Un kid­nap­ping raté tourne au cauchemar pour ses pro­tag­o­nistes, per­dus au fin fond de la cam­pagne anglaise et pour­suiv­is par un fer­mi­er psy­chopathe. Iné­gale série B mêlant hor­reur et comédie.

Depuis l’arrivée sur la scène ciné­matographique d’Edgar Wright, avec ses désopi­lants Shaun of the Dead et Hot Fuzz, l’outre-Manche est devenu le ter­ri­toire de prédilec­tion d’une écri­t­ure mêlant codes du genre hor­ri­fique et irrévérence comique. Dans notre con­tem­po­ranéité exces­sive, où de Saw en Mar­tyrs l’interdiction aux moins de 18 ans appa­raît comme un effi­cace cer­ti­fi­cat de per­ver­sité pour les futures ventes DVD, l’introduction d’une dis­tance comique était de très bon aloi. Une judi­cieuse invi­ta­tion à ne pas pren­dre le gore trop au sérieux.

Après Lon­don to Brighton, thriller fauché mais glob­ale­ment salué par la cri­tique, Paul Andrew Willams s’engage lui aus­si dans cette nou­velle veine bri­tan­nique. Le prob­lème est que son film n’en a pas toutes les qual­ités. Là où Edgar Wright fait rapi­de­ment mouche avec son sens aigu­isé du con­tre-pied bur­lesque, Paul Andrew Williams patine près de la moitié du film pour provo­quer le pre­mier rire. Il ne fait qu’enchaîner des joutes ver­bales aux final­ités dro­la­tiques si for­cées qu’elles tombent à plat.

Il est vrai qu’il s’appuie sur un cast­ing qui gri­mace plus qu’il ne joue. Andy Serkis se croit encore sous les traits du Gol­lum ou de King Kong. Stars de la télévi­sion anglaise, Jen­nifer Elli­son et Reece Shear­smith ne déméri­tent pas non plus dans le caboti­nage. Mais tous ne font que se débat­tre avec un scé­nario qui insiste pen­dant de très longues min­utes à installer des per­son­nages dont la psy­cholo­gie stéréo­typée ne mérite pas tant d’égards. Quelques scènes bien sen­ties auraient large­ment fait l’affaire.

Curieuse­ment, alors qu’il sem­blait tourn­er défini­tive­ment à vide, le film finit par trou­ver un sec­ond souf­fle quand il se décide enfin à plonger dans l’horreur. La ferme mau­dite est bien ren­due. Avec une très belle lumière notam­ment pour la par­tie cui­sine. Le fer­mi­er assas­sin fout claire­ment les jetons. Et les ten­ta­tives comiques dés­espérées de la pre­mière par­tie se trans­for­ment en sail­lies vachard­es plutôt réussies.

Alors qu’Andy Serkis con­tin­ue sur le même rythme médiocre, le duo Jen­nifer Elli­son et Reece Shear­smith finit par trou­ver le bon tem­po. Le sec­ond pousse son rôle de vic­time expi­a­toire jusqu’à l’hystérie. Véri­ta­ble fil con­duc­teur du réc­it, il emmène tran­quille­ment le spec­ta­teur amusé jusqu’au générique de fin. Dom­mage donc que Paul Andrew Williams ait autant tardé à tranch­er dans le vif. De cette hési­ta­tion pre­mière, il résulte un film ban­cal, coupé en deux, avec une face trop sèche, et une autre bien saig­nante.