L’attente est grande vis-à-vis de Sale temps pour les pêcheurs quand on sait que l’Uruguay, dont le film est orig­i­naire, ne pro­duit que deux ou trois longs-métrages par an. Mais qui dit grande attente dit égale­ment risque de grande décep­tion. Si l’ambition du pre­mier long-métrage d’Alvaro Brech­n­er est là, le résul­tat ne suit pas.

Orsi­ni, truand à la petite semaine, et son pro­tégé Jacob, cham­pi­on de catch sur le déclin, tra­versent l’Amérique Latine dans le but avoué de relancer la car­rière du catcheur mais égale­ment de faire ramass­er à Orsi­ni quelques bil­lets en pas­sant. De vil­lage en vil­lage, le défi reste le même : celui qui vain­cra la masse Jacob empochera mille dol­lars. La halte de ce voy­ou fausse­ment dandy et de sa bête de foire à San­ta Maria est l’occasion de remet­tre leur petit manège en ques­tion. Mario, une autre masse, accepte le défi, ce qui ne manque pas d’inquiéter Orsi­ni qui se lance alors dans d’inextricables mani­gances afin de rassem­bler les mille dol­lars promis.

La décep­tion qui accom­pa­gne la vision du film est d’autant plus impor­tante que la séquence pré-générique, très réussie, fait des promess­es que le film ne tient pas par la suite. Flash-for­ward. Une ambu­lance déboule devant l’entrée de l’Apolo où se tient le com­bat Jacob vs Mario. La police est déjà sur place. Alors qu’une horde de spec­ta­teurs déchaînés se pré­cip­ite à l’extérieur en jetant des pieds de chais­es, la caméra s’élève au-dessus de ce chaos sur­plom­bé par une musique volon­taire­ment sur-dra­ma­tique par­o­di­ant les envolées lyriques améri­caines. Puis retour dans l’ambulance en com­pag­nie de deux bran­car­diers énonçant sur un ton démesuré­ment sérieux, voire tra­gi-comique, les nom­breuses frac­tures du blessé (nous ne saurons qu’à la fin du film qui se trou­vait dans l’ambulance entre la vie et la mort). Cette séquence apporte d’entrée de jeu une urgence, mais surtout un ton pas­tichant volon­tiers le sens du drame améri­cain qui est très appré­cia­ble.

Puis, c’est le flop. Alors que le film remonte au début des événe­ments, il som­bre dans un académisme désolant, tout en plans fix­es et champ­s/­con­tre-champs. Le mélange des tons n’est plus de mise et les per­son­nages s’avèrent être plutôt ennuyeux car réduits à leurs rôles de mal­frat séduc­teur et de benêt hir­sute. Pour­tant tout est là. Mais le duo Orsi­ni-Jacob aurait pu don­ner lieu à un peu plus d’enjeux ; le scé­nario, flasque et gen­til­let, se garde d’éclater dans une dimen­sion plus franche­ment absurde et grotesque ; les ressources visuelles de cette bour­gade aux allures de ville fan­tôme ne sont pas exploitées ; de même que sa pop­u­la­tion, qui fait d’un match de catch l’attraction de l’année, paraît bien trop con­ven­able pour exciter notre atten­tion. Sans tomber pour autant dans la car­i­ca­ture, une pré­ci­sion des traits aurait néan­moins été bien­v­enue. On sent tout de suite les références du réal­isa­teur : les frères Coen et les west­erns flot­tent là quelque part. Mais un sérieux manque d’audace empêche mal­heureuse­ment le film de les utilis­er effi­cace­ment et de se dis­tinguer.