Suc­cès pop­u­laire de l’année 2006 en Ukraine, Orangelove est le fruit d’une pro­duc­tion hol­ly­woo­d­i­enne et d’un réal­isa­teur ukrainien : Alan Bado­ev, âgé d’à peine 25 ans. Huis clos amoureux, le film racon­te la pas­sion de Roman, pho­tographe de mode et de Katya, vio­lon­cel­liste, sortes d’Adam et Eve des années 2000. « Bor­der­line », OrAngeLove est à la fois ambitieux, orig­i­nal et délavé.

Le seul indi­ca­teur tem­porel est que l’histoire se passe pen­dant la Révo­lu­tion orange, lors de la procla­ma­tion des résul­tats du sec­ond tour de l’élection prési­den­tielle en Ukraine. OrAngeLove est d’ailleurs le seul film ukrainien réper­torié trai­tant de cette protes­ta­tion pop­u­laire et paci­fique de novem­bre 2004. Pour­tant, le cinéaste se défend d’avoir réal­isé une fic­tion poli­tique. Alan Bado­ev fait le choix d’éclipser l’événement de l’Histoire pour se con­cen­tr­er sur une fable éton­nante. Si le sujet du film n’est pas directe­ment la Révo­lu­tion orange, il abor­de explicite­ment celui du SIDA, qui béné­fi­cie d’un traite­ment rad­i­cale­ment dis­tinct de notre nation­al Les Nuits fauves de Cyril Col­lard. Au con­traire, la dis­tance plas­tique instal­lée rap­pelle le film sin­guli­er The Foun­tain de Dar­ren Aronof­sky.

Elle est ukraini­enne et lui est russe, dans la vie comme dans la fic­tion, et cette union métis­sée n’est pas a pri­ori gra­tu­ite. Le film repose essen­tielle­ment sur ce tête à tête, les pro­tag­o­nistes sont qua­si­ment les seuls êtres de chair vis­i­bles. Cette focal­i­sa­tion par­ticipe à la matéri­al­i­sa­tion du sen­ti­ment amoureux. Car d’une manière générale, le film tra­vaille sur la métaphore, en cela il use des qual­ités intrin­sèques du ciné­ma pour ren­dre compte de l’intériorité des per­son­nages. Mal­heureuse­ment une telle ambi­tion se réalise au prix d’une arti­fi­cial­ité qui embar­rasse par­fois. Notons des audaces de forme : une tem­po­ral­ité éclatée par des flash-backs et des flash-for­wards, et une lumière très tra­vail­lée, qui sert d’outil de nar­ra­tion.

Mais une décli­nai­son trop sys­té­ma­tique de la gram­maire ciné­matographique vient appe­san­tir le tout : inserts injus­ti­fiés, plongées et con­tre-plongées, trucages en 3D… Cette gym­nas­tique de l’image ne cherche pas une cohérence, elle est démon­stra­tion formelle, elle repose sur une effi­cac­ité de séquences clipées dans lesquelles la musique est omniprésente. C’est d’ailleurs avec de clips musi­caux que Bado­ev a fait ses pre­miers pas de réal­isa­teur. Finale­ment, les intré­pid­ités fig­u­ra­tives instau­rent un degré de lec­ture qui épouse le niveau du scé­nario : l’apparente irréal­ité des images jus­ti­fie l’invraisemblance nar­ra­tive. Et par­fois l’émotion atten­due se fond dans la sub­stance formelle du film.

OrAngeLove est un con­te roman­tique, pas à l’eau de rose, mais au jus d’orange. Acide et inven­tif, le scé­nario se struc­ture de rebondisse­ments rocam­bo­lesques. Le dénoue­ment trag­ique fait écho au mythique Roméo et Juli­ette, qu’une fin trop faible vient déshon­or­er.