On a envie de dire : tout ça pour ça. Scé­nar­iste de La Liste de Schindler et de Han­ni­bal, Steven Zail­lian a mis toutes les cartes de son côté pour réus­sir son pas­sage à la réal­i­sa­tion. Sans com­pren­dre qu’il ne suf­fit pas d’align­er un cast­ing de choc sur une his­toire large­ment éprou­vée (le roman de Robert Penn War­ren, prix Pulitzer 1946, a déjà don­né lieu à un long-métrage oscarisé de Robert Rossen, en 1949) pour faire un bon film. Ce que Les Fous du roi ne sont pas : scé­nario paresseux, mise en scène sans sur­prise, acteurs mal dirigés vien­nent gâch­er un por­trait poli­tique pour­tant intéres­sant par bien des aspects.

Pour une fois, les fil­tres bruns orangés − cen­sés vieil­lir l’im­age en lui don­nant un côté jau­ni, pous­siéreux − qu’on a l’habi­tude de trou­ver sur les films d’époque, ne sont ici ni ridicules ni super­flus. C’est qu’on se trou­ve en Louisiane, cette terre brûlée par le soleil, et pour­tant si marécageuse, si boueuse. De la boue dans laque­lle on élève les porcs, mais dont on fait aus­si les hommes, celle qui lorsqu’elle est pétrie peut par­fois don­ner de l’or. Willie Stark vient de là, et se servi­ra de cette base pour devenir le gou­verneur le mieux élu de l’his­toire de son État. Ce pop­uliste accède en effet au trône en se déclarant de la même veine que son élec­torat, les agricul­teurs, les pau­vres, les « ploucs », et en dénonçant les politi­ciens cor­rom­pus et leurs magouilles qui par­fois mènent au drame. Un idéal­iste ? Peut-être plus encore, un utopiste, mais si con­va­in­cu qu’on ira jusqu’à partager un temps ses rêves de jus­tice et d’équité.

Mais, et c’est la (seule) vraie bonne idée du film, on n’a pas encore retrou­vé la pierre philosophale, et si la boue prend par­fois des reflets dorés, elle ne donne jamais de l’or. Atten­tion aux illu­sions, aux beaux dis­cours comme aux bons sou­venirs : l’homme est mau­vais par essence. Pour incar­n­er ce pro­pos pes­simiste au pos­si­ble, et en ce sens intéres­sant, Sean Penn, le politi­cien pas tou­jours crédi­ble, en fait des tonnes comme à son habi­tude. Pas très fin, pas très sub­til, son numéro de pan­tin désar­tic­ulé, pan­talon trop court, bretelles 50’s et mèche rebelle, a au moins le mérite de met­tre en valeur le jeu pondéré d’un Jude Law qui sans cela paraî­trait bien pâle. Quant aux autres noms pres­tigieux du cast­ing, Antho­ny Hop­kins et Kate Winslet, ils sont grave­ment sous-employés, et se résu­ment à quelques appari­tions tout à fait trans­par­entes, dans des rôles à peine esquis­sés. Car si les acteurs sont mal dirigés, leurs per­son­nages sont de toute manière mal écrits, à l’in­star d’un scé­nario par­fois pous­sif et bour­ré de rac­cour­cis faciles. La réal­i­sa­tion ? D’un clas­si­cisme, d’une plat­i­tude à faire fuir.

Les Fous du roi, s’il ne provoque jamais l’en­nui et reste un gen­til diver­tisse­ment, est toute­fois un film déce­vant, parce qu’il est plein de promess­es qu’il ne tient pas. Le par­al­lèle avec les pro­pos qu’il tient est de ce fait assez sai­sis­sant : tout ce qui brille n’est effec­tive­ment pas de l’or.