Le pre­mier long métrage du Roumain Adri­an Sitaru sort ce 4 févri­er sur les écrans français. Fort d’un grand suc­cès en fes­ti­vals (Venise, Toron­to, Pre­miers Plans, Palm Springs…), Pic­nic est un film per­son­nel et sin­guli­er que nous vous recom­man­dons chaude­ment d’aller décou­vrir. C’est ici avec générosité que le réal­isa­teur et son chef opéra­teur Adri­an Silis­teanu revi­en­nent sur les con­di­tions d’un tour­nage à très petit bud­get et sur leur façon de tra­vailler. Vous pour­rez ren­con­tr­er Adri­an Sitaru lors de deux séances qu’il présen­tera, ce mer­cre­di, à 20 heures au Reflet Médi­cis, et jeu­di 5 févri­er, à 19 heures 45 au Mk2 Beaubourg.

Vous saviez dès le début de l’écri­t­ure que vous tourner­iez le film en caméra sub­jec­tive. Lorsque vous écriv­iez une scène, saviez-vous déjà depuis le point de vue de quel per­son­nage elle serait perçue ou avez-vous tourné chaque scène depuis les trois points de vue, et choisi ensuite au mon­tage ?

Adri­an Sitaru C’est un peu entre les deux. Je n’ai pas fait de découpage, mais c’est pen­dant les répéti­tions que je m’aperce­vais de ce qu’il était impor­tant de voir et de ce qui ne l’é­tait pas. Mais pour l’é­conomie du film, nous avons tourné les scènes plusieurs fois, depuis le point de vue de cha­cun des per­son­nages. Même si je savais plus ou moins ce que je voulais, c’é­tait plus facile et plus sûr de faire comme ça.

Au mon­tage, vous deviez donc choisir entre de nom­breuses pos­si­bil­ités. J’imag­ine que s’est aus­si posé le prob­lème des rac­cords regards. Le mon­tage a‑t-il été dif­fi­cile ?

Adri­an Sitaru Non, ça n’est pas à cause de ça que ça a été dif­fi­cile. Ça l’a été parce que je n’avais pas de mon­teur et que j’ai dû appren­dre tout seul à utilis­er Final Cut. J’avais le temps pour ça, ça m’a pris un an et demi. Les rac­cords n’ont pas posé trop de prob­lèmes parce qu’on y avait été atten­tifs pen­dant le tour­nage, pour obtenir une con­ti­nu­ité. Égale­ment, je n’aime pas morcel­er les scènes comme on peut le faire pour des films plus clas­siques : j’avais donc des scènes longues, ce qui est plus facile à mon­ter.

Adri­an Silis­teanu, assistiez-vous aux répéti­tions pour voir où il valait mieux plac­er la caméra pen­dant le tour­nage?

Adri­an Silis­teanu Je ne pou­vais pas venir tout le temps car ils ont répété pen­dant un mois et demi. J’y allais de temps en temps. On calait des journées pour tra­vailler spé­ci­fique­ment en pen­sant à la place de la caméra, pour que les acteurs puis­sent savoir où ils devaient regarder. On fai­sait des essais, on cher­chait quel était le meilleur point de vue, celui d’Ana, de Mihai ou de Iubi, pour percevoir telle scène.

Adri­an Sitaru Au départ, je pen­sais tourn­er ce qui était vu par Ana de façon plus heurtée, plus mou­ve­men­tée, car c’é­tait en accord avec son per­son­nage, qui est trou­ble. On cher­chait, pour chaque per­son­nage, une façon de filmer adap­tée à ses car­ac­téris­tiques. Et puis je me suis ren­du compte que c’é­tait trop dif­fi­cile. Par exem­ple pour Ana, on ne pou­vait pas faire trem­bler comme ça la caméra, c’é­tait trop dif­fi­cile à suiv­re pour le spec­ta­teur. Mais j’ai cadré de façon dif­férente : quand c’est Ana qui regarde, les plans sont plus rap­prochés.

Est-ce que vous filmez les répéti­tions ?

Adri­an Sitaru Oui, je les fil­mais avec ma caméra DV, pour que les acteurs s’habituent à sa présence, sachent où regarder. Ça me ser­vait aus­si à moi, je me rendais mieux compte de ce qui se pas­sait. On avait du temps et ça ne coû­tait pas cher, donc on pou­vait filmer tout ça. Même si je savais déjà que je ne garderai pas cer­taines choses, c’é­tait plus facile de les filmer pour ensuite se ren­dre compte de ce qu’il fal­lait faire. Sur le tour­nage, ça allait plus vite.

Adri­an Silis­teanu Ce qui était dif­fi­cile par con­tre, c’est que sur la caméra DV d’Adri­an il y avait un fil­tre qui réfléchis­sait l’im­age des acteurs. Ils étaient con­fron­tés à une dou­ble dif­fi­culté : non seule­ment c’est à la caméra, et non à un autre acteur, qu’ils devaient s’adress­er, mais ils étaient en plus face à un miroir qui leur ren­voy­ait leur pro­pre image. Au tour­nage au moins, ils n’avaient pas à faire face à ce prob­lème-là. Moi pen­dant le tour­nage, j’avais besoin que les acteurs me rap­pel­lent exacte­ment ce qui devait être vu. Je ne pou­vais pas tout mémoris­er car il fal­lait que je pense en même temps à d’autres prob­lèmes de prise de vue. Par exem­ple, s’il fal­lait mon­tr­er un bout de cuisse, l’ac­teur me fai­sait un signe dis­cret pour me le rap­pel­er et que je bouge ma caméra en con­séquence.

Adri­an Sitaru Moi non plus je ne pou­vais pas me sou­venir de tout. Mais les acteurs, eux, savaient très bien ce qu’il était impor­tant de voir. Donc ils nous fai­saient des signes, pour garder la con­ti­nu­ité.

À cause de ces prob­lèmes de rac­cords, le tra­vail de la scripte devait être dif­fi­cile?

Adri­an Sitaru On avait une scripte, mais au fond on n’en avait pas telle­ment besoin. Parce qu’à cause de la caméra sub­jec­tive, c’est impos­si­ble de se rap­pel­er tous les détails, une seule per­son­ne ne peut pas con­trôler tous les rac­cords. Même la meilleure scripte du monde n’y parviendrait pas.

Adri­an Silis­teanu En fait, tout le monde fai­sait le tra­vail de la scripte. En étant tous atten­tifs pen­dant le tour­nage, et aus­si en regar­dant ce qui venait d’être tourné.

Est-ce que les déplace­ments des acteurs étaient pré­cisé­ment détail­lés dans le scé­nario ou les avez-vous lais­sés les impro­vis­er ?

Adri­an Sitaru La plu­part des déplace­ments étaient écrits. Nous les avons calés pen­dant les répéti­tions. Mais pen­dant le tour­nage, on se rendait compte qu’il y avait cer­taines choses qu’on ne pou­vait pas faire. À cause de la lumière, du con­tre­jour, ou parce que cer­tains mou­ve­ments de caméra étaient trop com­pliqués, par exem­ple pour la scène dans la voiture. Dans ces cas-là les comé­di­ens ont fait des impro­vi­sa­tions. Mais ça n’a pas posé de prob­lèmes parce qu’ils savaient ce qu’il était impor­tant de con­serv­er pour garder la con­ti­nu­ité.

Qu’en est-il des dia­logues ? Les avez-vous mod­i­fiés pen­dant les répéti­tions, ou pen­dant le tour­nage ?

Adri­an Sitaru Pour tous mes pro­jets, même si j’ai un meilleur dia­logue dans le scé­nario, si pen­dant les répéti­tions je me rends compte que ça ne fonc­tionne pas et que les acteurs ont une meilleure propo­si­tion à faire, on change les dia­logues. Mais ça se passe essen­tielle­ment pen­dant les répéti­tions, pas telle­ment au tour­nage. À un moment dans Pic­nic, Ana a un long mono­logue. C’é­tait impos­si­ble de garder le texte tel quel : la comé­di­enne con­nais­sait l’essence du texte que je voulais garder, et à par­tir de là elle a un peu impro­visé. Mais en général, je ne veux pas pren­dre de risques en les lais­sant impro­vis­er. On n’a pas assez de temps pour ça.

Com­bi­en de temps a duré le tour­nage ?

Adri­an Sitaru En tout on a dû tourn­er 12 jours, mais le tour­nage s’est étalé pen­dant un mois. On a même tourné la scène de la noy­ade des mois plus tard. Au départ, je voulais tourn­er en 7 jours. Mais on a com­mencé en octo­bre, où les journées sont cour­tes et plu­vieuses. On tour­nait de 9 heures du matin à 5 heures de l’après midi, puis on devait s’ar­rêter parce que la nuit tombait. Si on avait tourné en plein été, le tour­nage aurait duré moins longtemps car les journées de tra­vail auraient été plus longues.

Com­ment avez-vous fait pour obtenir une homogénéité lumineuse ?

Adri­an Silis­teanu Il n’y a aucune homogénéité! Il y a la lumière du matin, celle du cré­pus­cule, le temps est nuageux, puis il est dégagé… Même la couleur des arbres est dif­férente, par­fois ils sont verts, puis jaunes, parce que la nature avait changé entre deux moments du tour­nage. De toutes façons, avec notre bud­get on n’avait pas le temps de faire autrement. Donc il valait mieux tourn­er, même sans rac­cords lumière, que de ne pas tourn­er du tout.

Avez-vous pu tourn­er dans l’or­dre chronologique ?

Adri­an Sitaru On a essayé, ça aurait été idéal. Les pre­miers jours on a tourné dans l’or­dre. Mais si on avait voulu con­tin­uer comme ça, on aurait été oblig­és de s’ar­rêter. Donc entre met­tre trois mois à finir le film et tourn­er dans le désor­dre, on a choisi la sec­onde solu­tion. Par con­tre, à la fin on a tourné des scènes sup­plé­men­taires qu’on n’a pas gardées au mon­tage. Ça donne l’im­pres­sion qu’on avait du temps et de l’ar­gent à gaspiller en pris­es inutiles!

Com­ment s’est passé le tour­nage de la scène dans la voiture ?

Adri­an Sitaru C’é­tait hor­ri­ble.

Adri­an Silis­teanu À Venise (où Pic­nic était présen­té cette année dans la sec­tion Venice Days, ndlr), on m’a demandé com­ment on aurait tourné le film si on avait eu davan­tage d’ar­gent. J’ai réfléchi et aujour­d’hui je sais com­ment on aurait fait. Avec de l’ar­gent, ça aurait été pos­si­ble de tourn­er même avec une plus grosse caméra. Au lieu de tourn­er une scène en une demi-journée, on l’au­rait tournée en deux jours. On aurait pu installer du matériel, découper le toit de la voiture… Comme ça, ça n’au­rait pas été dif­fi­cile, mais il aurait fal­lu beau­coup d’ar­gent. Dans la voiture, quand je fil­mais depuis le point de vue de Iubi, la con­duc­trice, je ne pou­vais même pas voir le cadre. J’é­tais coincé à côté de sa tête et je fil­mais à l’aveu­gle. Même si on avait eu l’ar­gent pour acheter un moni­teur, on n’avait pas la place de le met­tre à côté de moi.

Adri­an Sitaru Moi j’é­tais assis à l’ar­rière et je con­trôlais sur un petit moni­teur. Mais je ne pou­vais pas du tout le mon­tr­er à Adri­an. C’é­tait vrai­ment très com­pliqué. Quelqu’un m’a demandé un jour si j’avais prévu que la caméra remue autant dans cette scène. Je ne l’avais pas prévu, ces trem­ble­ments étaient dus à la route, qui était toute crevassée. Et je n’ai pas eu le temps de re-tourn­er la scène.

Adri­an Silis­teanu Oui, un tour­nage est aus­si une ques­tion de chance.

Adri­an Sitaru Et c’é­tait dan­gereux! La comé­di­enne qui inter­prète Iubi venait d’avoir son per­mis de con­duire, elle devait se con­cen­tr­er sur sa route, pleine de trous, sur son jeu, et avec une caméra col­lée à son cou, c’é­tait vrai­ment dif­fi­cile. Mais c’est elle qui devait être au volant, parce que je voulais qu’on voie ses mains.

Est-ce que vous regardez les rush­es pen­dant le tour­nage ? Est-ce que vous les mon­trez aux acteurs ?

Adri­an Sitaru Quand on avait le temps (parce que les pris­es sont longues), oui on les regar­dait. On en fai­sait aus­si des copies, pour être sûrs de ne pas per­dre la prise par acci­dent.

Com­ment tra­vaillez-vous avec vos comé­di­ens ? Com­ment leur par­lez-vous de leurs rôles, quels types d’indi­ca­tions leur don­nez-vous ?

Adri­an Sitaru En général, je leur explique les tics de lan­gage de leurs per­son­nages. Iubi en a un, elle utilise sou­vent un cer­tain mot roumain, et cette façon de s’ex­primer est en accord avec son per­son­nage. Ces tics de lan­gage étaient aus­si impor­tants pour Ana, qui est étrange et doit jouer de façon étrange. Je leur explique la psy­cholo­gie de leur per­son­nage, je leur dis pourquoi à ce moment là ils doivent agir de cette façon là ou s’ex­primer comme ça. Pourquoi c’est cohérent par rap­port à ce qui s’est passé avant pour le per­son­nage et à ce qu’il est. J’es­saie de leur par­ler pré­cisé­ment, je n’aime pas dire, par exem­ple pour Ana, « tu fais ça parce que tu es un ange (ou un démon) », je veux que les indi­ca­tions psy­chologiques soit pré­cis­es pour que les per­son­nages et le film soient logiques.

Vous avez donc l’im­pres­sion de bien cern­er vos per­son­nages, alors qu’ils peu­vent demeur­er trou­bles pour le spec­ta­teur ?

Adri­an Sitaru Oui bien sûr. Mais ce que je pense d’eux importe peu par rap­port à ce que vont en penser les spec­ta­teurs. Je voudrais que cha­cun puisse inter­préter dif­férem­ment ces per­son­nages et leur his­toire.

Dans le dernier plan, alors qu’Ana est cen­sée être morte et qu’on était enfer­més avec Mihai et Iubi dans la voiture, vous allez plac­er la caméra à l’ex­térieur du véhicule, qu’on regarde s’éloign­er. Cela sur­prend, car on ne sait pas qui regarde. Pour vous, qui regarde dans ce plan ?

Adri­an Sitaru Pour moi, c’est Ana qui regarde. Elle ment tout le temps, donc elle a aus­si fait sem­blant de se noy­er. Mais on peut aus­si penser que c’est le chas­seur, ou Ion­it. On peut aus­si se dire que c’est Dieu, ou le réal­isa­teur. Je veux que le spec­ta­teur soit libre d’in­ter­préter cela.

Vous dites que votre film par­le de l’ab­surde, et de l’au­tode­struc­tion. Pou­vez-vous revenir sur cette idée là ?

Adri­an Sitaru Cette ques­tion-là m’in­téresse, car je ne com­prends pas pourquoi nous agis­sons de façon si destruc­trice dans nos rela­tions, amoureuses ou famil­iales. Nous sommes la seule espèce sur Terre à nous com­porter comme ça, à bless­er les gens qu’on aime.

Vos per­son­nages ne sont pas telle­ment aimables, pour­tant vous ne les jugez pas…

Adri­an Sitaru Non, je n’aime pas les réal­isa­teurs qui jugent leurs per­son­nages. Dans mon court métrage, Waves, j’ai fait comme dans Pic­nic, je ne porte pas de juge­ment moral sur les per­son­nages.

Vous avez tourné Waves après Pic­nic. Qu’est-ce qui a changé de l’un à l’autre dans votre façon de tra­vailler ?

Adri­an Sitaru Waves est plus clas­sique, je n’y ai pas util­isé la caméra sub­jec­tive. Mais j’y par­le d’un com­porte­ment humain assez sem­blable à celui dont je par­le dans Pic­nic. Les per­son­nages des deux films se ressem­blent un peu, ils ont des principes mais pas de moral­ité. Dans Waves il y a aus­si beau­coup de gens (le film se passe sur une plage bondée), dans Pic­nic il y en a très peu. J’ai tourné mon court métrage dans des con­di­tions finan­cières beau­coup plus con­fort­a­bles.

Aviez-vous pen­sé à faire inter­venir davan­tage de per­son­nages dans Pic­nic ?

Adri­an Sitaru J’avais pen­sé mon­tr­er le mari de Iubi au début, mais je me suis ren­du compte que c’é­tait plus intéres­sant de ne pas le faire, de laiss­er le spec­ta­teur décou­vrir petit à petit la nature de la rela­tion de Mihai et Iubi. J’ai rajouté le chas­seur et Ion­it dans les dernières ver­sions du scé­nario, parce que je me rendais compte que j’avais besoin d’eux.

Adri­an Silis­teanu, est-ce vous qui avez fait l’im­age de Waves ?

Adri­an Silis­teanu Oui.

Et allez-vous garder la même équipe pour votre prochain pro­jet ?

Adri­an Sitaru Nous étions une très petite équipe. Je n’avais même pas d’as­sis­tant.

Adri­an Silis­teanu Moi j’en avais un, mais de toutes façons nous ne pou­vions pas utilis­er grand-chose pour la lumière : la caméra fai­sait des tours à 360 degrés, donc on ne pou­vait pas rajouter d’é­clairages car ils seraient apparus dans le champ. L’équipe se rédui­sait à nous deux, les comé­di­ens, mon assis­tant et une maquilleuse.

Est-ce que ce tour­nage est un bon sou­venir ?

Adri­an Sitaru C’é­tait bien, mais ça serait dif­fi­cile de revivre ça. J’é­tais vrai­ment très anx­ieux parce que le moin­dre détail pou­vait tout faire rater. La voiture était la mienne, si elle était tombée en panne on n’au­rait rien pu faire ; l’équipe, qui n’é­tait presque pas payée, pou­vait trou­ver un tra­vail rémunéré à la dernière minute, ce que j’au­rais très bien com­pris… C’est un vrai plaisir de tra­vailler sur un tour­nage pro­fes­sion­nel, où on dis­pose de tout le con­fort. Mais là je devais penser à tout, au matériel, aux comé­di­ens, à la ges­tion des imprévus, à faire les cafés et les sand­wichs…

Aurez-vous davan­tage de moyens pour votre prochain film ?

Adri­an Sitaru Nous sommes oblig­és d’en avoir plus, et de toutes façons ça ne pour­ra pas être pire! La moitié du film se passera dans un hôpi­tal, nous aurons besoin d’un train, de lumière, il y aura 32 per­son­nages… Donc oui, nous aurons besoin d’ar­gent.

Le scé­nario est-il fini ? Quand avez-vous com­mencé à penser à ce pro­jet ?

Adri­an Sitaru Le scé­nario est qua­si­ment fini, oui. J’ai com­mencé à y penser il y a un an et demi. J’ai mis aus­si longtemps à l’écrire que Pic­nic, mais c’é­tait plus facile car j’ai béné­fi­cié d’un work­shop à Ams­ter­dam, où des pro­fes­sion­nels m’ont aidé. Ça m’a fait gag­n­er du temps, car en Roumanie nous n’avons pas de bons cours de scé­nar­ios, et je ne suis pas scé­nar­iste.

Com­ment fonc­tionne le sys­tème de pro­duc­tion en Roumanie ?

Adri­an Sitaru Nous avons une plate­forme de pro­duc­tion, comme le CNC. À par­tir de là, nous pou­vons chercher des co-pro­duc­teurs, à l’é­tranger, auprès des chaines de télévi­sion et des pub­lic­i­taires.

Adri­an Silis­teanu Mais c’est com­pliqué à cause des pres­sions exer­cées par les télévi­sions et les médias. Pour les pro­duc­tions indépen­dantes, c’est dif­fi­cile d’obtenir de l’ar­gent des pub­lic­i­taires.

Adri­an Sitaru Mais si tu es un bon réal­isa­teur en Roumanie main­tenant, c’est pos­si­ble de trou­ver un co-pro­duc­teur en Europe. Bien sûr, c’est plus facile pour moi main­tenant, après avoir fait Pic­nic qui a obtenu des suc­cès dans les fes­ti­vals. Si tu n’es pas con­nu et que tu n’as pas fait de court métrage remar­qué, c’est tou­jours un peu dif­fi­cile car il n’y a pas beau­coup d’ar­gent en Roumanie pour le ciné­ma. Cette année, l’équiv­a­lent du CNC a financé une ving­taine de pro­jets seule­ment. Ce qui ne veut pas dire qu’ils vont tous être tournés, car ils doivent encore trou­ver d’autres sources de finance­ment. L’an dernier, 10 ou 12 films ont été tournés, c’est un chiffre record depuis la Révo­lu­tion.

Adri­an Silis­teanu En ce moment, le gou­verne­ment met la pres­sion au CNC pour qu’il accroisse ses critères de qual­ité. Avant la Révo­lu­tion, il n’y avait que les « dinosaures », les vieux réal­isa­teurs con­nus et proches du gou­verne­ment, qui rece­vaient de l’ar­gent. Main­tenant le gou­verne­ment donne aux plus jeunes.

Dans com­bi­en de pays Pic­nic a‑t-il été acheté ?

Adri­an Sitaru Dans une dizaine. Au Lux­em­bourg, en Bel­gique, Ital­ie, Grèce, Dane­mark, Inde (je ne sais pas pourquoi ils le veu­lent!)…

Adri­an Silis­teanu Parce que Maria (l’ac­trice qui inter­prète Ana) est très belle!

Adri­an Sitaru Main­tenant que le film a gag­né un prix au Fes­ti­val de Palm Springs, on aimerait le ven­dre aux États-Unis, même si c’est dans peu de salles, c’est impor­tant.