Deux jeunes garçons tombent éper­du­ment amoureux l’un de l’autre. L’ab­solu qu’ils croy­aient avoir atteint va peu à peu s’é­vanouir pour les ramen­er à un quo­ti­di­en fait de décep­tion et de tristesse avant que l’un d’eux ne retrou­ve l’amour avec un grand A. Le film, lui, n’at­teint mal­heureuse­ment pas cet absolu et s’en tient à une illus­tra­tion aéri­enne sans odeur.

Ger­ar­do et Jonás sont deux jeunes Mex­i­cains. Ils sont frais, ils sont beaux et ils s’ai­ment pas­sion­né­ment. Sans cesse, leurs deux corps se touchent, se cherchent, le moin­dre recoin est pré­texte à s’embrasser fiévreuse­ment, le moin­dre bout de lit à faire l’amour fréné­tique­ment. Ger­ar­do écoute son pro­fesseur lui par­ler du mythe de l’her­maph­ro­dite et de l’âme sœur comme si c’é­tait de sa pro­pre his­toire dont il était ques­tion dans la mytholo­gie. Mais un jour, Jonás se laisse embrass­er par un autre garçon dans une dis­cothèque et rejette toute étreinte de la part de son ami. Frus­tré, Ger­ar­do mul­ti­plie les ren­con­tres jusqu’à retrou­ver l’amour tan­dis que Jonás réalise son erreur.

Pre­mière curiosité : El Cielo Divi­di­do est un film entière­ment gay qui nous vient du Mex­ique. Dans ce pays où le Pape béné­fi­cie encore d’une forte influ­ence, où la ques­tion de l’a­vorte­ment bat actuelle­ment son plein et où les homo­sex­uels peinent à faire exis­ter leurs droits au-delà de la ville de Mex­i­co, le réal­isa­teur Julián Hernán­dez met en scène une his­toire d’amour totale­ment décom­plexée. Ici, aucune trace d’une réal­ité sociale : les jeunes éphèbes s’ai­ment et s’étreignent libre­ment, totale­ment affran­chis du regard extérieur. Du coup, l’esthé­tique très léchée du film, sa mise en scène un peu tape à l’œil mul­ti­pli­ant les mou­ve­ments de caméra un peu gra­tu­its, nous fait totale­ment oubli­er l’i­den­tité même du film pour ne devenir qu’un sim­ple pro­duit MTV de qual­ité hon­or­able.

Le choix du réal­isa­teur de ne pas mul­ti­pli­er les scènes dia­loguées pour ten­ter de capter l’im­matéri­al­ité du désir et du sen­ti­ment amoureux était un beau pari. En 2005, Kim Ki-duk l’avait bril­lam­ment relevé avec ce qui reste aujour­d’hui l’un de ses films les plus réus­sis, Locataires. Mais dans le cas d’El Cielo Divi­di­do, la vacuité de cer­taines sit­u­a­tions et l’anony­mat des per­son­nages – trop jolis, trop liss­es pour accrocher réelle­ment le regard – vident peu à peu le film de sa pro­pre sub­stance. Pour­tant, sur les 2h20 que dure le film, le réal­isa­teur aurait eu tout le temps de ne pas s’en tenir à une his­toire d’amour super­fi­cielle qui relève plus du roman-pho­to pour Têtu que d’une valse des sen­ti­ments flot­tante et mélan­col­ique.