genre de la comédie roman­tique ? D’autant que la trame scé­nar­is­tique du film avait de quoi con­stituer un beau pré­texte pour envoy­er la sauce mielleuse de bons sen­ti­ments à la poubelle. Dan­ny (alias Adam San­dler) a en effet tou­jours pré­ten­du être mar­ié afin de séduire n’importe quelle femme qui lui serait autrement parue inac­ces­si­ble. Lorsqu’il ren­con­tre enfin la femme de ses rêves, sa mythomanie habituelle le con­traint de deman­der à son assis­tante (incar­née par Jen­nifer Anis­ton) de bien vouloir se faire pass­er pour son ex-femme et d’entraîner dans cette supercherie ses pro­pres enfants. Le cat­a­clysme men­songer pré­cip­ite ce beau petit monde à Hawaï, pour un séjour qui risque de com­pro­met­tre plusieurs pro­jets.

La scène d’ouverture tente donc d’imposer au film, avec plus ou moins de suc­cès, un cynisme à l’image de la pre­mière fiancée de Dan­ny, qui annonce claire­ment épouser le futur chirurgien plas­tique pour son compte ban­caire plutôt que pour son physique ingrat. Mal­heureuse­ment, il est bien dom­mage de con­stater que le réal­isa­teur ne se com­porte pas en aus­si belle peste que cette pre­mière pro­tag­o­niste. Loin de ridi­culis­er les tra­di­tion­nelles recettes de la comédie sen­ti­men­tale, il préfère en utilis­er les mêmes ingré­di­ents, dans un mélange d’humour gras, misog­y­ne, et qui sem­ble tout juste ne fonc­tion­ner que lorsqu’il se con­cen­tre sur le physique raté des patients cir­cu­lant dans le cab­i­net du Dr Adam San­dler. Un comique super­fi­ciel ? C’est ce qui pour­rait en effet expli­quer l’échec de l’entreprise par­o­dique de Den­nis Dugan. En util­isant des ressorts comiques unique­ment basés sur des stéréo­types courants (la blonde écervelée fana­tique des ‘N Sync, le coif­feur gay, le meilleur ami for­cé­ment obsédé et beauf), le réal­isa­teur déploie les sit­u­a­tions les plus prévis­i­bles et les plus grotesques. Pour­tant, la prin­ci­pale supercherie jouée par Dan­ny et son assis­tante aurait pu don­ner lieu à un jeu de rôles intéres­sant, mais l’inventivité est ici sac­ri­fiée au nom de sit­u­a­tions mille fois revues sup­posées don­ner aux comé­di­ens leur minute de gloire.

Il paraît donc impos­si­ble d’échapper à la séquence d’exhibition plas­tique de Jen­nifer Anis­ton, ni à l’accent fausse­ment british et telle­ment exas­pérant de la petite Bailee Madi­son, dont on regrette dès lors le tal­ent dra­ma­tique tel qu’il avait été démon­tré dans Broth­ers de Jim Sheri­dan. Dans le rôle de la tra­di­tion­nelle rivale de lycée cen­sée incar­n­er un pseu­do-mod­èle de réus­site, Nicole Kid­man offre très cer­taine­ment la presta­tion la plus intéres­sante, dans une com­po­si­tion pra­tique­ment auto-par­o­dique. Hélas, elle ne peut sauver à elle seule le film du naufrage. La très plate mise en scène ne fait que ren­forcer le sen­ti­ment d’un réal­isa­teur croy­ant faire mouche avec un pro­duit ver­sant dans le plus grand con­formisme alors qu’il se donne l’apparence de la comédie sub­ver­sive. Le film n’en garde pas moins le mérite de con­firmer que la par­o­die sen­ti­men­tale devrait peut-être s’offrir un peu de vacances.