Le pre­mier “vrai” film de Vicky Jen­son, jusqu’alors coréal­isatrice de médiocres pro­duc­tions Dream­Works (Shrek, Gang de requins), lorgne ouverte­ment du côté des pires “Dis­niey­series”, qu’elle parvient même à sur­pass­er en mièvrerie et en médi­ocrité. Sévère­ment étril­lé par la presse améri­caine, Post-Grad béné­fi­cie pour­tant, à la faveur de la tor­peur esti­vale, d’une sor­tie tech­nique en France – quand tant d’autres œuvres qui mérit­eraient, elles, d’être dif­fusées en salles et d’y trou­ver leur pub­lic, se retrou­vent directe­ment (et dans le meilleur des cas) dans les bacs des vidéo­clubs.

Ryden vient de ter­min­er ses études supérieures. Armée de son diplôme, elle pense pou­voir désor­mais réalis­er ses rêves pro­fes­sion­nels, mais le poste qu’elle con­voite au sein de la plus pres­tigieuse mai­son d’édition de Los Ange­les lui échappe. La pau­vre Ryden décou­vre alors que trou­ver du tra­vail, c’est dur, et qu’être adulte c’est bien com­pliqué. Heureuse­ment, sa famille de doux excen­triques et son meilleur ami sont là pour l’aider à trou­ver sa voie.

S’ap­puyant sur un comique piteux et une fan­taisie pous­sive, et ponc­tué par des chan­sons glu­antes, Post-Grad témoigne d’une absence abyssale d’en­jeux nar­rat­ifs, aggravée par un manque de rythme ter­ri­fi­ant et une inter­pré­ta­tion cat­a­strophique (pau­vre Michael Keaton, quelle triste fin de car­rière…). Le jeu crispant de la jeune actrice prin­ci­pale n’aide pas à ren­dre sym­pa­thique son per­son­nage de tête à claques qui n’hésite pas à s’a­cheter un apparte­ment avant d’être sûre d’avoir décroché un tra­vail, et qui con­sid­ère comme une suprême hor­reur de devoir vivre aux cro­chets de maman et de papa-poule le temps de pou­voir vol­er de ses pro­pres ailes.

Le film ne s’appesantit guère sur les affres de la recherche d’emploi – expédiée en deux-trois scènes passe-partout – et se con­cen­tre rapi­de­ment sur ce qui, au fond, intéresse vrai­ment les filles : la quête du Prince Char­mant. Ryden est telle­ment obsédée par sa réus­site pro­fes­sion­nelle qu’elle ne voit pas à quel point son meilleur ami, qui l’aime et souf­fre en silence, est sen­si­ble, doux, atten­tion­né et beau (quoique très fade).

Il fau­dra que celui-ci se fâche et lui dise ses qua­tre vérités (en gros : « tu pens­es telle­ment à ton futur que tu ne t’oc­cu­pes pas de moi ! ») pour qu’elle réalise enfin sa trag­ique erreur et rec­ti­fie le tir : lorsque le boulot de ses rêves lui tombera tout cuit du ciel, elle n’hésitera pas à tout pla­quer pour suiv­re l’homme de sa vie – qui, de son côté, ne renon­cera à rien pour elle et pour­ra se pré­par­er à une belle car­rière. En 2010, après cinquante ans d’un per­ni­cieux proces­sus d’émancipation des femmes, il est sain que des œuvres d’avant-garde vien­nent rap­pel­er aux jeunes spec­ta­tri­ces le sens des pri­or­ités.