Rares sont les films qui nous vien­nent du Viet­nam, surtout lorsqu’ils abor­dent l’épineuse ques­tion de l’homosexualité fémi­nine. Récom­pen­sé dans de nom­breux fes­ti­vals inter­na­tionaux, Ver­tiges a juste­ment les tra­vers du film de fes­ti­val (pho­to léchée, couleurs un peu exo­tiques, comé­di­ens tous plus beaux les uns que les autres) et ne parvient pas vrai­ment à créer le trou­ble atten­du sur la ques­tion du désir.

Duyen, jolie jeune femme, vient de se mari­er avec un chauf­feur de taxi qu’elle con­naît seule­ment depuis trois mois. Un peu plus âgée que lui mais surtout plus mature, elle va rapi­de­ment se heurter à son indif­férence pour la sex­u­al­ité, la lais­sant se con­sumer de désir. Mais pour une femme viet­nami­enne, il n’est pas aisé de for­muler une frus­tra­tion ou une attente lorsqu’autour d’elle, les hommes ne cessent de lui rap­pel­er son inféri­or­ité, voire son inutil­ité. Dans l’entourage de Duyen erre une autre jolie jeune femme, Cam (Linh Dan Pham). Celle-ci va pro­gres­sive­ment amen­er son amie frus­trée à fréquenter Thô, un homme séduisant capa­ble de sat­is­faire ses besoins. Mais Duyen décou­vre bien­tôt que les inten­tions de Cam étaient bien plus com­plex­es et que s’y cache en fait un désir homo­sex­uel, Thô n’étant en fait qu’un moyen de sur­mon­ter par procu­ra­tion une autre frus­tra­tion.

On l’aura com­pris : dans Ver­tiges, il est essen­tielle­ment ques­tion de femmes qui cherchent à dompter leur désir et à décou­vrir un corps fait pour l’étreinte. Pour nous en con­va­in­cre, le réal­isa­teur ne lésine pas sur les ambiances moites et vaporeuses, prop­ices à tous les épanche­ments sen­suels. Les images sont léchées, les mou­ve­ments de caméra caressent des corps tous plus beaux les uns que les autres, don­nant par­fois l’impression qu’on feuil­lette une édi­tion spé­ciale de Vogue sur les mys­tères de la beauté asi­a­tique. Pour­tant, le film vaut un peu plus que cela dans la mesure où il est ici ques­tion d’un sujet tabou et qu’il est tou­jours intéres­sant lorsqu’un cinéaste se risque à con­tr­er les inter­dits d’une cul­ture qui est la sienne : par­ler du désir et de la sex­u­al­ité fémi­nine, qui plus est lorsqu’elle est homo­sex­uelle, n’est vis­i­ble­ment pas aisé au Viet­nam, ce qui val­ut au film de gros prob­lèmes de vis­i­bil­ité et de dis­tri­b­u­tion. Main­tenant auréolé d’un joli suc­cès en fes­ti­vals où il a raflé de nom­breux prix, Ver­tiges arrive jusqu’à chez nous mais peine à sus­citer l’engouement espéré, se con­tentant en bout d’un course d’être un joli film qui a su habile­ment trans­former un tabou en argu­ment esthé­tique. C’est mal­heureuse­ment trop peu.