Un trio d’amis, Claire, Bap­tiste et César, liés depuis l’en­fance. Bonne idée de départ, qui per­met à Michel Bou­je­nah de jouer sur un rythme tri­naire pour faire rebondir son réc­it. Mani­ant l’hu­mour à petites touch­es pour car­ac­téris­er ses per­son­nages, et ren­dre son film à la fois bur­lesque et grave, le réal­isa­teur entend explor­er les mys­tères du sen­ti­ment de l’ami­tié. Plus léger que pro­fond, le film, s’il sait se mon­tr­er généreux, peine à dépass­er l’anec­do­tique.

Le début de Trois amis ne lésine pas sur les clichés. Le générique présente un album de pho­tos sépia représen­tant des scènes d’en­fance vécues par les trois pro­tag­o­nistes. Devenus adultes, les trois amis feuil­lè­tent l’al­bum et se per­dent en com­men­taires plutôt con­venus. Pour­tant, les prin­ci­paux per­son­nages ne man­quent pas de ressources pour désamorcer assez rapi­de­ment cette impres­sion de déjà-vu : Claire (Mathilde Seign­er), trente­naire née sous X adop­tée par une Noire, recherche ses racines et acces­soire­ment le grand amour ; Bap­tiste (Kad Mer­ad) incar­ne le pro­to­type de la réus­site ouvrière mais n’a pas su garder sa femme pour cause d’im­puis­sance ; César (Pas­cal Elbé), souf­frant d’un com­plexe d’in­féri­or­ité dû à un manque d’amour parental, est inca­pable de garder un tra­vail.

Ces trois per­son­nages bien typés per­me­t­tent à Bou­je­nah de met­tre en place un rythme tri­naire qui donne par­fois une impul­sion au réc­it sou­vent trop linéaire. En s’ap­puyant sur un rythme de sépa­ra­tions et de retrou­vailles, le réal­isa­teur dis­tille un humour qui, au détour de répliques bien sen­ties, fait sou­vent mouche. Il con­firme le tal­ent de Kad Mérad, hila­rant dans ses crises aigues de pro­preté (la scène du range­ment de son bureau, avec essais de longueur du fil du télé­phone, ou encore celle où il attend sa belle pour une par­tie de pêche rap­pel­lent un peu la dégaine molle de Jacques Tati). La bande-son par­ticipe aus­si de l’ac­com­pa­g­ne­ment de ce comique de sit­u­a­tion et de geste : le grince­ment des ressorts des mate­las de l’u­sine où tra­vaille César, sur lesquels il s’of­fre de drôles de par­ties de jambes en l’air avec la fille du patron, le couine­ment de la roue de vélo de César, qui n’a jamais eu le courage de pass­er son per­mis de con­duire… Ces petites car­ac­téris­tiques comiques font que les deux hommes parvi­en­nent à exis­ter un peu plus que le per­son­nage féminin. Mathilde Seign­er, pour­tant inat­ten­due dans le rôle de la fille sen­si­ble et un peu timide, reste le point le plus faible de la dis­tri­b­u­tion.

S’il sait faire preuve d’une belle générosité, Michel Bou­je­nah s’en tient mal­heureuse­ment à une comédie dont on devine trop vite les lim­ites et qui se révèle assez anec­do­tique. Trois amis manque cru­elle­ment de chair, ne prend pas suff­isam­ment le temps d’ex­plor­er ses per­son­nages pour être intimiste. Reste la dernière appari­tion de Philippe Noiret, très dimin­ué, dans le rôle d’un patron de garage de luxe.