Patrice Lecon­te, fidèle à la cadence qui le car­ac­térise depuis plus de trente ans, revient sur les écrans après le dis­pens­able Les Bronzés 3 l’an­née dernière et Dogo­ra, son film musi­cal, en 2004. Sans enjeux ni propo­si­tion formelle majeures, Mon meilleur ami, atteint les ambi­tions qui sont les siennes : ren­dre crédi­ble et attachant un duo de per­son­nages arti­fi­cielle­ment réu­nis pour le plaisir de les con­fron­ter.

Un marc­hand d’art peu ouvert aux autres (Daniel Auteuil) a dix jours pour exhumer de son passé un “meilleur ami” et l’ex­hiber à son groupe de proches et col­lègues de tra­vail qui le met­tent au défi. Le hasard le rap­proche d’un chauf­feur de taxi (Dany Boon) aus­si chaleureux et avenant qu’il est froid et asso­cia­ble.

L’in­trigue de Mon meilleur ami est, dis­ons-le tout de suite, plus un pré­texte scé­nar­is­tique pour con­fron­ter deux per­son­nal­ités qu’un sujet des­tiné à développe­ment et médi­ta­tion. Patrice Lecon­te installe ses per­son­nages et son intrigue sans y prêter d’at­ten­tion (les pre­mières scènes de Dany Boon en Ency­clopédie vivante sont par­ti­c­ulière­ment peu con­va­in­cantes) et le film ne com­mence à pren­dre d’in­térêt qu’une fois ses for­mal­ités accom­plies. Le duo Auteuil/Boon s’im­pose avec un naturel et une com­plic­ité réjouis­sante et d’au­tant plus sur­prenante que le choix du cast­ing pou­vait laiss­er per­plexe. Finale­ment, Dany Boon se révèle être un acteur plus que con­va­in­cant, juste dans son inter­pré­ta­tion et par­venant la dif­fi­cile épreuve de faire oubli­er le comique sur­mé­di­atisé. Daniel Auteuil, admirable comme tou­jours, tra­verse le film avec le naturel et l’as­sur­ance qui le car­ac­térise.

Mon meilleur ami décline le thème de l’ami­tié et de l’a­mi sous les dif­férents motifs qu’il peut pren­dre dans la vie courante, et c’est ce côté répéti­tif qui donne au film sa légèreté sans qu’on puisse réelle­ment par­ler de comédie (pas de répliques comiques — qui auraient assuré­ment détru­it le jeu de Dany Boon — ou de sit­u­a­tions cocass­es). La mise en scène posée de Patrice Lecon­te, sans grande ambi­tion formelle, con­tribue par sa neu­tral­ité à main­tenir le film dans un entre deux doux-amer entre légèreté du pro­pos et “grav­ité” du thème.

Ain­si Mon meilleur ami n’est-il assuré­ment pas le meilleur film de Patrice Lecon­te bien qu’il s’in­scrive dans la con­ti­nu­ité d’une fil­mo­gra­phie mar­quée par la fig­ure du cou­ple décliné sous toute ses facettes, de Tan­dem à La Fille sur le pont en pas­sant par Rue des plaisirs, Le Mari de la coif­feuse, L’Homme du train ou Con­fi­dences trop intimes. Il n’en demeure pas moins une réus­site dans les objec­tifs mineurs qui étaient les siens et se laisse, en somme, regarder avec un cer­tain plaisir.