Mixons l’en­fant roi et l’ado­les­cent, con­cept à la mode : et si les par­ents deve­naient de grands enfants ? L’idée de Deman­dez la per­mis­sion aux enfants prend le con­tre-pied de l’épou­vantable Coup de jeune de Xavier Gélin. Si le film évite la grossièreté et la mièvrerie, il reste large­ment en-deçà de ses pos­si­bil­ités.

Trois cou­ples de par­ents, mis en présence par hasard, déci­dent de ne pas se laiss­er domin­er par leurs gamins, tou­jours plus infer­naux. Puisque l’au­torité n’a plus prise sur eux, ils déci­dent de se com­porter avec les enfants comme ceux-ci se com­por­tent avec eux. La leçon sera-t-elle retenue ou la sit­u­a­tion va-t-elle empir­er ?

Pour ce qui est de l’ef­fi­cac­ité dans le cer­cle de famille, l’idée d’Éric Civanyan et de son scé­nar­iste Guil­laume Bre­ton laisse sans doute à désir­er. Par con­tre, dans le cadre de la comédie, elle peut faire mer­veille, pourvu que les acteurs jouent le jeu. Force est de con­stater que les cou­ples San­drine Bonnaire/Pascal Légitimus, Anne Parillaud/Pierre Cassig­nard et Michèle Garcia/Michel Vuiller­moz fonc­tion­nent plutôt bien, Pas­cal Légitimus et Pierre Cassig­nard en tête. Les meilleurs moments du film fonc­tion­nent ain­si selon le principe de l’i­den­ti­fi­ca­tion : on aime à s’imag­in­er dans la peau de Légitimus alors qu’il sus­cite une honte ter­ri­ble chez sa fille en débar­quant dans sa can­tine à l’im­pro­viste ; autant que dans celle de Cassig­nard lorsqu’il fra­casse à coups de pied les con­soles de jeu devant lesquelles ses filles sont col­lées. Hélas, au-delà de la cathar­sis, le film ne va pas bien loin.

La faute, prin­ci­pale­ment, à un scé­nario qui fait la part belle à un bur­lesque certes agréable, mais effroy­able­ment pre­mier degré, et qui nég­lige surtout de se dot­er de per­son­nages crédi­bles. En dehors de leur rébel­lion comique, les adultes n’ex­is­tent guère, et les gamins sont quant à eux par­faite­ment improb­a­bles. La petite Lola (Rebec­ca Marder) en tête, les enfants sont telle­ment épou­vantable­ment insup­port­a­bles qu’on ressent rapi­de­ment un ras-le-bol total vis-à-vis de leurs per­son­nages, ce qui crée un schisme dans le film. Si les caprices finale­ment assez gen­til­lets des par­ents sen­tent le vécu ou, au moins, le désir d’avoir vécu, les exi­gences enfan­tines per­dent rapi­de­ment toute crédi­bil­ité, brisant l’ef­fet miroir que le film espère instau­r­er.

« Le ciné­ma nous offre la jubi­la­tion de pou­voir faire ce que l’on peut à peine imag­in­er dans la “vraie vie” et nous autorise les pires pen­sées vis-à-vis de nos chers petits. Et si le “poli­tique­ment cor­rect” n’est pas tou­jours au ren­dez-vous, c’est encore meilleur… » déclare le réal­isa­teur dans sa note d’in­ten­tion. Peine per­due : le poli­tique­ment cor­rect est là et bien là, et ces « pires pen­sées » restent let­tre morte. La méchanceté et la noirceur inhérentes à l’en­fance sont absentes du film, tout autant qu’une véri­ta­ble réflex­ion sur l’en­fant roi et ses excès. Naïf et bon enfant, Deman­dez la per­mis­sion aux enfants reste un film famil­ial, dans tous les sens du terme (car évidem­ment la morale est sauve, et la famille finale­ment présen­tée sous son meilleur jour), et rien de plus. Civanyan lui-même se défend d’avoir voulu ne serait-ce qu’ap­procher la polémique, et c’est bien dom­mage.