Char­lie Kauf­man, scé­nar­iste de Dans la peau de John Malkovich, Eter­nel Sun­shine of the Spot­less Mind, Adap­ta­tion…, présente en Com­péti­tion Offi­cielle son pre­mier film en tant que réal­isa­teur, Synec­doche New York. Au scé­nario aus­si dense que ses précé­dents. Le film cou­vre une cinquan­taine d’an­nées. Phillip Sey­mour Hoff­man inter­prète Caden, un met­teur en scène de théâtre en crise : sa femme et sa fil­lette le quit­tent, son corps souf­fre d’é­tranges maux répug­nants, il ne sait plus dans quel sens ori­en­ter sa créa­tion. Pour attein­dre l’au­then­tic­ité, que la représen­ta­tion ne soit plus fac­tic­ité, il se lance dans un pro­jet des plus ambitieux : il recon­stitue dans un entre­pôt de New York le décor de la ville et y installe des comé­di­ens. Ces derniers doivent s’ob­serv­er mutuelle­ment et rejouer à la scène la façon d’être de leur con­frère. Ain­si, le comé­di­en qui joue le rôle de Caden, en douloureuse quête d’i­den­tité, tend-il un miroir à ce dernier et lui per­met de se com­pren­dre davan­tage. Les fron­tières devi­en­nent floues entre la réal­ité et sa recon­sti­tu­tion. Le spec­ta­teur peut con­fon­dre per­son­ne réelle et comé­di­en qui l’in­ter­prète car leurs apparences respec­tives sont qua­si sim­i­laires. Les per­son­nages eux-mêmes ne s’y repèrent plus : inca­pables de con­stru­ire une rela­tion avec la per­son­ne réelle, ils se con­so­lent en aimant par procu­ra­tion celui qui la représente à la scène. Les enjeux du réc­it sont donc rich­es. Si le film parvient à ne pas être trop théorique, notam­ment grâce au jeu de Phillip Sey­mour Hoff­man qui per­met d’ad­hér­er à la détresse de son per­son­nage, il souf­fre d’un excès d’am­bi­tion. Il y a trop de choses dans le film pour que l’on puisse vrai­ment appréci­er cha­cune d’elle : trop de thèmes (la créa­tion, l’i­den­tité, la mort, les rela­tions amoureuses, la pater­nité, la soli­tude…), de per­son­nages intéres­sants que l’on n’a pas la disponi­bil­ité d’ap­pro­fondir, de sym­bol­es (tatouages, mai­son qui brûle, fuites d’eau, …), d’an­nées qui passent, d’im­posants décors. L’aspect mon­u­men­tal (qui ne con­cerne pas la mise en scène, hon­nête mais sans grande trou­vaille) fait ain­si la richesse et le hand­i­cap de Synec­doche, New York.