“Cru­el. Insouten­able. Culte”, dit l’af­fiche française de ce film d’hor­reur aus­tralien qui, en cher­chant à retrou­ver la rad­i­cal­ité des fleu­rons les plus mar­quants du genre (Mas­sacre à la tronçon­neuse, La colline a des yeux de Wes Craven), voudrait entr­er directe­ment dans leur caté­gorie. Mal­heureuse­ment, ce qui transparaît le plus à l’écran, ce sont les arti­fices qu’il utilise sans intel­li­gence pour y par­venir. Qu’il en reprenne le pos­tu­lat com­mun (un groupe de per­son­nes par­tant en vadrouille dans un coin paumé baigné de soleil, et y croisant la route d’un autochtone de l’e­spèce la plus dégénérée qui soit) n’est pas le plus déce­vant. Wolf Creek n’est qu’un décalque par­mi les autres, appli­quant la recette à la let­tre. Même le dernier plan à con­tre-jour du cro­quemi­taine marchant sous le soleil nous ramène — mal­gré lui ? — à Mas­sacre à la tronçon­neuse. S’il n’y avait que cela, on par­lerait d’un film de série inof­fen­sif. Mais le réal­isa­teur tient telle­ment à en faire une œuvre mar­quante et intel­li­gente, au niveau des débuts de Wes Craven et de Tobe Hoop­er, qu’il ne réus­sit qu’à le ren­dre plus antipathique.

Ain­si, s’in­spi­rant des principes de ciné­ma édic­tés en 1995 par Lars Von Tri­er et Thomas Vin­ter­berg sous le nom de “Dogme”, Greg McLean a‑t-il tourné son film avec une caméra numérique portée la plu­part du temps à l’é­paule, avec tous les symp­tômes esthé­tiques trop atten­dus que ce choix implique: cadre trem­blotant, mou­ve­ments vifs dans les moments de stress, saleté de l’im­age dans les scènes de ter­reur noc­turne. Des moyens de cho­quer les âmes sen­si­bles à peu de frais, avec un investisse­ment artis­tique somme toute min­i­mal. Les trem­ble­ments de la caméra ne suff­isent pas à mas­quer la médi­ocrité du tra­vail sur le cadrage, l’é­clairage, le mon­tage. Sur tous ces points, la com­para­i­son avec les films aux­quels Wolf Creek se réfère fait très mal à ce petit dernier.

“This is a knife ! »

Le per­son­nage du cro­quemi­taine du film pose égale­ment prob­lème. Voulu comme “un mon­stre unique et inou­bli­able” (dix­it le scé­nar­iste-réal­isa­teur), il est le mélange assez ban­cal d’un pro­fil réal­iste (un passé mil­i­taire, dont il ressert les tech­niques de traque et de meurtre) et de raf­fine­ments de cru­auté plus out­ran­cière (voir com­ment le mâle du jeune groupe se retrou­ve cru­ci­fié de manière élaborée). Surtout, à tra­vers lui, son auteur affiche l’in­ten­tion de faire dans l’ironie moral­iste. Ses références répétées (tel le fameux “This is a knife ! ») au per­son­nage comique de Croc­o­dile Dundee, apparu au ciné­ma en 1986 et devenu cliché emblé­ma­tique de l’Aus­tralie pro­fonde, mon­trent le désir d’af­firmer son oppo­si­tion aux préjugés à car­ac­tère touris­tique qu’on asso­cie générale­ment à ce pays et à ses bush­men. Mais le procédé est balourd, et aboutit à un moral­isme nar­quois, trop osten­ta­toire pour qu’on puisse croire en sa sincérité.

Dif­fi­cile de pré­ten­dre au statut — dou­teux — de film-culte quand on est à ce point entravé par ses références nar­ra­tives et esthé­tiques, même en ten­tant de faire le malin.