Adap­té du clas­sique de la lit­téra­ture enfan­tine homonyme, Les Enfants de Tim­pel­bach, pro­duc­tion tri­col­ore tente sa chance en tant que film de Noël 2008, en l’absence de toute con­cur­rence sérieuse, Mada­gas­car 2 excep­té. Il y a fort à pari­er que ces Enfants, déjà bien médi­atisés, soient un suc­cès annon­cé, mais guère mérité – entre promess­es non tenues et mièvrerie insup­port­able.

En 1937, l’auteur alle­mand Hen­ry Win­ter­feld pro­po­sait avec son roman Les Enfants de Tim­pel­bach cette idée, qui n’est pas aus­si éloignée de notre société que de la sienne pro­pre : et si, lassés de ten­ter d’éduquer leurs insup­port­a­bles gar­ne­ments, les par­ents choi­sis­saient sim­ple­ment de les aban­don­ner, lais­sés à eux-mêmes ? La portée satirique de l’imagination de Win­ter­feld (des­tinée avant tout à soutenir un petit enfant malade de sa famille à l’o­rig­ine) est évi­dente, et dou­blée d’un tal­ent de nar­ra­teur qui a fait des Enfants de Tim­pel­bach un clas­sique de la lit­téra­ture enfan­tine.

Il y a fort à pari­er, hélas, que le film de Nico­las Bary ne con­naisse pas le même des­tin. Il n’est pour­tant pas exempt de qual­ités : ain­si, le film tente de coller à l’imaginaire très steam­punk (mélange de fin du XIXe siè­cle européen et de tech­nolo­gie sura­vancée à la Jules Verne) du roman orig­inel, et y réus­sit par­tielle­ment, avec une esthé­tique urbaine pro­fondé­ment intem­porelle. Tim­pel­bach appa­raît ain­si comme un gigan­tesque ter­rain de jeux baroque, parc d’attraction ouvert à tous les vents, impres­sion ren­for­cée par les cos­tumes out­ranciers des pro­tag­o­nistes.

Nico­las Bary se laisse aller à cer­taines audaces remar­quable­ment bien­v­enues, telle que la séquence intro­duc­tive, réal­isée en ani­ma­tion, et qui réus­sit avec une grande effi­cac­ité à pos­er les bases de la sit­u­a­tion précé­dant le départ des par­ents. De même, lorsque l’un des enfants aban­don­nés se saisit d’une antique caméra pour devenir le reporter offi­ciel de la ville, Bary s’amuse à inté­gr­er à son film cer­taines de ses pris­es de vues… Le film est ain­si parsemé de trou­vailles et d’audaces visuelles, qui ne réus­sis­sent pas cepen­dant à relever le niveau d’un scé­nario dan­gereuse­ment sim­pli­fié et d’une inter­pré­ta­tion par­fois plus que calami­teuse.

Lorsque l’on fait tourn­er des enfants, on peut dis­tinguer deux types d’interprétation : cer­tains jeunes acteurs parvi­en­nent avec aise à inter­préter leurs rôles, tan­dis que d’autres, osten­si­ble­ment, ne font que « jouer un enfant jouant un enfant », au mépris de toute spon­tanéité. Si Raphaël Katz, Adèle Exar­chopou­los, Léo Paget ou Mar­tin Jobert s’en sor­tent plus qu’honorablement, nom­bre de jeunes acteurs sem­blent man­quer de naturel. Ce n’est rien, cepen­dant, com­paré aux con­tre-per­for­mances ter­ri­fi­antes de Car­ole Bou­quet, et surtout de Gérard Depar­dieu ou Armelle, qui, au dia­pa­son de la plu­part des autres adultes du réc­it, inter­prè­tent leurs per­son­nages avec une grossièreté de trait dés­espérante.

Quand cessera t‑on de penser les réc­its des­tinés aux enfants comme des som­mets de mièvrerie, de pren­dre les plus jeunes pour des demeurés ? Le scé­nario tombe lui aus­si dans ces mêmes tra­vers, en insis­tant pour infan­tilis­er le réc­it : Tim­pel­bach devient, après le départ des par­ents, un champ de bataille entre les plus red­outa­bles et les plus destruc­teurs des enfants et ceux qui désirent con­serv­er un sem­blant d’ordre. Mais la con­fronta­tion entre les deux tourne à vide, tant la cru­auté enfan­tine est évac­uée du réc­it.

Si Les Enfants de Tim­pel­bach n’est pas Sa Majesté des Mouch­es, ce n’est cepen­dant pas une rai­son pour vider le film qui en est adap­té de tout réel enjeu. For­maté pour le plus grand pub­lic, ne prenant pas vrai­ment de risque, Les Enfants de Tim­pel­bach se regarde sans le déplaisir qui accom­pa­g­nait un autre grand ratage du genre, Le Petit Poucet. Le film nous mène à sa prévis­i­ble con­clu­sion sans vrai­ment de sus­pens, sans attis­er ni l’intérêt ni l’hostilité. C’est déjà ça… mais ce n’est vrai­ment pas grand-chose.