An –480, le roi spar­ti­ate Léonidas et ses sol­dats par­tent défi­er aux Ther­mo­phyles l’immense armée perse. Le com­bat s’an­nonce d’au­tant plus dif­fi­cile que celle-ci compte dans ses rangs Ghost Rid­er, Rocky Bal­boa, les Trans­form­ers, une Paris Hilton bossue… La ver­sion par­o­dique de 300 aus­si inutile que l’original.

Après Super Héros Movie, voici le sec­ond détourne­ment filmique de l’été. Spi­der-Man n’est plus au cen­tre de la cible, mais 300, le péplum body­buildé de Zack Sny­der. Le principe est iden­tique. Le film orig­i­nal sert de trame prin­ci­pale. La par­o­die s’attache à en exagér­er les traits et s’appuie sur des références annex­es (télévi­suelles, ciné­matographiques, peo­ple…) pour tenir la dis­tance.

Un peu moins scat­ologique, plus ryth­mé, Spar­ta­touille s’en sort mieux que Super Héros Movie. On sourit par exem­ple quand Leonidas éduque son fils catch, quand la mai­gre troupe spar­ti­ate (13 au lieu de 300) entame I Will Sur­vive, quand Car­men Elec­tra (une bim­bo pas si mau­vaise actrice qu’on pour­rait le croire) subit un mas­sage par­ti­c­ulière­ment mus­clé, quand un fond bleu appar­ent affublé d’un trucage des années 1980 doit sig­ni­fi­er la présence d’une armée pléthorique…

Mais ce ne sont que quelques éclairs dans un ciel terne. Une bonne moitié des gags ren­voie à des références trop améri­caines pour être vrai­ment com­préhen­si­ble. Bien sûr, lorsque Paris Hilton et Brit­ney Spears sont dans le col­li­ma­teur, en par­ti­c­uli­er pour leur capac­ité à oubli­er leurs sous-vête­ments, il est facile – mon­di­al­i­sa­tion de l’insignifiance oblige – de savoir de quoi il retourne. Quand il s’agit de fauss­es pubs (Gatorade…) ou de trav­es­tisse­ments jeux de télé-réal­ité locaux (Amer­i­can Idol…), le sens comique s’avère obscur.

Spar­ta­touille touche au plus juste quand il cible le ton exagéré­ment belliqueux de 300. L’adaptation du graph­ic nov­el de Frank Miller sem­blait croire en la valid­ité de son pro­pos guer­ri­er. Le sens du sac­ri­fice était val­orisé. Mourir au com­bat appa­rais­sait presque comme une béné­dic­tion. Par l’intermédiaire d’un Léonidas gaffeur, faisant à coup de lap­sus de l’antimilitarisme sans le savoir, Spar­ta­touille mon­tre la lim­ite d’un tel dis­cours. Notam­ment dans un joli bonus mon­trant un George W. Bush devenu plus que dubi­tatif sur le recours au con­flit armé.

Jason Fried­berg et Aaron Seltzer soulèvent égale­ment la con­tra­dic­tion entre le machisme revendiqué par 300 à longueur de séquences et l’imagerie homo­sex­uelle qu’il développe (corps huilés, prépondérance du cuir…). Il est tou­jours comique de voir les zéla­teurs de l’esprit de corps et de la surviril­ité – sou­vent ouverte­ment homo­phobes – se con­tredire avec autant de naïveté. Avec ces moyens de série Z, Spar­ta­touille tend donc un judi­cieux miroir au block­buster à suc­cès. Mon­trant qu’entre la par­o­die et l’original, le vrai ridicule n’est pas for­cé­ment où l’on croit.