Le ciné­ma améri­cain étant quelque peu en perte de vitesse, revenir à cer­taines for­mules tra­di­tion­nelles et les appli­quer à la let­tre pour sub­sis­ter ne lui est désor­mais plus une option. Gre­go­ry Hoblit se fait un petit flash-back années 1980 et pond un énième opus «je-suis-riche-et-génial-mais-j’ai-tué-ma-femme» dont Antho­ny Hop­kins incar­ne ici le pro­to­type. Ce sont nos fidèles chaînes accros de thrillers ringards (TF1 et M6) qui vont se réjouir de pou­voir pass­er La Faille en boucle.

Le prob­lème avec un film comme La Faille, c’est cette croy­ance en la supéri­or­ité de sa mise en scène, plus ou moins avec un temps d’a­vance sur le spec­ta­teur. Hop­kins inter­prète Ted Craw­ford, un ingénieur en aéro­nau­tique sur­doué qui fab­rique des jou­ets intel­los de luxe (visu­al­i­sa­tion de l’e­sprit tortueux du crim­inel, un point bonus pour Gre­go­ry Hoblit !) et espi­onne sa femme, trop occupée à le tromper avec un flic du coin pour partager d’autres plaisirs. Puisque Ted Craw­ford est très malin, il la flingue (Jen­nifer ne meurt pas mais reste plongée dans le coma), se con­fesse directe­ment auprès d’un des détec­tives de la brigade crim­inelle qui, sur­prise, est en fait led­it amant et se représente lui-même lors du procès. La défense, représen­té par le très jazzy Willy Beachum (Ryan Gosling), mâcheur de chew­ing-gum hors pair et ama­teur exhi­bi­tion­niste de be-bop ne va pas pou­voir se la couler douce très longtemps.

Faisons abstrac­tion de l’in­tro­duc­tion éroti­co-machi­avélique cen­sée rap­pel­er l’âge d’or du thriller améri­cain ain­si que de l’u­til­i­sa­tion hon­teuse du procédé de recon­sti­tu­tion en flash-back (dit plans-vérités) et attar­dons nous sur ce qui reste de ce naufrage. Hoblit, trop con­tent d’avoir deux acteurs poids lourds dans son film, lègue ses pleins pou­voirs à Hop­kins et Gosling. Jeux d’ac­teurs : papa Hop­kins s’a­muse avec son poulain, le char­rie, le manip­ule jusqu’à écœure­ment ; jeux de mains : tour de passe-passe et pres­tidig­i­ta­tion de super­marché ne dépassent jamais la sem­piter­nelle ques­tion «où est passé l’arme du crime?» Aux innom­brables regards psy­cho­tiques d’Hop­kins, Gosling répond par une cooli­tude copy­right Nic Cage qui ren­seigne mieux sur sa soudaine per­cée à Hol­ly­wood.

Si à la fin Willy Beachum/Ryan Gosling retrou­ve son sourire cabotin et affirme sa supéri­or­ité sur le crim­inel qui se moquait de son assur­ance et de son style ves­ti­men­taire, ce n’est pas pour autant qu’il s’en sort vain­queur. Car la symétrie cen­trale de La Faille con­siste en un échange bien par­ti­c­uli­er : Ryan Gosling rem­place Hop­kins, devenu musée vivant de son han­ni­bal­isme (ou lecter­isme) et peut déjà s‘imaginer dans quar­ante ans rem­plir la fonc­tion guère exci­tante de papy rusé dans une quel­conque pro­duc­tion de ce sous-genre. Ô jeu­nisme, quand tu nous tiens.