Pau­vre Chan­da. Petite fille con­trainte à être plus mature que son âge, elle doit se coltin­er la respon­s­abil­ité du foy­er face au délite­ment de sa cel­lule famil­iale et aux assauts de la bêtise ambiante. Fruit unique d’un pre­mier lit, son père est mort dans des cir­con­stances peu évo­quées mais qu’on devine vite en qua­tre let­tres, son beau-père alcoolique est en train de suiv­re le même chemin, sa mère hérite dans le vil­lage, hypocrisie et croy­ance col­lec­tives aidant, d’une répu­ta­tion de sor­cière empoi­son­neuse, rejetée par sa pro­pre famille, et ses demi-frère et demi-sœur ne la sou­ti­en­nent pas vrai­ment. Lorsque la maman bien malade est con­trainte de quit­ter le vil­lage pour une des­ti­na­tion incer­taine, Chan­da décide de la retrou­ver, quitte à pass­er out­re les tabous et les cer­ti­tudes de son entourage. Voilà, imbriqués avec appli­ca­tion en un scé­nario limpi­de, les prin­ci­paux points de la ques­tion de l’at­ti­tude d’une société apeurée — l’Afrique du Sud — face à un sida par­ti­c­ulière­ment meur­tri­er sur le con­ti­nent africain : le poids des croy­ances religieuses et des super­sti­tions, les voilages de face hon­teux favorisés par le manque de pré­cau­tion dans les pra­tiques sex­uelles, le rôle édu­catif dif­fi­cile du corps médi­cal.

Fade dramatisation du malheur

For­cé­ment, un drame sud-africain autour des réac­tions de la société face à la prop­a­ga­tion du sida se devait d’être con­ven­able­ment par­rainé — par la fon­da­tion Desmond Tutu — et porté par la pro­mo­tion tel l’é­ten­dard d’une grande cause human­i­taire. Un mou­ve­ment de bonnes âmes prévis­i­ble, mais en l’oc­cur­rence mal placé, tant ce film-ci, à force de soins à artic­uler sa mécanique dra­ma­tique autour de ce sujet, le corsète et l’é­touffe dans l’a­cadémisme de sa fac­ture. On ne devine que trop bien le tra­vail de pro­fes­sion­nel, de scé­nar­iste ayant sous la main plusieurs paramètres — thé­ma­tique et sous-thé­ma­tiques, vagues car­ac­téri­sa­tions — et qui agence tout cela en une his­toire à la fois exhaus­tive sur un prob­lème réel et fonc­tion­nelle dans son rôle de fic­tion. “Trop bien”, parce qu’il est dif­fi­cile d’y voir autre chose : un devoir appliqué répon­dant cor­recte­ment à son énon­cé, mais où l’im­pli­ca­tion de cha­cun reste stricte­ment tech­nique. Dif­fi­cile de croire à un investisse­ment réel, à une foi sincère des arti­sans pour for­muler d’un mes­sage alarmiste sur une sit­u­a­tion ter­ri­ble­ment actuelle, ou même pour don­ner chair à la force d’un drame, tant leur tra­vail s’at­tache à laiss­er à dis­tance toute ten­ta­tion de créa­tiv­ité pour servir sèche­ment la mécanique du réc­it. Le scé­nario enfile sage­ment, une séquence après l’autre, les péripéties et les révéla­tions de non-dits ; les acteurs sud-africains por­tent en langue locale — sans vrai­ment incar­n­er — des dia­logues et des com­porte­ments qui sem­blent avoir été écrits pour d’autres qu’eux ; les con­trechamps suc­cè­dent aux champs dans une réal­i­sa­tion dévi­tal­isée qui, tout à sa recherche de solid­ité et de neu­tral­ité du plan lais­sant par­ler le drame scé­nar­isé et mis en musique entre morceaux locaux et fades plages world, ne prend prise sur rien.

Copro­duc­tion entre l’Afrique du Sud et l’Alle­magne, Le Secret de Chan­da évoque un des plus pau­vres de ces télé­films dif­fusés sur Arte, qu’on aurait seule­ment tran­scrit dans un con­texte plus exo­tique. C’est sous le regard com­passé et com­pas­sion­nel, mais à peine con­cerné de ses auteurs que les sociétés des pays d’Afrique con­tin­u­ent de se débat­tre avec le sida.