Niall John­son réalise, avec Secrets de famille, son deux­ième long métrage pour le ciné­ma. Le scé­nar­iste du récent La Voix des morts (Geof­frey Sax, 2003) met en scène un film hybride qui ne réus­sit pas à trou­ver sa place, entre drame décalé et comédie noire.

Dans un petit vil­lage anglais, de nos jours mais hors du temps, une famille mod­èle part douce­ment à la dérive: Wal­ter Good­fel­low (Rowan Atkin­son) est monop­o­lisé par sa fonc­tion de pas­teur, sa femme, Glo­ria Good­fel­low (Kristin Scott Thomas), est sur le point de le tromper et ses enfants doivent assumer seuls le poids des vicis­si­tudes de l’ado­les­cence.

À une femme adultère, une fille nymphomane, un fils souf­fre-douleur et un pas­teur dépassé, il ne man­quait que l’ar­rivée d’une gou­ver­nante com­patis­sante aux méth­odes rad­i­cales, pour remet­tre la famille dans le droit chemin.

Secrets de famille est un film hybride, qui vac­ille con­stam­ment entre sérieux et comédie, n’ar­rivant jamais à trou­ver de cen­tre de grav­ité. Il tra­vaille en per­ma­nence con­tre lui-même et sem­ble vouloir alléger arti­fi­cielle­ment, par des gags plaqués et par­fois d’une con­ster­nante pau­vreté (le prof de golf en string rose), un scé­nario qui se prê­tait, au mieux, à des pen­chants pour l’hu­mour noir bri­tan­nique.

Cette oppo­si­tion est par­faite­ment illus­trée par Wal­ter Good­fel­low qui ne devait pas, à l’o­rig­ine, être un rôle comique. Rowan Atkin­son peine à se détach­er du per­son­nage bur­lesque qu’il s’est con­stru­it dans les années 1980. Son jeu, per­du et éber­lué, appa­raît tan­tôt comme un frein au réc­it (les scènes de ten­sion avec sa femme sus­ci­tant par­fois l’at­tente d’un gag hypothé­tique) tan­tôt comme le seul et mirac­uleux ressort comique de la scène.

Le film brasse des sit­u­a­tions sou­vent ban­cales et jamais sur­prenantes (cliché du con­flit mère et fille ado­les­cente…), se per­dant dans un pot-pour­ri nar­ratif abor­dant à la fois la pater­nité, la folie, l’amour, le quo­ti­di­en, le meurtre ou la reli­gion. Ces thèmes, loin de for­mer un tout cohérent, ne sont qu’une accu­mu­la­tion de saynètes insipi­des qui finis­sent, à la longue, par ennuy­er. Le « retourne­ment » final, qui ne saurait sur­pren­dre le spec­ta­teur un tant soit peu atten­tif, loin d’ap­porter une dimen­sion nou­velle à l’his­toire, ne fait que con­forter le sen­ti­ment d’un rem­plis­sage scé­nar­is­tique arti­fi­ciel man­quant cru­elle­ment de souf­fle et d’in­spi­ra­tion.

Secrets de famille, si son pari était de mélanger sujet sérieux et comédie, sem­ble croire qu’une démarche, plaquée sur un scé­nario, suf­fit à jus­ti­fi­er un film. La mul­ti­tude de choix con­tra­dic­toires traduit finale­ment la pro­fonde faib­lesse du film: celle de n’avoir rien à dire et, ciné­matographique­ment, rien à pro­pos­er.