Il aura fal­lu une quin­zaine d’années à Lau­rent Carcelès, réal­isa­teur de cet Équinoxe, pour rassem­bler les appuis et les fonds néces­saires à la créa­tion de ce pre­mier long métrage. On imag­ine donc volon­tiers com­bi­en le pro­jet lui tient à cœur, com­bi­en il a été mûri. Et pour­tant… Mièvre, ampoulé et par­fois douloureuse­ment ama­teur, le résul­tat fait peine à voir.

Nathalie et Mar­tin sont un cou­ple qu’on devine insta­ble. Prof­i­tant d’une séance de pris­es de vue sur les plages du mont Saint-Michel – le mari est pho­tographe – la belle Nathalie révèle à son com­pagnon qu’elle attend un enfant. Mais, aux joies suiv­ant cette annonce, se sub­stitue l’angoisse lorsque la mar­iée d’équinoxe et son brouil­lard s’annoncent, le cou­ple plonge dans la con­fu­sion, per­dus sur la grève tout autant que dans leurs rap­ports sen­ti­men­taux.

« À la vitesse d’un cheval au galop » – c’est, selon les empha­tiques brochures et la sagesse pop­u­laire du cru, la vitesse des eaux de la marée mon­tante lors des grandes marées d’équinoxe sur le site du mont Saint-Michel. Si l’endroit, avec sa marée mon­strueuse, ses sables traîtres et son brouil­lard impéné­tra­ble, est prop­ice aux légen­des, cette mer sans pitié est égale­ment une métaphore adap­tée des flots red­outa­bles de la respon­s­abil­ité pour le futur papa.

Voilà qui est donc fameuse­ment sub­til et orig­i­nal. Reste que l’environnement dans lequel Lau­rent Carcelès a choisi de met­tre en scène son film est mag­nifique­ment promet­teur, et que le pro­jet, dans les mains d’un Nuri Bilge Cey­lan frais sor­ti des Cli­mats, d’un Kijû Yoshi­da, de quiconque aurait cor­recte­ment assim­ilé Mort à Venise, eût pu être exci­tant. Hélas, passé un pro­logue tourné sur site, et qui évoque donc forte­ment l’esthétique des Cli­mats, Lau­rent Carcelès déplace son film en stu­dio, adop­tant volon­taire­ment un style visuel déréal­isé, télévi­suel, aux effets infor­ma­tiques douloureuse­ment kitsch. Le mon­tage et le cadrage, affreuse­ment plats et sta­tiques, achèvent d’ôter à la fois rythme et l’expressivité à son réc­it.

Ces choix esthé­tiques sont, de l’aveu pro­pre du réal­isa­teur, un choix con­scient : « Nous avons tourné en stu­dio. Je voulais une lumière spé­ciale pour les acteurs. Pour moi, il était essen­tiel que le brouil­lard devi­enne un paysage men­tal der­rière les per­son­nages. » L’idée est séduisante, mais l’exécution s’avère d’un ama­teurisme crasse. Dans le rôle du futur père, Aurélien Reco­ing com­pose un per­son­nage pass­able­ment ver­beux, hon­teuse­ment empha­tique, comme inca­pable de sor­tir d’un script très écrit. Cate­ri­na Muri­no, plus intéres­sante, est égale­ment desservie par ces dia­logues, qui plus est par­fois d’une banal­ité ter­ri­ble.

Lorgnant avec insis­tance vers le ciné­ma expéri­men­tal, Lau­rent Carcelès s’est attaché les ser­vices du com­pos­i­teur Hèc­tor Par­ra, auteur d’une par­ti­tion mod­erne, éthérée, qui aurait pu soutenir effi­cace­ment un film aux choix styl­is­tiques et nar­rat­ifs moins désas­treux. Pour le coup, sa com­po­si­tion évoque plus volon­tiers la touche d’originalité qui relève l’intérêt d’un Pow­er­point tar­tig­nole en guise de film de vacances au mont Saint-Michel.