Après un pre­mier épisode asservi à l’in­trigue du man­ga dont il était tiré, voici que l’équipe de la trilo­gie 20th Cen­tu­ry Boys prend le risque de s’éloign­er du déroule­ment canon­ique de la série dess­inée. Est-ce pour autant à dire que ce sec­ond épisode deviendrait, après un pre­mier film aux allures de télé­film creux et sur­joué, un film réel et intéres­sant? N’al­lons pas trop loin – mais gageons, si la série con­tin­ue sa pro­gres­sion, que le troisième épisode pour­rait devenir réelle­ment fasci­nant, et à la hau­teur de son matéri­au d’o­rig­ine.

Résumons donc les évène­ments jusqu’à main­tenant. 20th Cen­tu­ry Boys se ter­mi­nait sur l’événe­ment qui allait devenir le Nou­v­el An Sanglant, un mas­sacre à grande échelle menaçant la planète entière, entré dans les livres d’his­toire comme étant le fait du ter­ror­iste Ken­ji Endô. À cette occa­sion, le chef de secte Ami s’im­posa comme le sauveur de l’hu­man­ité. Seul un petit nom­bre de per­son­nes savent qu’A­mi a manip­ulé les médias pour acca­bler Ken­ji Endô – ces per­son­nes sont les amis d’en­fance de celui-ci, qui soupçon­nent que der­rière le mys­térieux masque d’A­mi, se cache un autre de leur cama­rades d’en­fance. Savoir lequel serait savoir com­ment défaire la secte mil­lé­nar­iste d’A­mi, de plus en plus influ­ente. Le sec­ond chapitre de la saga se con­cen­tre sur Kan­na Endô, la nièce de Ken­ji Endô, qui l’i­dolâtre et dés­espère de rétablir la vérité sur les manip­u­la­tions d’A­mi. Mais que sont devenus les autres cama­rades de Ken­ji? Com­ment et où ont-ils survécu ? Et qu’en est-il du «Cahi­er des pré­dic­tions», rem­pli par les gamins de 1967 et dont les prophéties apoc­a­lyp­tiques se révè­lent vrais les unes après les autres ? Et quelle util­i­sa­tion fera Kan­na de ses dons charis­ma­tiques et sur­na­turels ? Etc., etc., etc.

Voici, en quelques lignes, une ten­ta­tive de résumer une dizaine de vol­umes de la série de man­ga 20th Cen­tu­ry Boys, une série maîtrisant à mer­veille l’art du cliffhang­er et la cri­tique des manip­u­la­tions poli­tiques. Autant dire qu’une telle ten­ta­tive est vaine, et lorsque l’on aperçoit, aux dires du dossier de presse du film, qu’il s’est agi avec ce nou­v­el avatar de s’éloign­er de la série, l’e­spoir naît – car ten­ter d’adapter aus­si fidèle­ment que ce fut le cas dans le pre­mier épisode serait tout sim­ple­ment sui­cidaire. Mais hélas… Comme le récent et nar­ra­tive­ment calami­teux Har­ry Pot­ter et le Prince de sang-mêlé ou le non moins désagréable La Bous­sole d’or, ce sec­ond épisode, au lieu de s’ap­pro­prier une œuvre nar­ra­tive et de l’adapter au ciné­ma – au sens plein du terme – se con­tente de dress­er une liste exhaus­tive des péripéties néces­saires à ne pas bous­culer les fans du man­ga, au mépris de toute forme de con­struc­tion dra­ma­tique. Per­son­ne, dans la salle du dernier Har­ry Pot­ter, n’en a cure de savoir qui est ce mys­térieux Prince de sang-mêlé – per­son­ne ici n’i­ra réelle­ment chercher la sig­ni­fi­ca­tion des séquences qui s’en­chaî­nent dans un joyeux chaos.

Résul­tat : une suite inin­ter­rompue de scènes, par­fois copiées au plan près sur le découpage du man­ga, représen­tant les moments de bravoure du réc­it orig­inel, avec un mépris sou­verain pour toute forme de cohérence. Voir les retrou­vailles de Yoshit­sune, l’un des com­pars­es de Ken­ji, avec Kan­na, dans le saint des saint des sec­ta­teurs d’A­mi, à la tête d’une armée per­son­nelle : sans la moin­dre cohérence, sans un soupçon de mise en sit­u­a­tion qui per­me­t­trait de crédi­bilis­er un brin le pro­pos, l’ac­tion suit pour­tant son cours. Il con­vien­dra donc pour les con­nais­seurs de combler les trous, et pour les autres…

Formelle­ment, Yuk­i­hiko Tsut­su­mi sem­ble s’être débar­rassé de ses réflex­es out­ranciers de clipeux, et se livre à de louables ten­ta­tives de mise en scène dans ce sec­ond épisode, qui de ce point de vue se hisse bien au dessus du très démon­stratif pre­mier film de la saga. Hélas, le réal­isa­teur se con­tente cepen­dant la plu­part du temps de jouer sur l’emphase visuelle – aidé en cela par une musique d’une red­outable lour­deur. Qu’à cela ne tienne : là où le pre­mier dis­til­lait un ennui poli, ce sec­ond 20th Cen­tu­ry Boys main­tient l’in­térêt tout au long des plus de deux heures que dure le film. Que cela soit avant tout dû à la qual­ité supérieure du scé­nario orig­i­nal ne fait cepen­dant pas un doute.