Par­mi la flopée de jeunes et jolies actri­ces améri­caines aus­si présentes en cou­ver­tures des mag­a­zines que sur les plateaux de ciné­ma, Natal­ie Port­man et Scar­lett Johans­son font par­tie des rares à avoir une fil­mo­gra­phie crédi­ble. La pre­mière a tourné pour Tim Bur­ton, Amos Gitaï ou Wong Kar Wai ; la sec­onde compte déjà à son act­if des films de Woody Allen, Sofia Cop­po­la, Bri­an De Pal­ma ou encore Joel et Ethan Coen. Autant dire que la case qua­si oblig­ée du teen-movie ou du film d’hor­reur, très peu pour elles. Et pour­tant : les deux comé­di­ennes ont beau être belles, tal­entueuses et célèbres, elles n’en sont pas pour autant une garantie de suc­cès au box-office. La solu­tion ? Con­juguer un sujet pres­tigieux, poten­tielle­ment oscaris­able (ici, la lutte que se livrèrent les sœurs Boleyn pour obtenir les faveurs d’Hen­ry VIII) à une mise en scène et un ton sus­cep­ti­bles de retenir l’at­ten­tion d’un pub­lic ado­les­cent. Et offrir aux deux stars des rôles à con­tre-emploi afin de démon­tr­er toute l’é­ten­due de leur tal­ent. Le résul­tat est impayable, soit presque deux heures de franche rigo­lade qui évo­quent une sorte de New­port Beach (série télé pour ados) à la cour d’An­gleterre. L’in­té­gral­ité du cast­ing sem­ble tout droit sor­tie des pages de Vogue : Natal­ie Port­man so chic dans une robe verte-bon­bon à la men­the, Jim Sturgess (dans le rôle de George Boleyn, le jeune frère) looké comme s’il était le gui­tariste d’un groupe anglais élec­tro-punk, ou encore – notre préféré – Eric Bana, qui com­pose un Hen­ry VIII extrême­ment pen­sif, vis­i­ble­ment très préoc­cupé par son impec­ca­ble plas­tique (barbe courte par­faite­ment tail­lée, abdos soigneuse­ment sculp­tés – dom­mage que l’on ne nous mon­tre jamais à quoi ressem­blaient les Club Med Gym au XVIe siè­cle).

En dépit de ces affolantes car­ac­téris­tiques physiques, les héros du film ne rigo­lent pas du tout, eux (dom­mage, leur den­ti­tion est par­faite, de quoi faire taire à jamais la mau­vaise répu­ta­tion des den­tistes anglais). Il faut dire que tout ce qui est racon­té est plus ou moins basé sur des faits réels (le scé­nario signé Peter Mor­gan, déjà auteur de celui de The Queen de Stephen Frears, est adap­té d’un roman de Philip­pa Gre­go­ry) et qu’à l’époque, les têtes couron­nées n’y allaient pas de main morte ques­tion scan­dales et autres secrets bien gardés. La ver­sion pro­posée par le réal­isa­teur Justin Chad­wick nous racon­te com­ment le Roi, désireux de se trou­ver une maîtresse qui pour­ra lui don­ner un fils, jette son dévolu sur Mary Boleyn (Scar­lett Johans­son), qui n’avait rien demandé alors que sa sœur Anne (Natal­ie Port­man) était pressen­tie. Mary tombe enceinte, accouche d’un garçon mais déjà, Hen­ry n’en veut plus : rev­enue d’un séjour en France, Anne a appris l’art de la séduc­tion et compte bien pren­dre sa revanche. Véri­ta­ble mante religieuse, elle envoie sa sœur à la cam­pagne, s’arrange pour faire annuler l’u­nion d’Hen­ry VIII et Cather­ine d’Aragon et con­va­inc le roi de faire d’elle sa reine. Oui, mais voilà : Anne accouche d’une fille à son tour et com­mence à se deman­der ce qui lui arrivera si elle ne donne pas nais­sance à un héri­ti­er mâle.

On ressort du film en se dis­ant que les créa­teurs de Mel­rose Place n’ont rien inven­té : coucheries, duperies, morts atro­ces, coups bas et autres manip­u­la­tions sont au cœur de l’in­trigue, faisant fi de tout le con­texte his­torique indis­pens­able à la juste com­préhen­sion de l’his­toire – les liens com­plex­es unis­sant Hen­ry VIII à l’église catholique et les réper­cus­sions de son “divorce” d’avec Cather­ine d’Aragon ne sont évo­qués que dans le dernier tiers (le refus de cette désunion par le Pape con­duira l’An­gleterre à se sépar­er de l’église de Rome, lais­sant le champ libre au protes­tantisme). Le réal­isa­teur n’est intéressé que par l’op­po­si­tion entre les deux Boleyn, la douce et pure Mary se faisant bern­er du début à la fin par sa garce de sœur, une arriv­iste hys­térique que Justin Chad­wick prend beau­coup de plaisir à ren­dre détestable – prob­a­ble­ment pour mieux faire pass­er la pilule de son sort trag­ique. C’est peu dire qu’on a vu les deux actri­ces en meilleure forme : au con­cours du meilleur accent british, Scar­lett gagne haut la main, ce qui per­met d’ou­bli­er de temps en temps son jeu proche de l’anémie. On l’au­rait toute­fois préférée dans le rôle d’Anne, à la place d’une Natal­ie Port­man un peu trop con­tente de chang­er de reg­istre. Autour d’elles, le reste du cast­ing se con­tente d’as­sur­er le min­i­mum syn­di­cal, par­ti­c­ulière­ment Eric Bana, qui sem­ble con­stam­ment se deman­der ce qu’il fait là. La mise en scène, inex­is­tante, se résume à l’u­til­i­sa­tion de fil­tres bleus ou jaunes qui feraient pass­er l’An­gleterre pour Los Ange­les : véri­ta­ble maître dans l’art de faire pass­er des vessies pour des lanternes, Justin Chad­wick a gag­né son passe­port pour Hol­ly­wood. Scar­lett et Natal­ie, en revanche, vont devoir ramer dur pour effac­er ce som­bre nanar de leur fil­mo­gra­phie.