Il est de ces films dont il suf­fit de lire le syn­op­sis pour en pressen­tir l’insondable poten­tiel nanardesque. L’Éclair noir ne vien­dra pas con­tredire notre a pri­ori : sur le papi­er comme à l’écran, il ne vole pas bien haut.

Dima est bien embêté. Trop timide pour abor­der la jolie Nastya, ce jeune étu­di­ant se fait vol­er la politesse par son meilleur ami. Il faut dire que celui-ci a un iPhone et surtout une grosse bag­nole – alors que ce los­er de Dima a hérité d’une vieille Vol­ga toute pour­rie qu’il n’ose même pas con­duire jusqu’à la fac. Heureuse­ment, il décou­vre que cette épave abrite rien moins qu’un nanocatal­y­seur, qui lui per­met notam­ment de vol­er dans les airs[1]. Dans un pre­mier temps, il s’en sert pour devenir le plus rapi­de livreur de fleurs de Moscou, et amass­er suff­isam­ment d’argent pour attir­er l’attention de Nastya (con­damnée dès lors à tomber amoureuse). Puis, prenant con­science qu’un grand pou­voir implique de grandes respon­s­abil­ités, il décide de s’opposer aux som­bres des­seins d’un richissime homme d’affaires prêt à détru­ire la cap­i­tale pour s’emparer d’un immense dia­mant enfoui sous ses fon­da­tions. Brad­aboum : zébrant le ciel moscovite de ses enjo­liveurs chromés, un jus­tici­er est né.

L’Éclair noir aurait pu con­stituer un hom­mage, mineur mais sym­pa­thique, du ciné­ma pop­u­laire russe à son homo­logue d’Outre-Pacifique. Mais la pre­mière pro­duc­tion à ten­ter d’acclimater le film de super­héros en ter­ri­toire ex-sovié­tique n’est en réal­ité qu’un copi­er-coller éhon­té de tout ce que Hol­ly­wood a pro­duit de bon – et de moins bon – ces trente dernières années : les voitures volantes évo­quent imman­quable­ment la DeLore­an de Retour vers le futur, et des scènes entières sont inté­grale­ment repom­pées de la série des Spi­der-Man. Un cinéphile un peu per­vers pour­ra s’amuser à se livr­er au jeu des sept erreurs entre Dima et Peter Park­er : l’un livre des fleurs et l’autre des piz­zas, l’un perd son grand-père, l’autre son père, etc.

Les auteurs-con­tre­fac­teurs sem­blent tabler sur l’inculture ciné­matographique du pub­lic russe (incul­ture réelle ou sup­posée : on ne se ris­quera pas à tranch­er). Mais pour un Français nour­ri aux block­busters améri­cains, autant dire que c’est per­du d’avance. Même s’il choisit d’excuser la bêtise, l’in­vraisem­blable misog­y­nie et l’hypocrisie d’un scé­nario qui fait mine de cri­ti­quer le culte de l’ar­gent dont il fait partout ailleurs l’apolo­gie, notre spec­ta­teur ne pour­ra que con­stater, navré, à quel point cet ersatz est en tous points inférieur à ses mod­èles. Il y a heureuse­ment fort peu de chance qu’il soit même ten­té de s’imposer cette épreuve : con­damné à n’être pro­jeté que dans quelques salles, L’Éclair noir ne con­naît chez nous qu’une sor­tie tech­nique, unique­ment des­tinée à pou­voir le ven­dre dans quelques mois aux chaînes de télévi­sion comme un « film de ciné­ma ».

Et pour­tant, il y a des risques réels qu’on entende à nou­veau par­ler de l’improbable super­héros moscovite dans les mois à venir : Timur Bek­mam­be­tov, immor­tel auteur de super­pro­duc­tions russ­es (Night Watch, Day Watch) et améri­caines (Want­ed, choi­sis ton des­tin) à peu près égales en nul­lité, et acces­soire­ment copro­duc­teur de cet Éclair noir, va prochaine­ment réalis­er son remake aux États-Unis. Imag­in­er que le ciné­ma hol­ly­woo­d­i­en adapte son pro­pre pla­giat, voilà un con­cept pro­pre­ment ver­tig­ineux. Posons d’ores et déjà l’équation : un sous-pro­duit au car­ré, c’est égal à quoi ?

Notes

Notes
↑1 À ne pas con­fon­dre avec un nan­ar­catal­y­seur, qui lui ne per­met pas de faire décoller les films, mais les main­tient résol­u­ment au ras des pâquerettes.