Pour son pre­mier pas­sage der­rière la caméra, on attendait bien mieux de Philip Sey­mour Hoff­man que cette bluette aux accents clichés de ciné­ma indépen­dant US. Ren­dez-vous l’été prochain est un film sans grande saveur, où la rel­a­tive justesse de l’interprétation parvient à peine à main­tenir le tout à flots.

Jack (Philip Sey­mour Hoff­man) est un chauf­feur de lim­ou­sine timide et soli­taire, dont les seuls amis sont un col­lègue de boulot, Clyde (John Ortiz), et sa com­pagne, Lucy (Daphne Rubin-Vega). Un soir, ils invi­tent Con­nie (Amy Ryan) à dîn­er, dont Jack tombe éper­du­ment amoureux. Quelques gen­tilles péripéties plus tard, Jack promet à Con­nie de lui pré­par­er un bon repas et de l’emmener faire un tour de bar­que à Cen­tral Park l’été prochain. Dou­ble prob­lème : Jack ne sait ni cuisin­er, ni nag­er, il va donc devoir appren­dre à le faire. Réc­it ini­ti­a­tique min­i­mal­iste, où Hoff­man s’en donne à cœur joie dans le reg­istre du gros nounours com­plexé, face à une Amy Ryan grimée en céli­bataire angois­sée et aso­ciale. Pour con­tre­car­rer l’ineptie de son pro­pos, le scé­nar­iste Robert Glau­di­ni (qui adapte ici sa pro­pre pièce de théâtre) a la mau­vaise idée de jouer la carte de l’effet miroir : alors que Jack et Con­nie vivent un début d’idylle, Clyde et Lucy sont un cou­ple en crise. Le réc­it est donc lour­de­ment bal­isé par deux tra­jec­toires invers­es, qui se ren­voient la balle bête­ment : Jack décou­vre à tra­vers les ater­moiements du cou­ple de ses amis que vivre en ménage n’est pas chose aisée, tout cela pou­vant même être sacré­ment moche. Heureuse­ment, quelques scènes un peu cru­elles vien­nent main­tenir le film sous assis­tance res­pi­ra­toire, et le saupoudr­er d’une méchante ironie, mais cela est bien peu au regard de l’éventail d’artifices déployés pour faire advenir une quel­conque émo­tion.

Car, et c’est là que le bât blesse, en ce qui con­cerne la mise en scène, il va vrai­ment fal­loir revoir sa copie. La plu­part des scènes sont tournées caméra à l’épaule, dans le style « film indépen­dant fauché », fausse gageure d’un souci de coller au max­i­mum à un réal­isme stéréo­typé, comme si un cadre remuant était syn­onyme de « vérité doc­u­men­tée ». Et lorsque Hoff­man se prend à vouloir faire de la « vraie » mise en scène, au sens où elle serait quelque chose qui se voit à l’écran, cela donne des séquences lour­dingues où Jack répète tout en fon­dus enchaînés les gestes du crawl, ou la meilleure façon de réalis­er un bon dessert. C’est par­fois telle­ment énorme que cela en devient presque embar­ras­sant. Seul John Ortiz réus­sit à se sauver par­tielle­ment de ce naufrage, grâce à une inter­pré­ta­tion sur le fil, qui donne l’impression de pou­voir réus­sir par­fois à déranger l’ordre établi, et sor­tir du reg­istre con­trit dans lequel Hoff­man plonge ses prin­ci­paux inter­prètes. Mal­gré les soubre­sauts d’une scène finale qui vire au règle­ment de comptes, la morale reste sauve, et nos deux tourtereaux iront bien faire de la bar­que en été. En cela, le film ne déçoit pas : il annonce son but dès le départ, et tient le cap avec une ama­bil­ité décon­cer­tante.