Simon Koni­an­s­ki est cen­tré sur le per­son­nage homonyme, alter ego du cinéaste déjà entre­vu dans le court-métrage Alice et moi. Sa rela­tion à la judéité étant aus­si vis­cérale qu’insupportée et prob­lé­ma­tique, il est entraîné sur les chemins de la mémoire famil­iale et de l’échec de son exis­tence présente. Cette ode à “l’humour juif” arrache quelques sourires, mais elle tourne surtout et bien sou­vent à vide.

Simon Koni­an­s­ki est une galerie de per­son­nages cen­trée sur la com­mu­nauté juive, ici de Bel­gique. Celle-ci est grande­ment tra­vail­lée par la mémoire de la Shoah, notam­ment Ernest (Popeck), le père, rescapé des camps de la mort ressas­sant obses­sion­nelle­ment ce funeste sou­venir. Il y a aus­si l’oncle Mau­rice (Abra­ham Leber) totale­ment para­no, vétéran de la guerre d’Espagne où il a com­bat­tu dans les brigades juives inter­na­tionales, qui craint d’être appréhendé par la Stasi à cha­cune de ses sor­ties. N’oublions pas la tante Mala (Irène Herz), une mégère dont les survête­ments en peau de pêche n’ont d’égal que ses improb­a­bles brush­ings. Tout ce petit monde est, à la manière des fans de foot­ball, sup­port­er d’Israël (des petits dra­peaux partout), surtout quand il s’agit, à Gaza, de régler son compte à ces “nazis du Hamas”.

Simon (Jonathan Zac­caï), spéci­men du trente­naire attardé dépres­sif sous cachetons, est de retour chez son père ; tout tran­spire chez lui une exis­tence en train de tourn­er au désas­tre, d’autant plus qu’il pointe au chô­mage, mal­gré des études uni­ver­si­taires de philoso­phie. Les rela­tions père-fils ne sont pas des plus sere­ines, Simon s’est con­stru­it en réac­tion, notam­ment en se choi­sis­sant une com­pagne goy (non juive), avec qui il a un fils et qui vient de le larguer, ou en se faisant un acharné défenseur des pales­tiniens. Il se situe dans une provo­ca­tion per­ma­nente, comme en témoigne son ticheurte “I drink Pales­tin­ian beer”. Micha Wald, qui a baigné dans ce jus durant sa jeunesse, y met beau­coup de lui-même et fait de Simon son alter ego à l’écran, avec un souci du détail et de la recon­sti­tu­tion grinçante d’une atmo­sphère étouf­fante, mais ceci, comme il faut un peu de bons sen­ti­ments, non sans ten­dresse.

Et lorsque le père casse sa pipe, il s’agit d’aller rap­a­tri­er le corps dans son lieu d’origine, en Gali­cie, anci­enne région de Pologne aujourd’hui en Ukraine. Le film quitte alors la ten­dance con­finée de la pre­mière par­tie pour se lancer dans un road-movie à tra­vers des pays pas très neu­tres, dont l’Allemagne et la Pologne. L’équipage est bringue­bal­ant, Simon embar­que son fils, son oncle para­no et sa vieille tante acar­iâtre. La com­pag­nie prend place dans un 4x4, et en route avec le cadavre dans le cof­fre ! Si l’on ne peut con­sid­ér­er que l’on était trans­porté aupar­a­vant, le film pique alors du nez dans un arc nar­ratif d’une banal­ité assez con­fon­dante ; ce voy­age sera des plus prof­ita­bles pour Simon, il lui per­me­t­tra de s’affirmer en tant qu’homme, mais aus­si de se réc­on­cili­er avec son père, mais aus­si, tenez-vous bien, avec lui-même et son ex.

Jonathan Zac­caï ne ménage pas sa peine et con­stitue la promesse d’un cer­tain poten­tiel comique, mais Simon Koni­an­s­ki manque d’unité et surtout de rythme. La faute à une mise en scène tout à fait terne, qui n’impulse rien d’un point de vue comique. Les appari­tions post-mortem du père, jusque dans les chiottes du camp de Maj­danek, sont assez ridicules. Quant à l’écriture, mal­gré quelques répliques bien sen­ties, elle hésite entre film à sketchs et réc­it plus tra­di­tion­nel sans trou­ver un véri­ta­ble cap. Alors que Micha Wald sem­blait vis­er le décalage et le poli­tique­ment incor­rect, on se retrou­ve face à un diver­tisse­ment bien sage. Alors qu’on sent qu’il pré­tend vouloir dire beau­coup sur la judéité, il ne for­mule pas grand chose qui puisse réelle­ment don­ner quelque per­spec­tive stim­u­lante. Ce que l’on a envie de faire en sor­tant d’une pro­jec­tion de Simon Koni­an­s­ki, ce ne serait pas de l’oublier puisque c’est comme si c’était fait ; non, ce serait plutôt de par­courir Maus d’Art Spiegel­man, ou bien un roman de la mag­nifique et poignante incar­na­tion du Juif errant que fut Joseph Roth, orig­i­naire lui aus­si de Gali­cie.