Réal­isé par la met­teuse en scène de sa pre­mière ver­sion sur les planch­es, voici donc, précédé d’une pro­mo d’une inten­sité assom­mante, Mam­ma Mia ! le film qui con­tin­ue les vacances même après la fin des vacances, pour citer son robuste slo­gan. Une reprise sur grand écran d’un suc­cès de music-hall, agré­men­té de gross­es stars pour faire bien sur l’af­fiche : on pour­rait se méfi­er de telles prospec­tives. Et on aurait bien rai­son ! Mais éton­nam­ment, Mam­ma Mia ! se révèle être un – tout petit – peu plus que le pro­duit for­maté atten­du…

Sophie, jolie fille de vingt ans, va se mari­er avec le fringant Sky (si), sur l’île par­a­disi­aque Kalokairi – une île où, vingt ans aupar­a­vant, sa mère menait une vie un brin dis­solue. Résul­tat : la mère en ques­tion, Don­na, mère céli­bataire et fière de l’être, est aujour­d’hui inca­pable de savoir qui, de ses trois amants de cette année-là, est le père de Sophie. Ce n’est évidem­ment pas du goût de la jou­ven­celle, qui décide à l’in­su de tous d’écrire aux trois con­cernés, ayant trou­vés leurs noms dans le jour­nal intime de maman. Lorsque les trois hommes se pointent inopiné­ment au mariage, la vie de tous s’en trou­ve boulever­sée…

Il ne fait aucun doute qu’un musi­cal ryth­mé par les grands suc­cès du groupe Abba ait toutes les chances de bat­tre des records de fréquen­ta­tion, en ces temps – cycliques – de renou­veau nos­tal­gique des années 1970. Il ne fait non plus aucun doute qu’un énorme suc­cès du musi­cal ne pou­vait échap­per à l’at­ten­tion des pro­duc­teurs hol­ly­woo­d­i­ens, tou­jours moins en verve d’o­rig­i­nal­ité et d’au­dace. Mam­ma Mia !, ver­sion ciné­ma, voit donc une affiche pass­able­ment respectable – Meryl Streep et Pierce Bros­nan en tête – porter sur le grand écran le show qui tri­om­pha sur scène. Hélas. Hélas, car il est bien con­nu qu’en dehors de Rick Mora­nis dans La Petite Bou­tique des hor­reurs, où son voix de faus­set ser­vait son rôle à mer­veille, la voix d’une star n’est pas for­cé­ment une belle voix, ne sert pas for­cé­ment son rôle – en témoigne la per­for­mance d’Alan Rick­man dans Sweeney Todd. Mam­ma Mia ! ne fait pas vrai­ment excep­tion à la règle, notam­ment pour le mal­heureux Pierce Bros­nan.

Si, de plus, la mise en scène de Phyl­l­i­da Lloyd se lim­ite au strict min­i­mum syn­di­cal, on peut vouloir enter­rer Mam­ma Mia ! directe­ment, et avec une morgue suff­isante, nonob­stant le poten­tiel tou­jours présent de la musique d’Ab­ba. Et pour­tant… Pour­tant, le film se révèle ne pas se pren­dre du tout au sérieux, mul­ti­pli­er les sit­u­a­tions out­rées, bur­lesques, amusées – comme si les acteurs pre­naient autant que les per­son­nages du plaisir à revivre une jeunesse aujour­d’hui tein­tée de ringardise, sans le moin­dre com­plexe. Il y a donc, par moment, de grands plaisirs à voir Pierce Bros­nan avec des rou­fla­que­ttes improb­a­bles, Col­in Firth en hard-rockeur à col­lier à clou, Meryl Streep et ses deux com­plices se lancer dans une inter­pré­ta­tion d’Ab­ba en pat­te-d’eph pail­letées, jusqu’à une meute de bel­lâtres qui miment une improb­a­ble démarche de canard en slip de bain…

À la manière de ses per­son­nages, Phyl­l­i­da Lloyd sem­ble vouloir adapter le scé­nario de Cather­ine John­son à la façon – loin­taine – du théâtre antique. Ain­si, la sym­bol­ique est par­fois tein­tée de mytholo­gie grecque, avec notam­ment nos trois mâles-satyres enfer­més dans… la cabane aux chèvres. Un sous-texte plus pail­lard qu’il n’y paraît est sou­vent dis­cern­able dans ce film qui tient finale­ment plus de la pièce de théâtre, avec les acteurs prin­ci­paux tou­jours soutenus et accom­pa­g­nés d’un chœur omniprésent, tou­jours prompt à la déri­sion, par­fois util­isé de façon bur­lesque… Phyl­l­i­da Lloyd sem­ble faire preuve d’une cer­taine cul­ture clas­sique, qui tente de transparaître dans cette fable morale – ou pas tant que ça, finale­ment – qui se ter­mine pos­i­tive­ment avec un retourne­ment de sit­u­a­tion ô com­bi­en théâ­tral. C’est plus qu’il n’en faut pour con­tenter quelque peu un esprit cha­grin et prompt au dén­i­gre­ment, mais ce n’est pas hélas suff­isant pour sauver le film d’une médi­ocrité atten­due.