Faire du ciné­ma est tou­jours plus affaire de débrouil­lardise, lorsqu’on par­le de ciné­ma indépen­dant. Con­fron­tés à l’in­dif­férence des pro­duc­teurs insti­tu­tion­nels, les jeunes réal­isa­teurs Julien Lecat et Syl­vain Pioutaz ont financé leur court métrage Demain la veille d’une façon pour le moins orig­i­nale : en lançant une souscrip­tion sur le net. Ressus­ci­tant la SF « clas­sique », le film décrit le cal­vaire d’un homme qui s’aperçoit par hasard que son monde existe à rebours de lui-même. Con­fron­té à une mys­térieuse police de la réal­ité et à une résis­tance con­sti­tuées d’éveil­lés tels que lui, il tente avec dif­fi­culté de rester sain d’e­sprit. Demain la veille fait date à plus d’un titre, en con­sacrant deux réal­isa­teurs pleins d’avenir, et en inven­tant une façon de faire du ciné­ma infin­i­ment plus proche de son pub­lic. Un pub­lic qui n’at­tendait que cette chance de décou­vrir les dessous du 7ème art, et d’en être une par­tie inté­grante. Réc­it et analyse de l’aven­ture par les deux réal­isa­teurs.

Le mode de finance­ment de Demain la veille a forte­ment par­ticipé à sa célébrité. Pour vous, ce mode de finance­ment a‑t-il été une lib­erté ou une con­trainte ?

Julien Lecat : Dans le sens où ça a marché, c’é­tait une lib­erté, sinon, on n’au­rait rien pu faire. On aurait fait le film, mais on n’au­rait pas eu le matériel qu’on voulait.

Vous aviez un rap­port assez par­ti­c­uli­er avec vos « bailleurs de fonds » : dans ce sens, est-ce que ça aurait pu être une con­trainte, éventuelle­ment ?

Syl­vain Pioutaz : Il y avait une pres­sion sup­plé­men­taire car c’é­tait des investis­seurs, mais ce n’é­tait pas une con­trainte. C’é­tait une pres­sion parce qu’ils nous don­naient de l’ar­gent et attendaient quelque chose. Mais en soi, ce n’est pas une con­trainte parce que ça ne nous freine artis­tique­ment à aucun moment. Dans le proces­sus du film, on a pu faire ce qu’on voulait.

JL : Et puis je pense que la pres­sion, ça motive …

Com­ment en êtes-vous venus à choisir ce type de finance­ment ?

SP : On a essayé de financer le film nor­male­ment : avec le CNC, la Région, les chaînes de télévi­sion, et per­son­ne n’a voulu de nous ou presque… Il y a une chaîne de télé qui a préa­cheté le film, la chaîne du câble 13ème Rue. Finale­ment, on avait 2% de notre bud­get – et ce n’é­tait pas suff­isant. Comme on venait tous du net, on a eu l’idée, Guil­laume, Julien et moi, du site inter­net pour financer le film un peu dif­férem­ment. C’é­tait plus une solu­tion de dernier recours, pour pou­voir faire le film qu’on voulait.

JL : À un moment, on a tout envis­agé, même ven­dre des gâteaux dans la rue… On a fait une liste de tout ce qu’on pou­vait faire pour avoir un petit peu d’ar­gent, et l’idée du net est venue. On s’est dit qu’on pou­vait la tester. Et puis si ça n’avait pas marché, on serait allés ven­dre des gâteaux dans la rue. On espérait récolter à peu près 1000 €, et on a eu 17 fois plus.

Le bud­get de 17 000 € : c’est ce que vous aviez prévu et vous avez arrêté les souscrip­tions une fois la somme atteinte, ou bien c’est tout ce que vous avez reçu et vous avez fait avec ?

JL : On n’a jamais arrêté, en fait. On n’a telle­ment pas arrêté qu’on a oublié d’ar­rêter, c’est-à-dire qu’il y a encore des gens qui ont envoyé 20 € il y a un mois, donc on va leur envoy­er le DVD. On avait budgétisé le film à 30 000, donc ça fait un peu plus de la moitié, mais l’ar­gent sert tou­jours. Le prob­lème, c’est surtout la post­pro­duc­tion : on avait dépen­sé tout ce qu’on avait, donc on a dû trou­ver des plans, atten­dre que les choses se fassent. Si on avait eu l’ar­gent, on aurait con­fié le boulot à des boîtes qui auraient fait ça en une semaine, mais on l’a fait en un an.

Le rap­port que vous avez au pub­lic, c’est un peu du « ciné­ma par­tic­i­patif » ?

SP : C’est quelque chose dont on est assez fiers, parce qu’on a un petit peu réduit les échelles entre les gens qui font les films et les gens qui vont les voir. C’est sur un court métrage, c’est évidem­ment plus sim­ple que sur un long. Au final, quand on voit les gens qui ont don­né de l’ar­gent, et qui se sont intéressés au pro­jet, on voit que ce ne sont pas for­cé­ment des gens qui sont cinéphiles. Ils sont hyper curieux de voir com­ment on fait des films, pourquoi ça coûte autant d’ar­gent, puisqu’au final ça fait des sommes assez mon­strueuses, et pourquoi ça prend autant de temps, com­ment on fait, dans quel ordre, quelles sont toutes ces étapes. Les gens qui nous ont don­né de l’ar­gent, qu’ils soient ban­quier, étu­di­ant ou den­tiste, ont pu, sou­vent pour la pre­mière fois, voir d’un petit peu plus près le proces­sus, et com­pren­dre…

JL : Ces gens, c’é­tait nous il y a cinq, dix ans. Les gens l’ou­blient quand ils font un long par an. Per­son­nelle­ment, je trou­ve que ce qui est impor­tant, c’est de com­mu­ni­quer.

SP : Le fait de financer le film de cette manière a un côté légitime dans le sens où les spec­ta­teurs choi­sis­sent eux-mêmes les pro­jets qu’ils ont envie de voir à l’écran. Ce n’est plus le mon­sieur en costard de chez tel dis­trib­u­teur qui choisit – enfin, si, il sera tou­jours là – mais le pub­lic peut dire « nous, on a envie de voir ce pro­jet ». Pour pren­dre l’ex­em­ple du film de Boukhrief : s’il n’y a per­son­ne qui veut de ce film-là, et qu’il y a un engoue­ment qui se crée sur le web en dis­ant « si, c’est un super pro­jet », peut-être que ça peut tit­iller ensuite le dis­trib­u­teur. Mais prenez par exem­ple un film que je n’aime pas citer, Brice de Nice : il y a des mecs qui ont fait un site inter­net sur Brice de Nice, et le truc a car­ton­né. Ils se sont dit « il y a vrai engoue­ment autour de BdN, si on fai­sait un film ? »

Est-ce que vous pensez que Demain la veille peut être étouf­fé dans les médias par le car­ac­tère excep­tion­nel de son finance­ment ?

SP : Je ne pense pas. Je pense qu’un court métrage n’est jamais étouf­fé par une cou­ver­ture médi­a­tique parce que, nor­male­ment, il n’en a pas… Sans le finance­ment, il n’y a pas de rai­son qu’on ait par­lé de Demain la veille plus que d’un autre film. Il y a eu, par exem­ple, le petit reportage sur Canal+. Mais ça n’é­touffe pas la cou­ver­ture médi­a­tique qu’on aurait pu avoir, notam­ment dans les fes­ti­vals de films. En effet, quand on présente le film dans des fes­ti­vals, les gens ne savent pas com­ment le film a été financé. C’est quelque chose qui vient en plus.

JL : Quoi qu’il en soit, c’est la même équipe qui a décidé de faire ce finance­ment et de faire le film. Donc au final, je pense que les gens se dis­ent « oui, c’est une bonne idée » et ça donne envie aux gens de voir le film, en tous cas. Qu’ils l’ai­ment ou pas, c’est un autre débat…

Pou­vez vous nous par­ler de vos car­rières respec­tives avant Demain la veille. Vous aviez déjà tourné ensem­ble ?

JL : Avant Demain la veille, non. Pen­dant la post­pro­duc­tion, on attendait telle­ment qu’on s’est dit : on a envie de tourn­er, on va tourn­er un petit court, qui s’ap­pelle La Corde sen­si­ble, dans le cadre d’un fes­ti­val de films faits en 48 heures. Mais avant, on n’avait pas tra­vail­lé ensem­ble.

SP : Si, si, un peu sur des sites de Jeunet. Enfin, bon. On avait bossé ensem­ble mais pas sur des films.

Un film avec deux réal­isa­teurs, c’é­tait indis­pens­able, selon vous ?

JL : Pas du tout ! C’est une ren­con­tre. Entre nous et avec Guil­laume. On est jeunes, on a envie de tourn­er, c’est tout. On l’a écrit ensem­ble et puis on s’est dit : autant le réalis­er ensem­ble aus­si. On avait envie de faire un film tous les trois : c’est plus qu’une co-réal­i­sa­tion.

Sur Demain la veille, qu’a apporté le fait d’avoir le bud­get d’une pro­duc­tion, sans avoir une pro­duc­tion der­rière ? D’être sur un pro­jet indépen­dant, auto­pro­duit, et où vous pou­vez vous per­me­t­tre des choses esthé­tique­ment peut-être plus poussées que sur un court métrage qui va coûter 500 euros ? Qu’est-ce que ça a apporté sur le tour­nage et qu’est-ce que vous sen­tez que ça peut apporter sur un prochain pro­jet ?

JL : C’est vrai que ce sont deux façons dif­férentes de faire des films : sor­tir une DV et faire un film avec 3 potes, et se réveiller un matin avec 50 tech­ni­ciens à qui s’adress­er, c’est dif­férent . Je pense que les deux sont bien.

SP : Les deux démarch­es sont dif­férentes. Je pense que faire Demain la veille comme ça a été une super expéri­ence. Au final ça n’a pas coûté super cher, ce n’est pas un gros tour­nage. Mais on apprend énor­mé­ment en tour­nant avec une grosse équipe.

JL : On apprend dans les deux manières de faire. Quand on est tout seul, on apprend for­cé­ment à tout faire. C’est bien de savoir qu’il y a tel prob­lème dans le maquil­lage, dans la lumière… C’est plus l’ap­pren­tis­sage par le plan­tage quand on est tout seul, parce que for­cé­ment on n’a per­son­ne qui nous dit quoi faire. Quand il y a une grosse équipe, c’est plutôt l’in­verse, on apprend par le posi­tif. On voit des gens super forts tra­vailler. On apprend aus­si à leur par­ler. Tout cela nous pré­pare dans l’ob­jec­tif de faire un long, où on a for­cé­ment une grosse équipe. Quand on a envie de faire des longs plus tard, c’est bien de faire ce genre de pro­jet : il y a à peu près le même nom­bre de tech­ni­ciens que sur un long métrage. Il y a moins la pres­sion, mais en même temps je pense que le plus dur avec une équipe c’est de com­mu­ni­quer tous ensem­ble. Quand on fait des films dans son coin, on n’ap­prend pas à com­mu­ni­quer.

SP : Dans l’autre sens c’est pareil : tu apprends à accepter les propo­si­tions. Les gens qu’on a eus, qui sont des gens plutôt con­fir­més, nous ont aus­si appris que l’idée qu’on avait du film n’é­tait pas for­cé­ment la meilleure. Et avoir quelqu’un qui tra­vaille sur le mon­tage per­met d’avoir un autre regard, de dire : « ah oui, c’est peut-être intéres­sant de faire comme ça », alors que toi tu ne l’as pas for­cé­ment vu. Et c’est aus­si val­able pour les acteurs. C’est aus­si appren­dre à recevoir des propo­si­tions et à en tenir compte pour tous les postes. Faire un film avec une grosse équipe, c’est aus­si appren­dre à faire un film à plusieurs.

Et com­ment s’est passée votre recherche de tech­ni­ciens ? Est-ce que c’é­tait par rap­port au site inter­net, au scé­nario, au bud­get qui grossis­sait, et qui fai­sait que vos attentes au niveau tech­nique changeaient ?

JL : On a eu une équipe de base, parce qu’on con­nais­sait des gens d’a­vant. Ensuite, pour rechercher ceux qui nous man­quaient, on a trou­vé les gens du son et du maquil­lage grâce au site. Ça nous a per­mis de ren­con­tr­er des gens. C’est vrai que pour le pre­mier con­tact, le site nous a énor­mé­ment aidés.

Com­ment avez-vous présen­té le site pour inciter les gens à vous envoy­er de l’ar­gent? Est-ce qu’il y avait un syn­op­sis, des cro­quis, des pho­tos, qu’avez-vous mis dessus pour que les gens s’y intéressent ? Com­ment avez-vous décrit l’u­nivers sur lequel vous vouliez tra­vailler ? Qu’est-ce qui était suff­isam­ment intri­g­ant et solide pour que les gens aient envie de s’in­ve­stir ?

JL : Quand on pré­pare un film, on crée et on exploite beau­coup de doc­u­ments par néces­sité, comme des pho­tos de repérage, des cro­quis de mise en scène… On s’est dit que ce serait vrai­ment intéres­sant que les gens à qui on va deman­der de l’ar­gent puis­sent avoir accès à tous ces élé­ments. Parce qu’il y a un petit côté mak­ing-of, et c’est très à la mode, c’est ce que les cinéphiles aiment aujour­d’hui. C’est nor­mal que, quand on demande à quelqu’un de nous aider, en échange, on lui offre tout ce qu’on a.

SP : Ça allait dans le sens de ce qu’on dis­ait tout à l’heure. Il y a cinq ans, on aurait adoré avoir ce genre de choses. En bossant sur les sites de Jeunet ou de Klapisch, je prends un plaisir fou à retrou­ver ces élé­ments de sto­ry­board, de bouts de tis­sus qui ont servi sur les films. Ces petits trucs qu’on peut met­tre sur le site, en dis­ant « ah, tiens, ils sont par­tis de ça ». Pour un cinéphile, c’est super d’avoir accès à des cro­quis de sto­ry­boards, de scènes qui ont été coupées. Du coup on s’est dit qu’on allait présen­ter tout aux gens du site parce que ça peut les intéress­er. Si ça nous intéres­sait, c’est que ça intéresserait peut-être d’autres per­son­nes.

Le film est l’héri­ti­er d’une longue tra­di­tion assez sub­ver­sive : l’an­tic­i­pa­tion, la sci­ence-fic­tion… C’est un choix mil­i­tant, de votre part ?

SP : Je pense que ce n’est pas un film reven­di­catif, ce n’est pas un film à mes­sage. On n’a pas voulu faire un film por­teur, ni dénon­ci­a­teur. Il par­le de choses dont on a sou­vent par­lé dans l’an­tic­i­pa­tion. Je pense que le film abor­de plein de sujets sans for­cé­ment revendi­quer.

JL : Il n’y a pas for­cé­ment de par­al­lèle avec quelque chose d’ex­is­tant, mais ça fait par­tie des grands thèmes dont on par­le dans le ciné­ma et plus par­ti­c­ulière­ment dans la sci­ence-fic­tion.

Le film est très dense, il va droit au but, est très effi­cace. Il va à l’essen­tiel en 15 min­utes. Est-ce que c’est la durée que vous souhaitiez dès le départ ou bien avez-vous dû retranch­er des élé­ments dans votre scé­nario ?

JL : On a eu la chance de ne rien avoir à couper.

SP : On a fail­li devoir couper pour des raisons budgé­taires, mais finale­ment on a pu faire comme on aime. Grâce au finance­ment et puis à l’équipe, qui a assuré du ton­nerre de dieu, pour qu’on puisse le faire comme ça.

JL : En fait la toute pre­mière démarche a été de l’en­voy­er à Canal+ parce qu’ils font un con­cours de scé­nario chaque année, et pour ce con­cours c’est 10 min­utes max­i­mum. Donc on était par­tis dans l’idée que ça dur­erait 10 min­utes. Main­tenant il en fait 16 : ça prou­ve qu’on ne s’est pas privés.

SP : Heureuse­ment…

JL : Oui, parce que con­denser ça en 10 min­utes…

Le pos­tu­lat de départ du film, c’est de tourn­er à l’en­vers : c’est une méth­ode des plus acro­ba­tiques. Est-ce que vous avez eu des prob­lèmes ? Risqué l’ac­ci­dent ?

SP : En fait il s’ag­it de comé­di­ens qui jouent à l’en­vers ou de plans où tout le monde joue à l’en­droit et qu’on retourne. Et on a beau­coup répété avec les comé­di­ens pour que leurs gestes ressem­blent à ce qu’on voulait, on a tra­vail­lé avec des mimes. Il y a eu quelques petits acci­dents : notam­ment pen­dant la scène de course-pour­suite. Ce n’est pas dû au fait de tourn­er à l’en­vers, parce que les comé­di­ens tour­naient à l’en­droit.

JL : Ce n’est pas lié au fait que ce soit à l’en­vers. C’é­tait juste des prob­lèmes de méninges. Il y a eu des jours, sur cer­tains décors, où per­son­ne ne com­pre­nait plus rien. On essayait, avec Jérémy des effets spé­ci­aux, d’ex­pli­quer à Julie qui ne com­pre­nait rien, qui expli­quait elle-même à Stéphane qui ne com­pre­nait rien…

SP : De toute façon, on tourne dans le désor­dre. Déjà, pour un comé­di­en, il faut expli­quer qu’on tourne dans le désor­dre, mais là, en plus on les tourne à l’en­vers, et on fait des essais à l’en­vers pour au final faire à l’en­droit.

JL : En plus il y a les effets spé­ci­aux…

SP : En bref : il y a cer­tains pas­sages du tour­nage où c’é­tait vrai­ment très com­pliqué !

Pour faire sim­ple, clas­sons Demain la veille dans le fan­tas­tique. La France et le fan­tas­tique, c’est une longue his­toire de désamour. Pour­tant, le tal­ent et l’en­vie sont là, ain­si que le prou­ve Demain la veille. Com­ment analy­sez-vous les rap­ports du pub­lic français et des pro­duc­teurs français avec ce genre ciné­matographique ?

SP : Je pense déjà que c’est un peu plus large que le ciné­ma fan­tas­tique : c’est le ciné­ma de genre en France. Dis­ons que dans les années 1960, on a fait les meilleurs films policiers français, et puis après on s’est arrêté, pour faire des films soci­aux, des comédies, ce genre de film. Du coup, depuis, on a un rap­port très par­ti­c­uli­er au film de genre. En même temps c’est un peu facile de dire « le pub­lic a tort, le pro­duc­teur a tort »… Quand on voit que les films de Nico­las Boukhrief ont beau­coup de mal à se mon­ter, on peut se dire que oui, c’est quand même dom­mage que des mecs aus­si tal­entueux ne trou­vent pas de finance­ments. Après, quand on voit que Le Con­voyeur fait 700 000 entrées, on se dit que si le pub­lic français ne veut pas voir de film de genre français, c’est une espèce de boucle. Mais bon, on a telle­ment de tal­ents pour ce genre de choses qu’il faut con­tin­uer à en faire, et la sauce fini­ra peut-être par pren­dre. Mais il faut recon­naître qu’on est un peu bouf­fés par les films de genre améri­cains.

JL : … et par les comédies français­es.

SP : C’est dur de faire com­pren­dre aux gens qu’on peut faire des films de genre en France qui soient de vrais, grands films de qual­ité. Autant aux pro­duc­teurs qu’au pub­lic. Je pense qu’il y a vrai­ment les tal­ents pour. Il y a quan­tité de réal­isa­teurs tal­entueux dans ce pays, ce n’est pas ce qui manque.

La rumeur court que vous seriez en train de tra­vailler sur une ver­sion longue de Demain la veille. Ce n’est pas vrai, mais pour com­bi­en de temps ?

SP : Non, il est beau­coup trop tôt pour en par­ler : c’est quelque chose qu’on a évo­qué.

JL : For­cé­ment, on a de bons retours, alors on nous demande : « est-ce qu’au-delà du court, il y a un long ? » Ça peut être drôle, mais en même temps est-ce que c’est fais­able ? Il faut se pos­er la ques­tion. Je pense qu’il y a des trucs mar­rants à faire, mais des trucs mar­rants, ça fait des courts. Est-ce que ça fait un long ?

Et pour finir : quels pro­jets pour l’avenir ? Est-ce que vous allez con­tin­uer à tra­vailler ensem­ble ?

SP : Refaire des courts, en tous cas, avant de faire des longs. Ensem­ble ou séparé­ment.

JL : Ça dépend des pro­jets. On ne se dit pas « on va tra­vailler ensem­ble »… On a cha­cun nos envies. Si les envies se rejoignent, pourquoi pas.

SP : On se retrou­ve sur la sci­ence-fic­tion, sur l’an­tic­i­pa­tion : c’est aus­si pour ça qu’on a fait Demain la veille ensem­ble : on avait la même vision du pro­jet. Après il y a d’autres gen­res sur lesquels on ne se retrou­ve pas, et comme on ne sait pas quel genre de films on va faire… Peut-être que Julien va faire des comédies français­es, et moi des films soci­aux très chi­ants. Si c’est un film de sci­ence-fic­tion, peut-être qu’on le fera ensem­ble.