Troisième volet des affron­te­ments famil­i­aux entre Ben Stiller et Robert De Niro, Mon beau-père et nous réu­nit tous les per­son­nages des épisodes précé­dents pour un déluge de gags en dessous de la cein­ture. Sous les appa­rats d’un réc­it sur la pas­sa­tion de pou­voir, nos deux têtes d’affiche remet­tent le cou­vert, et s’en don­nent à cœur joie pour ten­ter de nous prou­ver que le ridicule ne tue pas. Ou si peu.

Après un sec­ond épisode très focal­isé sur le sexe, où le cou­ple Dustin Hoffman/Barbra Streisand en fai­sait des tonnes dans le style post-hip­pie décom­plexé, ce volet final emprunte une voie sim­i­laire. En passe de pren­dre les rennes de la famille, le chef infir­mi­er Gay­lord Furniker (Ben Stiller) doit faire face aux avances d’une col­lègue délurée (Jes­si­ca Alba) pour qui il doit assur­er la pro­mo­tion d’un pro­duit con­cur­rent du Via­gra. Au pas­sage, une petite scène de touch­er rec­tal pour soulager un patient prend la forme d’un sim­ili-orgasme entre les deux asso­ciés, et vient ain­si con­firmer l’hypothèse d’une comédie potache, un sim­ple épisode de plus pour une série reine du box-office, où la moquerie porte finale­ment peu atteinte à l’image d’un cast­ing de stars. Le cahi­er des charges d’un volet final est vite rem­pli, en con­vo­quant cha­cun des per­son­nages sec­ondaires pour faire son petit numéro devant la caméra : Dustin Hoff­man est joint par télé­phone car il est par­ti en Espagne pour appren­dre le fla­men­co, Bar­bra Streisand fait des appari­tions télévi­suelles dans son show con­sacré à la sex­u­al­ité, et un hila­rant Owen Wil­son skype son pote Ben depuis l’autre bout du monde pour lui faire part d’un pro­jet de mariage déli­rant. Au milieu de ce défer­lement de moyens de com­mu­ni­ca­tion, un De Niro inquisi­teur fait fig­ure de rem­part à la moder­nité. C’est peut-être ce qui peut séduire ici par inter­mit­tence, et qui a provo­qué incon­sciem­ment le suc­cès de la série dans les salles obscures : le jeu out­rageuse­ment old fash­ion et auto-par­o­dique d’un mon­stre sacré du ciné­ma face à la fan­taisie débridée d’un comique mod­erne comme Ben Stiller.

En dehors des numéros d’acteurs, sur lequel le film repose en majeure par­tie, la mécanique comique du réc­it nous entraîne dans une logique de quipro­qu­os inces­sants, dont le sys­té­ma­tisme fatigue à la longue. Un petit refuge par­o­dique per­met de temps à autre de repren­dre son souf­fle (un emprunt au Par­rain, aux Dents de la mer, une appari­tion d’Harvey Kei­t­el…), mais le rythme du mon­tage ne laisse que peu de temps à la flâner­ie. Diver­tisse­ment cal­i­bré, mais qui se per­met ponctuelle­ment quelques piques et sail­lies sur le con­ser­vatisme à l’américaine, notam­ment sur le volet de l’éducation. Car ce sont bien les enfants de Furniker qui sont au cen­tre de cet épisode (amu­sant titre du film, en V.O : Lit­tle Fock­ers), et cristallisent les attentes et inquié­tudes de la famille. C’est là que l’affrontement entre Ben Stiller et De Niro prend tout son sens comique. Entre un grand-père para­noïaque, reflet d’une Amérique qui n’en finit plus de se chercher des enne­mis partout, érigeant sa petite-fille en par­faite espi­onne du moin­dre faux pas dans la vie de cou­ple de ses par­ents, et un Furniker plus lax­iste, l’opposition de deux visions de l’Amer­i­can way of life se fait bien sen­tir. Et cette comédie plutôt inof­fen­sive se per­met le temps de quelques scènes de dérouter gen­ti­ment en réu­nis­sant ces deux con­cep­tions. Furniker et son beau-père se ren­dent dans une école dont les frais d’inscriptions sont très onéreux, dans l’optique d’y inscrire les deux petits « Fock­ers ». Une école qui prône une édu­ca­tion très lib­er­taire, où l’épanouissement de cha­cun par le biais d’activités per­son­nal­isées est érigé en doc­trine. Para­doxale­ment, les enfants doivent d’abord y pass­er un test d’aptitude, qui se déroule de manière désopi­lante sous les yeux de la famille der­rière un miroir sans tain. Entre sur­veil­lance et fausse exhi­bi­tion d’une lib­erté d’action, ce n’est pas le moin­dre des mérites de cette scène que de met­tre poli­ment un petit coup de pied aux fess­es du spec­ta­teur hyp­no­tisé par les atours cal­i­brés du film. Bon, cela reste en dessous de la cein­ture, mais ce n’est déjà pas si mal.