Voici un long-métrage lux­em­bour­geois – ce qui n’est pas fréquent – faisant la part belle à la jeune garde mâle du ciné­ma fran­coph­o­ne, Gré­goire Lep­rince-Ringuet et Arthur Dupont occu­pant les pre­miers rôles. Le sujet est mal­heureuse­ment con­venu (encore la résis­tance) et le traite­ment bien trop télé­film.

Claude Berri avait lancé la mode en France. Dominique Far­ru­gia se met lui aus­si de temps en temps der­rière la caméra. Éti­enne Comar a signé le scé­nario de Des hommes et des dieux. Cer­tains pro­duc­teurs se voient aus­si en créa­teur. Aux com­man­des de sa société Iris Pro­duc­tions, Nico­las Steil est de ceux-là. Pourquoi pas d’ailleurs ? Puisque tout le monde se tar­gue aujourd’hui de réalis­er, qu’il soit auteur de BD, romanci­er, comédien(ne), voire anci­enne miss météo sur Canal+.
Pour son pre­mier long-métrage, il choisit de s’attaquer à la péri­ode de la Sec­onde Guerre mon­di­ale, de faire de ses héros des réfrac­taires, des jeunes Lux­em­bour­geois, qui refusent d’incorporer les forces de l’Axe et de par­tir sur le front russe. Il les place au fond d’une mine, leur cachette, en com­pag­nie de résis­tants plus poli­tiques, où ils atten­dent ensem­ble la Libéra­tion.
L’angle n’est pas inin­téres­sant his­torique­ment comme esthé­tique­ment. Le côté petite com­mu­nauté vivant en autar­cie à côté des civils pour­rait cap­tiv­er et émou­voir. Mais la résis­tance aux nazis a fait son temps comme sujet orig­i­nal. Des films et des films en ont fait leur syn­op­sis à en épuis­er toutes les fig­ures héroïques et toutes les sit­u­a­tions dra­ma­tiques pos­si­bles de cette époque trou­blée. Après Melville ou Ver­ho­even, la fenêtre de tir com­mence à se réduire, même Taran­ti­no et ses Inglou­ri­ous Bas­ter­ds ne s’en sor­taient que par la déri­sion post­mod­erne.

Nico­las Steil tente donc, quelque part, l’impossible. Il est tout de même bien dif­fi­cile de renou­vel­er le regard du spec­ta­teur sur une péri­ode aus­si ancrée dans l’art et l’imaginaire col­lec­tif européen. Surtout qu’il n’est pas à l’évidence le plus grand des for­mal­istes.
Tout dans Réfrac­taire ren­voie à ce que fab­rique la télévi­sion. Le cadre est étriqué, faute de moyens certes, mais un grand angle en forêt ne coûte pas plus qu’un plan ser­ré sur trois pau­vres arbres dans une clair­ière. L’image est lisse, sans aspérités, avec une lumière si plate qu’on pour­rait indi­quer l’emplacement des pro­jecteurs. Les cos­tumes sem­blent sor­tir tout juste de leurs cin­tres, les décors respirent le car­ton-pâte, et les fig­u­rants bougent comme des pan­tins désar­tic­ulés.
L’histoire en elle-même est cal­i­brée pour un same­di soir sur France 3. Le gen­til Gré­goire Lep­rince-Ringuet fait son jeune pre­mier, man­quant d’envergure, tan­dis que le méchant Car­lo Brandt en fait des tonnes en vieux com­mu­niste pat­i­bu­laire. La belle Mar­i­anne Basler dévoile assez de peau pour exciter le bour­geois, avec la clef une his­toire d’amour très tarte, et la vio­lence est suff­isam­ment déréal­isée pour ne pas cho­quer la ménagère.
L’ensemble se laisse regarder, fait pass­er le temps, mais ce n’est pas ce que l’on attend d’un film de ciné­ma. Il en manque la pro­fondeur, le trou­ble, et la beauté. Dans un monde idéal, Réfrac­taire ne serait jamais sor­ti en salles où il n’a pas grand-chose à faire, si ce n’est occu­per les écrans à la place de vraies œuvres. À sauver toute­fois une scène de tor­ture sur les march­es d’un escalier, éton­nante dans sa con­struc­tion, presque du Melville pour le coup.