Pal­marès du fes­ti­val :
— Sec­tion «Courts métrages» : Prix émo­tion Kookaï pour L’Autre Monde de Romain Delange, Prix du pub­lic pour Diplo­ma­cy de Jon Gold­man, Prix CinéCiné­ma pour Vos­tok’ de Jan Ander­sen.
— Sec­tion «Longs métrages» : Prix de l’avenir pour Vegas : Based on a True Sto­ry d’Amir Naderi, Prix du pub­lic pour La Nana de Sebastián Sil­va, Prix du jury pour L’Autre Rive de George Ovashvili.

Ci-dessous les impres­sions de la rédac­tion sur la com­péti­tion inter­na­tionale, sec­tion «Longs métrages».

Vegas – Based on a True Story, Amir Naderi, 2008, États-Unis

Eddie et Tra­cy Park­er, anciens joueurs com­pul­sifs, vivent avec leur fils Mitch à la périphérie de Las Vegas, à l’écart du bruit lanci­nant des machines à sous et des lumières envoû­tantes des grands casi­nos. Après avoir passé de nom­breuses années dans une sim­ple car­a­vane, les accros repen­tis ont pu s’installer dans un bun­ga­low, une mod­este mai­son pré­fab­riquée aus­si frag­ile que leur équili­bre retrou­vé. Le seul signe extérieur de richesse de cette famille où désor­mais chaque pen­ny compte : un jardin ver­doy­ant et fleuri entretenu avec soin par Tra­cy et son fils au milieu de la pous­sière désolante du désert. Quand un jeune incon­nu, pré­ten­dant être un marine tout juste ren­tré d’Irak, leur offre d’acheter la mai­son pour une somme bien supérieure à sa valeur, il réveille leur intérêt com­pul­sif pour l’argent. Et lorsque cet homme dévoile que le jardin cache en fait un butin d’un mil­lion de dol­lars, Eddie se laisse emporter par l’ivresse de l’appât du gain, empor­tant pro­gres­sive­ment femme et enfant dans cette frénésie destruc­trice et vaine.

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Vegas – Based on a True Sto­ry est un con­te mod­erne, basé sur un fait divers en effet réel : le casse d’un casi­no de Vegas en 1965 par le gang Gib­son, qui aurait été con­traint de cacher son butin dans un jardin de la région dans sa fuite, ali­men­tant les fan­tasmes de tous les pro­prié­taires du moin­dre bout de ter­rain à cette époque. Cette véri­ta­ble légende urbaine nour­rit la vision sub­tile et dis­tan­ciée d’Amir Naderi, réal­isa­teur iranien expa­trié aux États-Unis, sur la société de con­som­ma­tion améri­caine et sur le dol­lar-roi. L’utilisation de la caméra vidéo HD s’avère ici par­ti­c­ulière­ment per­ti­nente pour don­ner un grain d’image à la froideur chirur­gi­cale et décor­ti­quer scrupuleuse­ment la déchéance lente et inéluctable d’une famille broyée par un rêve d’opulence illu­soire. La cer­ti­tude de leur échec est sug­gérée par ces plans larges récur­rents de la ville de Las Vegas, dont les tem­ples du jeu sont main­tenus à dis­tance, der­rière l’écran de fumée d’une pous­sière déser­tique per­sis­tante. L’essentiel du film se déroule donc sur le mode du huis clos, dans la petite pro­priété des Park­er, où le désor­dre du jardin mis à sac et de la mai­son lais­sée pro­gres­sive­ment à l’abandon prend l’allure d’un hap­pen­ing sans fin, ryth­mé unique­ment par le bruit routi­er lanci­nant de l’Interstate 15 séparant la petite bour­gade de la grande Sin City. Le film reste ouvert, sur un goût d’inachevé. La nar­ra­tion se dilue dans la folie galopante du per­son­nage d’Eddie, seul au milieu d’un ter­rain défriché, et laisse le spec­ta­teur avec un sen­ti­ment de malaise, témoin impuis­sant d’un délite­ment annon­cé. Déjà présen­té au fes­ti­val de Venise 2008 sans avoir rem­porté de suf­frage, ce film bercé par la tor­peur du Neva­da n’apparaît pas non plus comme un can­di­dat sérieux pour le pal­marès de Paris Ciné­ma.

Sell Out !, Yeo Joon-Han, 2008, Malaisie

Dans le Kuala Lumpur aus­si som­bre que pétil­lant de Yeo Joon-Han, le con­glomérat Fony règne sur tous les secteurs de la con­som­ma­tion, en quête per­ma­nente et unique de prof­it. Dans la branche Fony TV, la jeune et belle Raf­fle­sia Pong présente une émis­sion d’art qui ne ren­con­tre pas le suc­cès d’audience néces­saire pour engen­dr­er les béné­fices souhaités. Déter­minée à réus­sir, Raf­fle­sia va donc pro­pos­er un con­cept de real­i­ty show sur­prenant, ne renonçant jamais devant les ques­tions d’éthique. Dans la branche Fony Elec­tron­ics, le jeune ingénieur Eric Tan ne parvient pas à con­va­in­cre ses patrons de l’intérêt com­mer­cial de son inven­tion, un appareil « tout-en-un » spé­cial soja, trop bien conçu pour être rentable selon les normes des décideurs. Face au dilemme de la créa­tiv­ité et de la rentabil­ité, sous les lois du grand cap­i­tal, Raf­fle­sia la bat­tante et Eric le rêveur, eux-mêmes pro­duits d’une société glob­al­isée et mon­di­al­isée, vont devoir trou­ver le moyen de s’imposer pour voir leur tra­vail recon­nu, quitte à y per­dre un peu de leur human­ité…

Sell Out ! est le pre­mier long-métrage du Malaisien Yeo Joon-Han, déjà présent au Fes­ti­val Paris Ciné­ma en 2007 pour son court-métrage Girl in a Soap Bub­ble. Cette année, avec sa comédie grinçante parsemée de numéros musi­caux, il ne peut qu’emporter l’adhésion du pub­lic français. Son pro­pos cri­tique sur le monde de l’entreprise, à la transna­tion­al­ité évi­dente, est con­stru­it avec humour et légèreté, par­o­di­ant au pas­sage film d’auteur et comédie musi­cale. Sous le regard de Yeo Joon-Han, les médecins sont incom­pé­tents et cor­rupt­ibles, les patrons idiots, autori­taires et obsédés par l’argent, les médias abrutis­sants… Dans un monde à deux vitesses, où « l’argent n’aime pas les pau­vres » (thème d’un beau numéro musi­cal artic­ulé sur les images au style doc­u­men­taire de lais­sés-pour-compte), le plus grand mal réside dans une soli­tude général­isée, générée par la com­péti­tiv­ité et la rentabil­ité exigées du sys­tème cap­i­tal­iste et frap­pant toutes les class­es sociales. On ne peut que se délecter de voir les deux décideurs, dont dépend aus­si bien Raf­fle­sia qu’Eric au sein du groupe Fony, effrayant par leur seule apparence les vendeurs d’un grand mag­a­sin. Pour obtenir un sim­ple ren­seigne­ment, un des deux boss­es se trou­ve con­traint de cours­er un vendeur dans les étages du cen­tre com­mer­cial, jusqu’à ce que le jeune employé bedonnant s’étale sur le car­relage !

Avec son rythme entraî­nant, son style décalé mais acces­si­ble et son pro­pos fédéra­teur, Sell Out ! ne pos­sède certes qu’une orig­i­nal­ité de façade et s’affiche comme un pur pro­duit pour l’exportation inter­na­tionale. En jouant la carte de la par­o­die, Yeo Joon-Han tra­vaille à l’efficacité pour nous faire rire à l’envi. Mais la satire d’un sys­tème audio­vi­suel entre­pre­neur­ial, nour­ri des SMS sur­taxés d’un pub­lic envoûté par le scin­tille­ment des pro­jecteurs, est bien plus per­ti­nente que celle sug­gérée par Dan­ny Boyle dans le récent Slum­dog Mil­lion­aire (2009) – où le sens de la déri­sion se noy­ait rapi­de­ment dans le mélo et la mièvrerie. Avec Sell Out !, la dis­tance ironique est tou­jours claire et par­ticipe au ton doux-amer, par­fois même som­bre, d’une comédie extrême­ment bien écrite, oscil­lant entre poésie, absurde et bur­lesque. On ne peut que souhaiter une belle car­rière en salles à ce film, qui mérite d’être pro­jeté sur le plus grand nom­bre pos­si­ble d’écrans.

Breathless, Yang Ik-june, 2008, Corée du Sud

Sang-hoon (Yang Ik-june lui-même) est le meilleur homme de main de Man-sik, recou­vreur de dettes ordon­nant à son équipe une effi­cac­ité à tout prix. Sang-hoon trou­ve dans ce tra­vail peu reluisant l’occasion de dévers­er toute sa colère, en frap­pant sans réserve aus­si bien les débi­teurs effrayés que ses coéquip­iers. Cet homme apathique, inex­pres­sif, en apparence vide de toute émo­tion, croule sous le poids de la soli­tude, brisé par la dis­pari­tion d’une mère et d’une sœur détru­ites par la vio­lence pater­nelle. Mais sa ren­con­tre for­tu­ite avec Yeon-hee (Kim Kkob­bi), une jeune lycéenne effron­tée et arro­gante, boule­verse l’équilibre du quo­ti­di­en chao­tique de Sang-hoon. Mal­gré son éter­nel uni­forme coquet et son gilet rose bon­bon, Yeon-hee n’est pas une poupée en porce­laine. Embêtée par un frère vio­lent, irre­spon­s­able et tou­jours fauché, la jeune fille s’occupe seule de son père atteint de la mal­adie d’Alzheimer. Yeon-hee doit rap­pel­er chaque jour au malade la mort de sa femme, ce qui ali­mente sa pro­pre douleur face à cette dis­pari­tion mater­nelle soudaine. La ren­con­tre improb­a­ble de Sang-hoon et Yeon-hee, deux êtres brisés et dés­abusés, peut con­duire vers le chemin étroit de la rédemp­tion, du par­don et de l’apaisement. Mais peut-on bris­er la sphère infer­nale de la rage ?

Breath­less est un film d’une grande vio­lence, frontale et ani­male : on ne s’y bat qu’à l’aide de son pro­pre corps, recourant par­fois à des usten­siles métalliques pour achev­er le tra­vail rapi­de­ment. La caméra, avide de plans rap­prochés, frag­mente l’image trou­ble des corps meur­tris. Fébrile, nerveuse, tou­jours en mou­ve­ment, elle accom­pa­gne deux pro­tag­o­nistes évolu­ant sur la corde raide, prof­i­tant dans de courts instants de sérénité pour mieux rep­longer sans cesse dans un univers d’une vio­lence paralysante. Chaque effron­terie est réprimée avec une sévérité dis­pro­por­tion­née. À la moin­dre dif­fi­culté, les hommes assè­nent des coups dans un élan com­pul­sif, quand la femme, aus­si jeune soit-elle, tente de s’en pro­téger en vain et garde son calme pour préserv­er la cohé­sion d’un sem­blant de famille. Dans Breath­less, la sanc­tion cor­porelle peut devenir par­fois lan­gage, comme lors de la pre­mière ren­con­tre entre Sang-hoon et Yeon-hee, véri­ta­ble duel d’humiliation. L’intrigue du film se con­stru­it ensuite pas à pas, dans l’opacité du gang­ster pathé­tique, con­damné à la vio­lence et à la soli­tude comme tous ses con­frères avant lui, en Corée comme ailleurs. Ici, pour chaque Sang-hoon qui tombe, un autre se lève à sa place et con­tin­ue d’asséner une souf­france physique par­fois mortelle, en oubliant qu’il en a été lui-même la vic­time col­latérale par le passé. Ain­si Breath­less expose le délite­ment inéluctable des liens famil­i­aux et soci­aux dans une vio­lence pandémique. La beauté du film réside dans les scènes calmes de tête-à-tête entre Sang-hoon et Yeon-Hee, où ces deux êtres sauvages s’apprivoisent peu à peu. Ce n’est qu’ensemble, sans se regarder, qu’ils réus­siront finale­ment à vers­er des larmes trop longtemps con­tenues et à partager leur souf­france dans un silence d’une grande dig­nité.

Mal­heureuse­ment, le pre­mier long-métrage de Yang Ik-june n’est pas exempt de mal­adress­es. La fréquence rap­prochée des insultes, par­tic­i­pant d’une vio­lence tou­jours latente, alour­dit les dia­logues et fait pass­er les per­son­nages pour des types car­i­cat­u­raux. Dès les dix pre­mières min­utes du film, on com­prend la dureté et la man­sué­tude de l’univers dans lequel ils évolu­ent. Il n’est donc pas néces­saire de nous matra­quer de « con­nard » et « salope » pour sig­ni­fi­er l’âpreté des quartiers pau­vres. Cela aurait plutôt ten­dance à stim­uler une las­si­tude déjà engen­drée par les temps morts d’un film qui traîne par­fois en longueur, pour nous réveiller dans le dernier quart d’heure dans un dénoue­ment (évidem­ment) trag­ique et pré­cip­ité. Déjà primé au fes­ti­val asi­a­tique du film de Deauville (Lotus du meilleur film et Prix de la Cri­tique inter­na­tionale), Breath­less est tout de même un film intéres­sant, per­me­t­tant de décou­vrir un jeune cinéaste encore en devenir, avec autant de qual­ités que de défauts pour le moment. À suiv­re…

La Nana, Sebastián Silva, 2009, Chili

Début du film : la famille Valdes célèbre l’anniversaire de la bonne, Raquel, quar­ante et un ans dont vingt années de ser­vice dans cette mai­son. Les enfants sont heureux de lui offrir quelques présents, mais la domes­tique, gênée et fatiguée, n’a pas franche­ment le cœur à la fête. Cette pre­mière scène pose les bases des rela­tions hiérar­chisées et incon­fort­a­bles entre les per­son­nages et annonce les car­ac­téris­tiques d’une mise en scène tou­jours sim­ple et effi­cace. Dans son uni­forme austère, ves­tige d’un autre temps, Raquel effectue ses lour­des tâch­es jour­nal­ières avec métic­u­losité, fière de sat­is­faire les besoins de cette famille de la grande bour­geoisie. Organ­is­er et faciliter leur quo­ti­di­en est devenu avec le temps sa seule rai­son d’être, sa fonc­tion résumant désor­mais son iden­tité. Per­son­nage mutique et ren­frogné, cette femme de l’ombre n’en est pas moins une femme de car­ac­tère, aus­si exigeante envers elle-même qu’envers les autres, ce qui lui vaut de se heurter régulière­ment avec l’aînée de la famille. Quand Mme Valdes décide d’engager une nou­velle bonne pour sec­on­der Raquel, affaib­lie par de vio­lentes migraines, la domes­tique dévouée red­oute de se trou­ver évincée non seule­ment de sa fonc­tion, mais aus­si, et avant tout, du cœur des enfants Valdes.

Sec­ond long-métrage de Sebastián Sil­va, récom­pen­sé au Fes­ti­val de Sun­dance 2009 (Prix du meilleur film étranger et prix d’interprétation fémi­nine), La Nana est une comédie dra­ma­tique fine­ment menée. L’essentiel de l’action se déroule dans la grande mai­son des Valdes, représen­tée comme le ter­ri­toire d’une domes­tique hyper­ac­tive. Si elle respecte l’autorité de ses patrons et répond sans bronch­er aux injonc­tions de la clo­chette et de l’interphone, Raquel a dévelop­pé un sen­ti­ment de pos­ses­sion envers cette mai­son et ses habi­tants, rép­ri­mant toute intru­sion extérieure. Elle éduque les enfants et sec­onde en tout point des par­ents infan­til­isés par son effi­cac­ité et sa réac­tiv­ité. La rela­tion entre Raquel et Mme Valdes témoigne de rap­ports de pou­voir ambi­gus : la maîtresse de mai­son ne parvient pas à sa domes­tique, bien qu’elle ait con­science de sa respon­s­abil­ité dans la démis­sion pré­maturée des autres bonnes suc­ces­sives. Mais, chez Raquel, charisme et autorité cachent une forme de claus­tro­pho­bie destruc­trice. Rares sont les scènes où nous voyons cette domes­tique dans un autre espace que celui de cette demeure famil­ière et pro­tec­trice, qui la tient pour­tant éloignée de sa pro­pre famille et lui empêche d’en con­stru­ire une. Recluse dans une mai­son immac­ulée, Raquel ignore et red­oute le monde extérieur. Le jardin est déjà un ter­ri­toire étranger : elle évite de le fréquenter, mais se plaît à y con­tenir les bonnes indésir­ables, en les dehors. Ce réflexe mani­aque con­stitue un véri­ta­ble run­ning-gag, tein­tant le film d’une pointe d’humour bien­venu. Quand la caméra vole quelques images de son corps nu, c’est pour révéler une sil­hou­ette lourde et fatiguée, comme pré­maturé­ment vieil­lie par les travaux physiques. Un corps éteint qui ignore le plaisir des étreintes.

Film de per­son­nages organ­isé sur le mode du huis clos, La Nana est pour­tant le réc­it d’un voy­age : celui de Raquel vers les autres et vers son pro­pre bon­heur, comme une épreuve néces­saire, cristallisée par sa ren­con­tre mag­nifique avec une jeune bonne. Seule à voir la détresse der­rière la froideur de la domes­tique, la pétil­lante Luci mesure avec effroi la souf­france engen­drée par l’isolement. Fustigeant la per­ma­nence de rap­ports de class­es archaïques par la sim­ple démon­stra­tion du quo­ti­di­en de Raquel, Sebastián Sil­va nous offre un film poignant, où quelques rares instants de comédie vien­nent alléger le drame d’une femme égarée dans sa pro­pre exis­tence. Le film doit beau­coup à la per­for­mance de Catali­na Saave­dra, dont l’interprétation tout en retenue donne corps à un per­son­nage aus­si bouil­lon­nant que frag­ile. Copieuse­ment applau­di en fin de pro­jec­tion, La Nana sera vis­i­ble sur les écrans français en octo­bre prochain grâce à ASC Dis­tri­b­u­tion. Le ren­dez-vous est pris !

London Nights, Alexis Dos Santos, 2008, Grande-Bretagne

À Lon­dres, dans le quarti­er d’East End, un jeune Espag­nol trou­ve refuge dans une usine trans­for­mée en grand loft, dont les habi­tants vont et vien­nent au rythme des soirées fes­tives. Axl a quit­té Madrid dans l’espoir de retrou­ver la trace de son père, un Anglais qui l’aurait aban­don­né quand il avait trois ans. Avec l’aide d’un nou­v­el ami, Mike, il décou­vre que son père est agent immo­bili­er dans la cap­i­tale bri­tan­nique. Il se fait alors pass­er pour un étu­di­ant à la recherche d’un apparte­ment, afin d’approcher cet homme et de glan­er quelques infor­ma­tions sur sa vie, avant de lui révéler peut-être sa véri­ta­ble iden­tité. Mais Axl décou­vre un homme à la vie con­ven­tion­nelle et con­fort­able, loin de l’image pater­nelle déca­dente qu’il s’était forgé pour s’expliquer tant d’années de silence. Axl aurait pu com­pren­dre, voire plain­dre, un homme déchu, mais ne sup­porte pas la triste nor­mal­ité de la réal­ité, qui le ramène à sa pro­pre insignifi­ance et à la vio­lence de l’abandon. Dans le même squat, vit Vera, une jeune Française expa­triée, dis­crète et soli­taire, lasse de son emploi de libraire et de ses soirées ternes. Meur­trie par un cha­grin d’amour, elle ren­con­tre un bel incon­nu et se lance dans une rela­tion con­stru­ite sur le mys­tère. Les deux amants se don­nent ren­dez-vous d’une fois sur l’autre, sans avoir la pos­si­bil­ité de se con­tac­ter. La pas­sion amoureuse et l’amour du jeu les enivrent, jusqu’au jour où cha­cun se retrou­ve à atten­dre seul dans une cham­bre vide. Axl et Vera, deux êtres errants, per­dus, frag­iles, dont la ren­con­tre tar­dive rimera avec l’espoir d’une sérénité retrou­vée.

Trois ans après Glue, his­toire d’un ado­les­cent en quête de son iden­tité sex­uelle, Alex­is Dos San­tos réalise avec Lon­don Nights un film sen­si­ble et sen­suel, déjà nom­mé pour le Grand Prix du Jury au fes­ti­val Sun­dance 2009. Au rythme d’une bande-son rock vibrante d’émotions, Lon­don Nights suit avec langueur des per­son­nages évanes­cents, unique­ment liés par un même besoin d’amour vis­céral. Il est dom­mage que le film perde en France son titre orig­i­nal, Unmade Beds, tant l’élément « lit » occupe une place cen­trale et sym­bol­ique dans les vies d’Axl et Vera. Axl compte les lits où il s’est couché depuis son départ de Madrid. Vera pho­togra­phie les lits avant et après l’amour. Le lit, seul point de chute dans leur errance : lieu du repos et de l’apaisement, lieu de tran­sit et de pas­sage, lieu d’oubli après des soirées de saoulerie, lieu d’ivresse cor­porelle et d’initiation à une bisex­u­al­ité ludique et éphémère, lieu d’abandon et d’amour… Le par­cours d’Axl et Vera s’apparente finale­ment à l’histoire d’un deuil, celui d’un passé chargé d’une douleur trop présente. Fer­nan­do Tielve, avec son allure bur­toni­enne, incar­ne une forme arché­typ­ale de l’adolescence, timide et frag­ile mal­gré la fan­taisie de son apparence. Déb­o­rah François inter­prète le rôle d’une jeune fille mélan­col­ique, sans âge et sans attach­es, sim­ple incar­na­tion de la douleur amoureuse. La nos­tal­gie du per­son­nage de Vera con­t­a­mine son envi­ron­nement, illu­miné par les flash­es fugaces de son appareil pho­to Polaroïd et la musique grésil­lante et syn­copée des dis­ques vinyle entassés dans le sous-sol du squat, un lieu anonyme adap­té à ces per­son­nages dérac­inés. Dans l’univers onirique et col­oré d’Alexis Dos San­tos, l’utilisation fréquente de longues focales iso­lent sub­tile­ment les per­son­nages, pris­on­niers de la bulle de leurs états d’âme. Lon­don Nights est avant tout un film d’ambiance, mais il n’en reste pas moins un film touchant, lais­sant un sou­venir éthéré, comme un rêve…