Pour son pre­mier film, Jane Birkin a choisi un sujet pas inin­téres­sant : elle-même. Ou plus pré­cisé­ment : elle, la soix­an­taine approchant, se tour­nant vers son passé pour en faire le bilan. À cet effet, père et mère, anciens amants et maris et progéni­ture se retrou­vent dans une grande mai­son de Bre­tagne où Jane emmé­nage. Avec un texte trop écrit et des acteurs pas vrai­ment con­va­in­cants, Jane Birkin laisse le spec­ta­teur au seuil de la porte, seul avec son ennui.

Jane Birkin se sent vieil­lir. Jane B. ressent le besoin de faire le bilan de sa vie. Anna – puisque c’est comme ça que Jane s’ap­pelle dans Box­es – veut con­vo­quer ses sou­venirs, autour des ses par­ents, sa sœur, ses trois filles et ses trois hommes, explor­er la boîte de la mémoire pour voir si l’amour – fil­ial, en cou­ple – n’a pas fail­li.

Et c’est à la faveur de son démé­nage­ment dans une grande mai­son bre­tonne que Made­moi­selle Birkin tire le fil de sa vie famil­iale et amoureuse. Évidem­ment, tout le monde a éprou­vé cet étrange sen­ti­ment de défaire ses car­tons et d’y trou­ver pho­tos, petits mots, livres, objets qui tous par­lent de notre passé. Par­ler de soi par son his­toire passée en met­tant en scène les choses et les gens de cette his­toire, le strat­a­gème est plutôt facile. Heureuse­ment, la réal­isatrice Jane Birkin ne tombe pas dans l’écueil « un car­ton défait, une scène de ma vie que je vous racon­te ». La con­struc­tion de son film est plus intéres­sante : mêlant les morts et les vivants, les absents et les présents, elle con­stru­it son film comme un long dia­logue déroulé au gré de duos (elle et son père, joué par Michel Pic­coli, juste comme il faut, elle et sa mère, incar­née par Geral­dine Chap­lin, plutôt sincère dans son jeu, elle et ses hommes…) et de trios (elle et ses par­ents, ses trois filles…). La mise en scène, flu­ide, passe d’un per­son­nage à l’autre comme on ouvri­rait un grand album de pho­tos, et le décor de la grande mai­son en chantier se plie assez bien à ce temps sus­pendu entre passé et présent.

Mal­heureuse­ment, l’ef­fet escomp­té n’est pas là, et d’abord sans doute parce que Jane Birkin a comme oublié son scé­nario : elle ouvre des boîtes au fur et à mesure, et décou­vre des pans de l’his­toire de ses par­ents, des facettes de ses filles qu’elle a du mal à saisir, en se plaçant dans la posi­tion de celle qui ques­tionne : ai-je bien fait avec mes filles ? Ai-je été aimée ? Ai-je aimé ? Ai-je réus­si ? Retour sur soi et ques­tion­nements tout à fait logiques quand on pré­tend filmer ce que notre passé a fait de nous. Mais Box­es souf­fre d’un sérieux prob­lème : l’en­nui qu’il pro­cure. A aucun moment Jane Birkin ne parvient à nous faire partager ses « choses », ses tour­ments, ses douleurs, ses joies. Les per­son­nages restent dés­espéré­ment « entre eux », à réciter leurs sou­venirs… en oubliant un peu le spec­ta­teur.

Autre aspect qui cor­ro­bore cette impres­sion : la réc­i­ta­tion des acteurs. Car si les dia­logues sont joli­ment écrits, ils sont peut-être juste­ment trop écrits, ce qui enlève pas mal de naturel à ces acteurs, par­ti­c­ulière­ment dans les scènes avec ses trois filles, inter­prétées par Nat­acha Rég­nier, Lou Doil­lon et Adèle Exar­chopou­los. De plus, la réal­isatrice ne parvient pas à échap­per à cer­taines phras­es clichés : « quand tu es par­ti je voulais mourir », « j’ai tout fait de tra­vers, j’ai tout raté »…

Pour ne pas rester trop plate et pour exploiter la présence simul­tanée à l’écran des morts et des vivants, la réal­isatrice tente tout de même une per­cée dans un ton orig­i­nal : l’ab­surde et le sur­réal­isme. Comme la scène où Géral­dine Chap­lin se douche dans un grand sac poubelle, ou encore celle où Anna-Jane recoud le crâne blessé de son père, et décou­vre un corps dans le con­géla­teur. « Oui, ça doit être la tante Maud », lui répond son père sans ciller. Annie Girar­dot dans le rôle d’une vieille acar­iâtre un peu folle, gar­dant deux malades très sur­réal­istes eux aus­si, par­ticipe de cette incur­sion dans l’ab­surde d’une façon plutôt réussie. Mais cet essai de ton décalé, façon « je me balade du côté du sur­na­turel », reste au stade de l’es­sai et ne parvient pas à tir­er l’ensem­ble vers le haut.

Quant à l’in­ter­pré­ta­tion en elle-même des acteurs, elle n’est pas très con­va­in­cante, mis à part celle des par­ents. Jane Birkin fait du Jane Birkin (non-fans, passez votre chemin), Nat­acha Rég­nier sem­ble sans cesse se deman­der ce qu’elle fait là, la jeune Adèle Exar­chopou­los reste dans la réc­i­ta­tion, et Mau­rice Béni­chou (pour la ressem­blance et la crédi­bil­ité, on repassera) singe le fan­tôme d’un Serge Gains­bourg, un verre à la main, si loin du tal­ent de l’im­mense chanteur. Men­tion spé­ciale tout de même à Lou Doil­lon, qui inter­prète Char­lotte Gains­bourg, par­ti­c­ulière­ment fine et sen­si­ble, surtout dans la scène où elle retrou­ve son père.

Le film est claire­ment auto­bi­ographique, peut-être touchera-t-il les fans de la muse de Gains­bourg, mais cette dernière a tenu à chang­er tous les noms, et le spec­ta­teur s’y perd un peu. Peut-être Box­es aurait-il fait une belle pièce de théâtre – si on se sou­vient du réus­si Oh par­don, tu dor­mais, de la même Jane. Au ciné­ma, c’est plutôt raté.