Sélec­tion­né à la Quin­zaine des réal­isa­teurs à Cannes en 2010, le pre­mier long-métrage d’Alicia Duffy dis­tille, à pre­mière vue, une atmo­sphère étrange empreinte des con­tes macabres de l’enfance. Mais le film peine éton­nam­ment à aller plus loin qu’une suc­ces­sion de scènes dont la noirceur et le glauque vont crescen­do, sans réus­sir à déploy­er sérieuse­ment le moin­dre sujet.

Ali­cia Duffy s’était faite remar­quée en sélec­tion offi­cielle du court-métrage à Cannes en 2002 avec The Most Beau­ti­ful Man in the World, où une fil­lette fai­sait la ren­con­tre d’un homme mutique dans un champ. On pou­vait déjà à l’époque décel­er une cer­taine capac­ité à installer une ambiance curieuse, mêlant beauté radieuse de l’enfance et vague sen­ti­ment d’inquiétude, le tout fondé sur un canevas sim­ple : que se passe-t-il lorsque nos chères têtes blondes échap­pent au regard des par­ents ? All Good Chil­dren reprend ce principe séduisant et puise donc son orig­ine dans le même vivi­er que le récent Tomboy de Céline Sci­amma, même si la com­para­i­son s’arrête immé­di­ate­ment là. En effet, plutôt que de choisir une représen­ta­tion réal­iste de l’enfance par le biais de la ques­tion du genre, Ali­cia Duffy emprunte la voie incon­grue du pseu­do-thriller psy­chologique.

Non pas qu’il aurait fal­lu suiv­re la même route que la réal­isatrice française, mais force est de con­stater que ce choix abscons pro­duit des effets dévas­ta­teurs. Con­stam­ment tirail­lée entre le désir de dépein­dre le monde de l’enfance tel qu’on se le représente générale­ment (inno­cence, insou­ciance et lib­erté) et la volon­té d’instiller le trou­ble préado­les­cent, notam­ment par le truche­ment d’une ten­sion amoureuse ambiguë, Ali­cia Duffy ne trou­ve jamais rien de solide pour con­stru­ire son réc­it. Et brasse finale­ment des thèmes assez com­muns, entre absence des par­ents et décou­verte de la jalousie, pour trac­er le por­trait de Dara, jeune Irlandais de 11 ans qui bas­cule dans la folie.

All Good Chil­dren met donc en scène l’obsession nais­sante de Dara pour Bel­la (dont la par­en­té de nom avec l’héroïne de Twi­light laisse songeur), jeune Anglaise effron­tée et séduc­trice. L’inconfort que sus­cite la vision du film est en grande par­tie lié à cette tra­jec­toire, car le regard sans com­plai­sance que porte la réal­isatrice sur ses per­son­nages ren­force l’impression d’un éveil sen­suel décrit avec une ambiguïté mal­saine. La trans­po­si­tion d’un genre ciné­matographique adulte et de ses codes dans le cadre de la préado­les­cence provoque un bas­cule­ment psy­chologique peu crédi­ble, tant la perte de repères de Dara est fondée sur le fait qu’il n’a pas con­science de la grav­ité de ses actes. Les élé­ments pathologiques mis en place sont pour­tant lourds de sens : l’attirance pour la chair, la décom­po­si­tion, l’instinct de mort.

La posi­tion atten­tiste et très en recul des par­ents est d’autant plus agaçante qu’elle ne sert, en sim­ple arti­fice scé­nar­is­tique, qu’à expliciter leur absence pour ren­dre crédi­ble la perte d’attaches du per­son­nage de Dara. Et réus­sir à valid­er, in fine, un dénoue­ment pour le moins abom­inable et trag­ique que la réal­isatrice ne sem­ble pas vouloir assumer.