La promesse d’Under­tone, réal­isé par Ian Tua­son, a de quoi séduire. Evy (Nina Kiri), la jeune ani­ma­trice d’un pod­cast con­sacré aux phénomènes para­nor­maux, et son coprésen­ta­teur Justin (Adam DiMar­co, dont on n’entendra que la voix) reçoivent un jour un étrange mail con­tenant dix enreg­istrements sonores. Ensem­ble, ils déci­dent de les écouter un par un ; les dix fichiers devi­en­nent ain­si autant de chapitres qui retra­cent la lente descente aux enfers d’un cou­ple tour­men­té par une mys­térieuse présence. Retranchée dans sa mai­son, que le film ne quit­tera jamais, Evy est rivée à son casque, enfer­mée dans une posi­tion d’attente qui sera aus­si celle du spec­ta­teur. Le tra­vail sonore ménage alors ses effets avec astuce : les longues plages de silence, comme les con­ver­sa­tions bizarrement heurtées, oblig­ent à imag­in­er les actions du cou­ple, leurs hési­ta­tions, leurs déplace­ments dans un espace pro­gres­sive­ment envahi de bruits inquié­tants et de phénomènes dont ne nous parvi­en­nent que quelques traces sonores. Ce dis­posi­tif audio et men­tal prend dès lors aus­si, au-delà de sa dimen­sion effrayante, la forme d’un jeu de pistes : à l’in­star des deux pod­cas­teurs, on prête l’oreille à la moin­dre anom­alie qui per­me­t­trait poten­tielle­ment de dénouer le mys­tère.

Mais si les enreg­istrements con­stituent le moteur du film, le déploiement d’une sec­onde intrigue escamote la sin­gu­lar­ité du principe mis en place. Dès les pre­miers plans, con­sacrés au corps de la mère d’Evy, plongée dans le coma, Under­tone installe dis­crète­ment un drame plus intime, con­sacré aux derniers jours que la jeune femme passe à son chevet. Peu à peu, cette ligne nar­ra­tive plus con­ven­tion­nelle gagne en impor­tance, jusqu’à pren­dre le pas sur les enreg­istrements. Ceux-ci cessent alors d’ex­is­ter pour eux-mêmes : le film invite pro­gres­sive­ment à les lire comme le reflet du drame qui se joue dans la mai­son. Under­tone con­sacre ain­si une part crois­sante de son temps aux allers-retours entre les séances d’é­coute et la cham­bre de la mère, au prix d’une psy­chol­o­gi­sa­tion de plus en plus appuyée. L’his­toire enten­due dans les ban­des, où la fig­ure mater­nelle occupe elle aus­si une place cen­trale, se trou­ve alors mise en regard de l’im­agerie catholique qui envahit l’ap­parte­ment : une stat­uette de la Vierge revient à plusieurs repris­es, tan­dis que les nom­breux por­traits religieux invi­tent à lire les enreg­istrements comme l’ex­pres­sion d’une cul­pa­bil­ité enfouie envers la mère, surlig­nant ce que le film avait jusque-là eu l’in­tel­li­gence de laiss­er dans l’om­bre.

La mise en scène accom­pa­gne ce mou­ve­ment de repli. À mesure que le film avance, le hors-champ s’amenuise : l’hor­reur ne provient plus d’un espace invis­i­ble que le son ouvrait à notre imag­i­na­tion, mais de l’ap­parte­ment où se con­cen­tre désor­mais le drame. Ian Tua­son s’en remet dès lors à une gram­maire hor­ri­fique con­v­enue : cadres obliques, trav­el­lings d’une lenteur osten­ta­toire, obscu­rité envahissante, etc. On retien­dra néan­moins quelques idées, comme ce lent zoom dans l’ob­scu­rité et le flou, qui aban­donne pro­gres­sive­ment le vis­age de l’ac­trice pour se fix­er sur une forme blanchâtre, presque abstraite, comme si l’im­age pro­dui­sait enfin un écho aux anom­alies des enreg­istrements. Mais mal­gré ces trou­vailles, on a tout de même l’impression de faire face à un film plus habile dans ce qu’il donne à enten­dre que dans ce qu’il donne à voir.