Sophie est habilleuse et s’oc­cupe chaque soir d’une can­ta­trice sué­doise. Elle est une femme de l’om­bre qui s’in­ter­dit de vivre depuis qu’un drame per­son­nel l’a con­trainte à quit­ter les États-Unis. Cour­tisée par un jeune homme ténébreux, elle va peu à peu devenir une femme de la lumière. Réflex­ion peu con­va­in­cante sur la féminité, L’É­trangère souf­fre avant tout d’une mise en scène lour­daude, chargée de sym­bol­es et de mis­es en abyme rabat­tus. Dom­mage pour l’ac­trice prin­ci­pale, Sarah Pratt, con­va­in­cante de bout en bout.

Sophie (Sarah Pratt) est une femme exilée en France qui vit dans l’om­bre des autres et notam­ment dans celle d’une grande can­ta­trice qu’elle habille et désha­bille chaque soir pour les représen­ta­tions du Cheva­lier de la rose. Flo­rence Colom­bani, pour son pre­mier film, a choisi de met­tre claire­ment en oppo­si­tion deux espaces : celui de la scène, occupé par les can­ta­tri­ces majestueuses, qui trou­ve toute sa légitim­ité dans l’at­ten­tion que le pub­lic lui con­fère, et celui des couliss­es, privé de cette lumière qui per­me­t­trait à Sophie de trou­ver un rôle impor­tant dans le film de son exis­tence. Du coup, la jeune femme tente de s’ex­téri­oris­er en tant qu’ac­trice de théâtre ama­teur, encadrée par David, un homme plus mûr qu’elle.

Ce que l’on retient du film de Colom­bani, c’est un désir d’être vu, d’être enten­du, en gros, d’être le cen­tre du plan et de toutes les atten­tions. À tra­vers ce per­son­nage de femme inhibée qui se refuse tout jusqu’au jour où un jeune homme ténébreux et peu loquace (Clé­ment Sibony, pas très inspiré) se décide à percer son mys­tère intérieur et révéler au grand jour cette femme de l’om­bre, Flo­rence Colom­bani et sa scé­nar­iste Sophie Audou­bert y ont cer­taine­ment mis beau­coup d’elles-mêmes. Pour­tant, si la sincérité du pro­jet ne fait aucun doute, force est de recon­naître que la réal­isatrice évite dif­fi­cile­ment la com­plai­sance. Du coup, L’É­trangère tourne vite à vide, peu aidé par la mal­adresse des cadrages et des rac­cords, au point de révéler la vacuité du pro­pos. Plutôt qu’un por­trait de femme com­plexe, on assiste en fait à un fan­tasme de petite fille qui attend endormie qu’un prince char­mant vienne la sor­tir de sa tor­peur.

Presque inex­is­tante tant que l’homme ne la voit pas, la femme est donc ten­tée de pren­dre la pose. Et c’est dans quoi se vautre inévitable­ment Flo­rence Colom­bani. Out­re la métaphore très indi­geste de la femme spec­ta­trice qui devient actrice (au point que la dernière représen­ta­tion s’in­ter­rompt inex­plic­a­ble­ment), tout est con­stam­ment surligné, du dia­logue trop écrit à la lim­ite du ver­beux aux plans inutile­ment longs et sta­tiques. La réal­isatrice a vraisem­blable­ment ten­té de capter quelque chose d’in­vis­i­ble mais, au lieu de cela, est restée totale­ment extérieure à son sujet, livrant un film froid, asep­tisé, d’une ter­ri­ble mal­adresse. L’œu­vre se voulait sérieuse et mélan­col­ique, elle est mal­heureuse­ment gauche et plutôt grotesque.