Après Alive en 2004, sorte de “Star Acad­e­my” mais en film et avec Richard Ancon­i­na, Frédéric Berthe revient avec Nos 18 ans, une comédie sur des lycéens bor­de­lais qui passent leur bac. Ils sont beaux, cer­tains sem­blent rich­es et ne pensent qu’à ça : décrocher le pré­cieux sésame et surtout aimer et/ou faire des galipettes sex­uelles. Sans intérêt et plutôt navrant.

Le générique d’ouverture est bien fichu, des formes géométriques entre papi­er peint psy­ché et Mon­dri­an avec “Close to me” de The Cure. Frédéric Berthe, ado­les­cent dans les années 1980, a fait un véri­ta­ble tra­vail d’archéologue. Jugez plutôt cette remar­que ren­ver­sante : “À l’époque dans les voitures, on n’utilisait que des cas­settes audio. D’ailleurs, dans le film, quand Lucas, Richard et Maxime vont à la plage en écoutant une chan­son de La Mano Negra, on sup­pose qu’il s’agit d’une cas­sette même si on ne la voit pas.” Tout le ciné­ma est là : l’usage du hors-champ pour mieux sus­citer l’imaginaire du spec­ta­teur. Bluffant non ? Il y aura aus­si des mini­tels, ves­tige du génie français, et de la musique de cette époque, plein, presque tout le temps. Frédéric Berthe aime bien la musique, alors il en met dans ses films.

Bon alors, pour être plus pré­cis, on est à la fin des années 1980 et au début des années 1990 (pourquoi faire sim­ple ?) et c’est le dernier jour de classe. On lance les cahiers et crie : “ouai­i­i­i­i­is, trop cool !” Lucas (Théo Frilet), can­di­dat au bac, n’entend pas en rester là et va dire ses qua­tre vérités à son prof de phi­lo vachard (Michel Blanc) sans savoir que ce dernier sera au jury de l’oral (pas de souci, Lucas y aura droit). Gros coup de bam­bou sur la tête : “mii­i­i­ince, quelle bourde !” Et le soir même, Lucas et sa bande s’incrustent à une soirée où il tombe amoureux de Clé­mence (Valen­tine Catzéflis), fille de vous avez devinez qui. Allons un petit effort… Au cours de la sauterie, les ficelles pour que les deux tourtereaux se retrou­vent à demi nus dans un plac­ard sont tout sim­ple­ment aber­rantes.
“Oh mais tu as une tache !
— Allons voir s’il n’y a pas du K2R dans la mai­son.
— Mais le cham­pagne ne tache pas…
— Eh bien prenons une douche alors !
— Oups voilà quelqu’un, cachons-nous dans le dress­ing !”

Ambiance Hélène et les Garçons assurée, avec un pen­chant Bev­er­ly Hills pour la soirée piscine. Et cet éta­lage d’une jeunesse cool et classe a quelque chose de moche et de pro­fondé­ment rance. Après ça, Lucas a bien du mal à se met­tre le nez dans les bouquins parce qu’il n’a ni le nom ni le numéro de télé­phone de la donzelle. “Dur dur” comme dis­ait la chan­son dans les années 1980.

Nos 18 ans s’élance donc sur ce boule­vard scé­nar­is­tique : quand donc vont-ils se retrou­ver ? Que l’on en finisse serait-on ten­té d’ajouter. Mais comme ça sem­blait un peu mince, alors on charge la mule avec des intrigues par­al­lèles : le méchant prof de phi­lo est un être blessé par la vie, l’intello de la classe est for­cé­ment méprisé. Sans compter les amours de la mamie super cool de Clé­mence (une Bernadette Laf­font étrange­ment grimée en Line Renaud), les con­ner­ies d’ados (virée à la plage en 205 décapotable, picole, pétards, entre autres), les his­toires de cul… Bref tout un bric-à-brac dont on se moque éper­du­ment, alors que l’amitié amoureuse que Lucas et Alice dévelop­pent aurait pu être une piste pour don­ner un peu d’épaisseur et d’intérêt à l’ensemble. Les gags tombent à plat les uns après les autres, la bouf­fon­ner­ie lour­dingue de Maxime (Arthur Dupont) ne suf­fit pas à sauver les apparences. Quant au rythme, il patine nonob­stant les efforts un peu pathé­tiques en matière de mise en scène et de mon­tage. On se prend alors à songer au Péril jeune de Cédric Klapisch qui avait su capter et com­mu­ni­quer la légèreté grave de cet âge sous les années Gis­card : “Au revoir.”